Rachel Lapierre

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Par Redaction Journal
Rachel Lapierre
(Photo : Courtoisie )

Présidente et fondatrice du Book Humanitaire

1 – Avez-vous un souvenir précis de l’évènement du 6 décembre 1989, ou en avez-vous entendu parler? Décrivez la situation.  

Je me souviens très bien de l’événement . Ce fut un choc pour moi et bien d’autres  je crois. La désolation face au genre humain, la souffrance des victimes et de leurs proches , la souffrance du tireur  et de ses proches …… surtout sa maman infirmière dont la vie à complètement éclaté. Tous les médias parlaient de l’évènement en boucle , c’était difficile à croire.

2- Qu’est-ce que l’évènement a déclenché chez vous? Quelles sont les émotions ressenties?

J’avais l’habitude de constater la violence envers les femmes ailleurs dans le monde, mais de  voir ça ici à côté de chez  moi m’a fait peur je crois sur le moment. Je me suis dit que nous n’étions plus en sécurité , ici. Bien des questions arrivaient dans ma tête et j’avais de la peine pour les familles. Une femme sur trois vivra de la violence dans sa vie, mais lorsqu’elle est loin de nous ou cachée derrière les murs , nous oublions parfois qu’elle existe. Cette journée là, impossible de l’éviter.

3- Quel est l’impact qu’un tel évènement a-t-il eu sur votre choix de carrière ou comment cela a-t-il influencé votre vie en général?  

J’ai élevé mes enfants en parlant toujours d’égalité. J’ai commencé à penser à l’acceptable et l’inacceptable. Dans ma vie, comme femme, j’ai changé beaucoup de choses après cette journée car je crois que le changement doit commencer par nous pour nous. Ce l’on fait influencera les autres inévitablement avec le temps.

Nous avons souvent  été élevé avec l’idée de ne rien dire pour ne  pas créer de conflits, mais aujourd’hui je pense que les  femmes doivent  s’exprimer dans le calme et pour le bien, mais doivent  s’exprimer pour créer un monde meilleur.

4- En lien avec l’évènement, comment votre vision de l’éducation des enfants a-t-elle été influencée? 

Selon moi, tout commence par l’éducation. L’homme et la femme doivent apprendre à se respecter, à s’apprécier dans ses différences et à travailler en complémentarité et non en dualité. L’éducation  joue un rôle primordial dès son jeune âge. La violence, je crois, prend souvent sa source dans la peur de l’autre.

5- 30 ans plus tard, quelle est votre perception de la place de la femme dans la société actuelle?  

Nous avons fait des progrès mais le Canada et la planète toute entière ont beaucoup à faire. Les pays comme l’Islande, la Norvège et la Suède peuvent  nous apprendre sur  de nouvelle façons de faire dans l’égalité entre homme et femme.

Nous devrions ouvrir nos  oeillères et grandir nous aussi je pense. Je vois des femmes en France et en Inde descendre dans les rues. Je suis souvent à Calcutta  là où une femme est ministre depuis peu et les choses changent beaucoup,  selon moi. Elle milite pour la  sécurité et l’égalité entre hommes et  femmes. Depuis qu’elle est en poste, lorsque je marche le soir dans les rues, souvent un policier m’interpelle, pour me demander si tout est ok, ce que je ne voyais jamais avant.

Dans mon organisme, tous les jours, je vois de la violence, de l’incompréhension, de la révolte, du découragement, de la peur, de la honte, de l’agressivité, de la peine, du découragement, mais je vois aussi qu’il suffit de peu pour changer la perception des choses et créer l’espoir d’un monde meilleur. Les femmes s’impliquent de plus en plus en politique, sur les conseils décisionnels et la vision du monde change petit à petit. Malheureusement, beaucoup de travail reste à faire depuis le droit de vote, mais je garde espoir pour l’avenir. La femme est selon moi une grande force tranquille qui commence à prendre sa place. La journée ou toutes les femmes de la terre se décideront, bien des chose  changeront, car  en général, la femme est pacifique.

6- Avez-vous été témoin d’une évolution dans la société ou chez l’ouverture d’esprit des hommes? Si oui, la décrire.  

Oui et c’est très beau à voir. Par contre elle fait peur à plusieurs encore, je crois.

Il faut redéfinir les rôles et s’accepter . En 2019 , il y a encore beaucoup d’inégalités au niveau des salaires, des conditions de travail. Changer pour évoluer, changer pour grandir changer pour s’adapter, changer pour la paix … Il y a une prise de conscience et des  signes encourageants mais l’égalité c’est une longue lutte selon moi.

7- Comment s’exprime le féminisme d’aujourd’hui à vos yeux? Quelle est sa place?  

D’avoir le courage et la fierté d’être qui l’on est : une femme.  Les femmes commencent à s’exprimer. Elles descendent dans les rues, mais la grande force selon moi sont les réseaux sociaux. C’est surtout par là que se feront les changements, car les réseaux rejoignent beaucoup de monde. Nous n’avons plus l’impression de lutter seuls. Les dénonciations, les réflexions se partagent et s’expriment. Les médias sont une très grande force.

Le féminisme doit être là pour continuer à faire avancer les choses. Je ne crois pas à la violence pour se faire entendre, je crois aux actions positives, je crois au droit de s’exprimer et au droit de choisir.  Je ne crois pas qu’une personne grandit en diminuant l’autre. Une personne seule en haut d’une montagne peut tomber par un grand vent. Si nous sommes deux, nous serons beaucoup plus fort à, condition d’être côte à côte, sinon nous tomberons tous les deux.

La femme et l’homme ont tous les deux de grandes forces, la journée ou nous serons égaux nous évoluerons beaucoup comme peuple à mon humble avis, et bien des hommes sont de cet avis aussi.

8- Quelle est votre perception des nouvelles expressions du féminisme à travers les mouvements sociaux récents ou actuels (exemple: les mouvements #MeToo et #MoiAussi)? 

C est un bon début , dénonçons les injustices, pour une société plus juste et où il fait bon vivre. Ils faut protéger, écouter, comprendre, aider et s’améliorer Rien ne se règlera avec la violence. Nous commençons à voir une complicité entre les femmes pour un changement de société .

Je crois que la violence, les abus sexuelles et la maltraitance doivent arrêter. Nous avons tort comme société de  fermer les yeux sur l’inacceptable.

Nous avons brisé des vies d’enfants, des femmes et des familles entières en ne prenant pas la responsabilité de protéger l’humain , la voisine, l’amie, la soeur ou la fille.

9- Avez-vous vécu des réticences ou des traitements différents au cours de votre parcours professionnel parce que vous êtes une femme? 

Oui comme presque toutes les femmes de ce monde, je crois, mais à l’époque c’était la coutume. À ce moment là, personne n’osait en parler. Aujourd’hui, heureusement, les choses changent.

10- Dans un monde idéal, quelle serait votre souhait de société pour les générations futures?  

Moins de souffrance qui donnera moins de violence. Les gens violents sont malheureux et les victimes le sont aussi, donc un monde plus heureux où l’on prend soin de l’autre.

La moindre petite action faite avec beaucoup d’amour change le monde

Si tout le monde s’y mettait on pourrait y arriver

C’est une femme qui vous le dit 😀

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