Plus de pickups, moins de voitures au Québec

Par Louise Guertin
Plus de pickups, moins de voitures au Québec


Le Guide de l'Auto

Article par Agence QMI

Par Annabelle Blais et Philippe Langlois

Vous avez l’impression de croiser de plus en plus de gros chars? Vous ne rêvez pas. Les camionnettes, mais aussi les VUS et les vieux bazous s’imposent davantage sur les routes du Québec, alors que le transport routier y est le plus grand émetteur de gaz à effet de serre.

Depuis 2011, 622 000 véhicules de plus roulent sur nos routes, une augmentation de 10,4%, révèle une analyse de notre Bureau d’enquête à partir des données de la Société de l’assurance automobile du Québec sur les véhicules en circulation.

L’augmentation de la population n’explique pas à elle seule cette hausse. Selon André Bélisle, président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), cela témoigne de l’étalement urbain. D’ailleurs, les plus fortes hausses se trouvent dans les banlieues de Montréal et de Québec (MRC de Mirabel + 36% et MRC La Jacques Cartier + 22%).

L’analyse permet aussi de constater que le Ford F-150 est le 5e modèle le plus présent sur nos routes. Par rapport à 2011, on en compte environ 30 600 de plus, soit une augmentation de 30%. La tendance n’est pas près de s’inverser puisqu’il est le modèle le plus vendu au Québec. Et sur les 137 700 F150 qui circulent, 90% appartiennent à des hommes.

Le Québec n’est plus distinct

«Et il n’y a pas que le F-150, tout ce qui s’appelle VUS est en train de supplanter la voiture», ajoute Gabriel Gélinas, chroniqueur automobile. En sept ans, le nombre de Toyota RAV4 a augmenté de 165%, les Honda CR-V de 102%, la Ford Escape de 67%, la Nissan Rogue de 337% et la Jeep Cherokee de 440%.

«Les constructeurs vont répondre : on construit ça parce que c’est ce que les gens achètent, suggère M. Gélinas. Ford ou Chevrolet ont d’ailleurs abandonné des modèles de voitures au profit de nouveaux VUS. Cette tendance a commencé aux États-Unis et s’est propagée au Canada, mais aussi en Europe, en Chine, sans parler de la Russie.»

«Avant, le Québec se démarquait par le fait qu’on achetait des véhicules plus économiques qui consommaient moins, mais maintenant on a rejoint le peloton : on est de gros fans de pick-up et VUS», déplore M. Bélisle.

Malgré tout, ce sont les propriétaires de la Honda Civic qui sont encore, pour le moment, les plus nombreux au Québec. Et parmi le top 5 des modèles les plus immatriculés, on compte tout de même quatre compacts (voir ci-bas), mais leur nombre diminue depuis 2017.

Plus de vieilles minounes

Notre analyse démontre aussi un vieillissement du parc automobile : le nombre de voitures de huit ans et plus est passé de 40% à 46% depuis 2011.

«Lorsqu’on avait fait nos inspections, nos statistiques démontraient que 50% des véhicules de huit ans et plus ne passeraient pas un test comme il en existe en Ontario, aux États-Unis et dans 81 pays dans le monde», explique M. Bélisle.

On compte 3 millions de vieilles voitures et on estime ainsi qu’il y a environ 1,5 million de bazous au Québec.

Pendant 10 ans, l’AQLPA gérait le programme «Faites de l’air!» de recyclage de bazous, qui polluent davantage. Mais en 2013, le gouvernement péquiste a choisi de ne pas reconduire leur financement.

LE PORTRAIT DANS LA PROVINCE

MODÈLES LES PLUS POPULAIRES EN 2018

  • Mazda3 |155 528 |+10,88% depuis 2011

CATÉGORIES CHOUCHOUS (Parmi le top 50 des voitures les plus en circulation)

  • Voiture |60% part de marché |-2,65% depuis 2011
  • VUS |21% part de marché |+121,5% depuis 2011
  • Camionnette |12% part de marché |+17% depuis 2011
  • Minifourgonnette |4% part de marché |-22% depuis 2011
  • Autres |3% part de marché

CONDUCTEURS CENTENAIRES

Les trois conducteurs les plus vieux au Québec ont 103 ans. Ils font partie du club sélect des 12 centenaires ayant un permis de conduire valide.

LA COULEUR LA PLUS POPULAIRE

Le gris est la couleur la plus populaire pour les voitures, tous âges confondus, à l’exception des 24 à 35 ans qui préfèrent le noir.

PARTICULARITÉS RÉGIONALES

La Civic est la favorite des habitants de partout au Québec. Par contre, en Abitibi-Témiscamingue, sur la Côte-Nord, au Saguenay–Lac-Saint-Jean et dans le Nord-du-Québec, c’est le F150 qui domine.

VILLES OÙ ON COMPTE LE PLUS DE CONDUCTEURS DE 75 ANS ET PLUS (Ville de 10 000 habitants et plus)

Côte-Saint-Luc| 12,98%
Saint-Sauveur |12,76%
Saint-Charles-Borromée |11,94%
Saint-Lambert |11,81%
Westmount |11,76%

♦ C’est à Montréal que les conducteurs sont les moins expérimentés (moyenne d’années de conduite)

PROGRAMME D’INSPECTION «EN RÉFLEXION»

Plusieurs pays ont un programme d’inspection obligatoire des vieilles voitures. Le gouvernement libéral avait songé, en 2011, à imposer ces inspections pour les véhicules de plus de huit ans, mais le projet a été tabletté. Dans le cadre du plan d’action contre les changements climatiques 2013-2020, le ministère de l’Environnement dit vouloir sensibiliser les gens à l’importance d’entretenir leur voiture.

«La mise en place d’un programme d’inspection fait partie des mesures possibles», affirme le porte-parole Clément Falardeau. Mais, à un an de la fin du plan, le ministère en est encore à analyser sa pertinence. Le ministre de l’Environnement Benoit Charrette juge de son côté qu’il est trop tôt pour se prononcer sur les mesures du plan 2020-2030.

LE 1% QUI ROULE VERT

On compte six millions de véhicules au Québec, dont 56 000 voitures électriques ou hybrides. Elles ne représentent donc que 1% du parc automobile. «Le Québec est l’endroit au Canada où l’achat d’un véhicule électrique est le plus élevé, pour plusieurs raisons, dont le coût de l’électricité qui est très bas», nuance le chroniqueur automobile Gabriel Gélinas. Depuis que le gouvernement de Doug Ford, en Ontario, a coupé ses subventions pour l’achat de voitures électriques, le Québec et la Colombie-Britannique sont les seules provinces à en offrir. Le fédéral en fait aussi de même depuis quelques mois.

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