Une réalité préoccupante

Par Marie-Catherine Goudreau
Une réalité préoccupante
(Photo : Réseau des femmes des Laurentides)

Alors que le Québec connait un 15e féminicide dans la province en 8 mois, le Réseau des femmes des Laurentides (RFL) publie un état des lieux sur la violence conjugale postséparation. Cette étude met en lumière les grandes préoccupations et les besoins des femmes victimes dans les Laurentides.

« Nous sommes sans mots. Colère, impuissance, outrage, ce sont les émotions que l’on ressent », déplore Myriam Gagné, coordonnatrice générale au RFL, à propos de l’évènement tragique survenu à Saint- Donat le 27 septembre dernier. L’homme de 36 ans a été accusé du meurtre non prémédité de sa conjointe, une mère de famille de 32 ans. « C’est l’ultime stratégie de violence envers une femme », soutient Mme Gagné.

Un contexte méconnu

Ce rapport est né d’une préoccupation entre tous les groupes membres de RFL, du fait que la violence conjugale postséparation n’était pas connue et reconnue par divers acteurs du milieu. « Il n’existe pas à l’heure actuelle beaucoup de documentation scientifique sur le contexte postséparation », souligne la coordonnatrice.

Dans un contexte de postséparation, les femmes victimes ont à faire plusieurs démarches au-delà du séjour en centre d’hébergement. « Par exemple, si une femme est encore harcelée par son exconjoint 9 mois après la séparation et qu’elle souhaite porter plainte à la police, l’arrimage avec le thème de violence conjugale est difficile à faire, car la femme n’est plus avec lui », illustre Mme Gagné. Toutefois, même après la séparation, le cycle de violence dans lequel la femme est emprisonnée perdure, explique-t-elle. « Puis souvent, les stratégies de violence lorsque le conjoint n’a plus d’emprise peuvent être plus inattendues et dangereuses. »

Il y a aussi un vide au niveau de la Protection de la jeunesse : quand le couple est séparé, on ne parle plus de violence conjugale, mais plutôt de conflit de séparation. « Ça implique que les deux parties ont 50% du problème alors que ce n’est pas le cas », explique Mme Gagné. « Il y a un vide de reconnaissance et de connaissance. »

Mettre des mots sur leur expérience

C’est le Centre de recherche sociale et appliquée qui a réalisé l’étude exploratoire de type qualitative. « On a choisi ce type d’étude pour vraiment connaitre le point de vue des femmes, ce qu’elles ont vécu. » Les chercheurs ont organisé 4 groupes de discussion, avec des femmes issues de différents milieux et vivant des contextes différents, lors desquels elles ont partagé leur vécu. « L’objectif ultime était de sensibiliser les acteurs et la population à la complexité de la dimension postséparation dans la violence conjugale. »

Précarité financière et logement

Une des grandes conclusions du rapport est que la majorité des femmes ont été appauvries par cette situation. Elles font face à toutes sortes de facteurs qui aggravent leur précarité financière : endettement durant l’union, démarche juridique, déménagement, etc. Les logements abordables et sécuritaires font aussi partie des besoins des victimes, notamment les centre d’hébergement de deuxième étape, note Mme Gagné.

Aussi appelées maisons de transition, les centres de deuxième étape offrent des services d’appui et d’aiguillage pour les femmes qui ont besoin d’un séjour plus long (minimum 11 mois). Actuellement, il n’y a aucune maison de ce type dans les Laurentides, ce que déplore Mme Gagné. Le RFL coordonne toutefois une entente sectorielle de trois maisons d’hébergement de deuxième étape à Saint-Jérôme, Sainte- Agathe-des-Monts et Mont-Laurier. « C’est un besoin criant en ce moment. On a interpellé les députés et plusieurs ont répondu à l’appel. » Les enjeux de bureaucratie compliquent cependant les démarches, explique Mme Gagné.

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