Theland Kicknosway et la nation des gens qui courent

Theland Kicknosway et la nation des gens qui courent

Theland Kicknosway et sa mère Elaine Kicknosway

PRÉVOST. Les organisateurs de la Pandora 24, un ultramarathon-trail, l’ont créé dans l’amour et le respect de la nature. C’est pourquoi, cette année encore, ils ont poursuivi leur tradition de partage et d’échanges en invitant deux membres de la nation algonquine, Theland et Elaine Kicknosway, sa mère.

Theland a parcouru à la course les 134 km qui séparent Ottawa de Kitigan Zibi, au nom des femmes autochtones qui ont disparu ou ont été assassinées.  Il s’est joint à l’événement Pandora 24 pour en parler, mais aussi pour partager chants, tambour et danses traditionnelles. C’est un danseur de «Hoop Dance» un art ancestral qui consiste à danser avec des cerceaux afin de raconter des petites histoires. Il a 13 ans.

La mère de Theland Kicknosway, Elaine, est fière des prouesses de son fils, qui selon elle, brise le silence au sujet de toutes ces femmes autochtones (plus de 1200 femmes autochtones ont disparu ou ont été assassinées dans notre pays depuis 1980). Elle vient d’une toute petite communauté de la nation Crie au nord de la Saskatchewan. Quant à Theland, il vit avec son père et vient de la nation Potawatami/Crie de Walpole Island.

Rencontre

Elle nous raconte: «Quand il avait 9 ans, Theland a eu une vision qu’il devait marcher pour faire prendre conscience aux gens qu’il y avait beaucoup d’enfants qui étaient touchés directement par ces femmes qui disparaissent et pour faire en sorte que les jeunes sachent qu’il court pour eux, pour qu’ils puissent comprendre et s’entraider. À Kitigan Zibi chacun d’entre eux a subi la perte d’une femme autochtone qui a disparu ou a été assassinée.»

«L’organisation de la course les a invités pour partager leur culture et pour appuyer cette cause-là qui nous est très chère. Ce que fait Theland  va droit au cœur de la nation des coureurs parce qu’il a parcouru des distances très grandes pour porter son message,» nous explique de son côté François Bourdeau, un coureur.

Au départ l’idée était que Theland  traverse le Canada, «mais à 10 ans ce n’était pas prudent». Après avoir pensé traverser l’Ontario, le jeune coureur a finalement décidé de courir d’Ottawa jusqu’à Kitigan Zibi (à côté de Maniwaki). «C’est une aventure de 4 ans.  Il reste 2 ans et parce que la grande enquête annoncée par le gouvernement fédéral va commencer cette année on va couvrir la même période », nous dit Elaine  Kicknosway. Elle ajoute: «en tant que jeune homme amérindien qui subit aussi le regard des autres, le racisme et souvent l’intolérance, à l’âge de 16 ans il va avoir aussi beaucoup de choses à dire.»

Un an plus tard, son fils a couru cette fois de Kitigan Zibi à Ottawa. François  Bourdeau nous précise que le fait que la course se fasse en deux étapes a pour but de créer un cercle, un espace qui est une notion extrêmement importante dans la culture amérindienne. «On fait le tour du cercle.  La première fois qu’on parcourt le cercle, on l’apprend. La fois suivante, on découvre de nouvelles choses et on le comprend mieux», ajoute Élaine. Theland a également couru lors de la Pandora 24 à titre participatif.