(Photo : Simon Cordeau)
Doris et Jean-Louis Poirier, de la SPFSA, racontent la protection difficile des terrains du Dr Sheldon.
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Réserve naturelle à Morin-Heights : Les écueils de protéger un héritage

Par Simon Cordeau

La Société de protection foncière de Sainte-Adèle (SPFSA) est sur le point de faire une réserve naturelle protégée à perpétuité avec l’un de ses terrains à Morin-Heights. Il s’agit d’un long processus débuté en 2015. Et même si toutes les parties impliquées tenaient à protéger ce milieu naturel, sa protection a passé très près de ne jamais se réaliser. Explications avec Doris et Jean-Louis Poirier, de la SPFSA.

Ce terrain et un autre adjacent appartenaient au docteur Huntington (Skip) Sheldon. Les installations et les pistes de ski de fond du club de ski Viking, dont le Dr Sheldon a été président de 1973 à 1976, s’y trouvent. En 2015, la SPFSA reçoit un courriel. Le Dr Sheldon, vieillissant, souhaite protéger ces milieux naturels et y assurer l’accès pour le club Viking avant sa mort.

Premier essai

« Ils nous ont approchés. On a été en pourparlers avec eux pendant plusieurs mois. Jean-Louis était président de la SPFSA à l’époque », raconte Doris Poirier, son épouse. « On est même allés rencontrer le Dr Sheldon en 2015, en banlieue de Burlington. »

Sheldon a travaillé pendant 25 ans à Montréal, à l’Université McGill. Le Sheldon Biothechnology Center y est d’ailleurs nommé en son honneur. Il est aussi un grand sportif, qui aime le ski nordique. Au club Viking, il a même entraîné des athlètes pour les Jeux olympiques de 1976 et de 1980.

« Pour lui, il fallait absolument faire en sorte que ses terrains ne soient jamais développés, et surtout qu’on protège le club de ski Viking. Il cherchait depuis des années un organisme qui pourrait faire les deux », raconte Mme Poirier. Céder les terrains à la Municipalité était trop risqué. Lorsque le conseil municipal change, la protection peut être renversée, explique la juriste.

Mais finalement, M. Poirier refuse l’offre du Dr Sheldon. « Ce n’était pas un don du terrain. Nous aurions été des gestionnaires. » Le mandat ne convient pas à la SPFSA, et celle-ci pourrait se faire poursuivre aux États-Unis si ses engagements ne sont pas respectés. « Alors on a tourné la page là-dessus », explique Mme Poirier.

Trouver un terrain d’entente

Pendant ce temps, Conservation de la nature Canada (CNC) continue de travailler sur le dossier. « Le 1er novembre 2017, on reçoit un courriel. Ils aimeraient nous rencontrer », raconte Mme Poirier. Ils organisent une rencontre à Montréal, le 18 novembre, entre la SPFSA, le club Viking et un représentant de Morin-Heights. CNC y joue le rôle de médiateur.

« Chez les Sheldon, la santé du docteur déclinait. Donc ils voulaient conclure ça avant la fin de l’année. Mais là, on était en début novembre ! », se souvient M. Poirier. Bref, le temps presse. « Si ça ne se faisait pas avant son décès, ça ne se ferait pas du tout », explique Mme Poirier. Les terrains seraient simplement liquidés dans la succession.

Mais autour de la table, les parties sont très motivées, surtout Yves Desmarais, directeur général de la Municipalité de Morin-Heights au bord de la retraite, raconte Mme Poirier. « Il y tenait. Ça serait son lègue à la société. Il a été extraordinaire dans la négociation. «On va trouver le moyen», me disait-il. »

Finalement, on trouve un accord satisfaisant pour tout le monde. L’entente est adoptée par résolution au conseil municipal de Morin-Heights le 13 décembre, juste avant les Fêtes. La SPFSA signe le 17 et le Dr Sheldon, le 19. Il meurt dix jours plus tard, le 29 décembre.

« Le don a été fait directement à la SPFSA pour tout le terrain : les 315 acres », raconte M. Poirier. Sheldon, quant à lui, avait renoncé au visa fiscal d’Ottawa.

Protéger à perpétuité

Maintenant, la moitié nord du terrain, où se trouvent les installations du club Viking, est en copropriété avec Morin-Heights. Quelques petits terrains, qui contiennent les bâtiments, ont été cédés entièrement à la Municipalité. « Nous, on ne voulait pas gérer une station de ski de fond. Ça ne fait pas partie de notre mandat », explique M. Poirier.

La partie sud, elle, reste à la SPFSA. Elle sera transformée en réserve naturelle bientôt, cette année espère-t-on, après un long processus. Des servitudes pour le club Viking et ses sentiers doivent encore être finalisées dans la partie nord.

« La Municipalité paie tout [taxes, etc.]. Elle nous a même donné un montant substantiel en échange de la copropriété. L’argent est allée dans un fonds pour acquérir d’autres terrains à protéger », souligne Mme Poirier.

Selon la juriste, cette entente entre plusieurs parties est d’abord une force, et non une faiblesse, pour bien protéger le milieu. La continuité du club de ski Viking est assurée, la Municipalité de Morin-Heights peut y développer des activités estivales, et la SPFSA s’assure que la nature y est protégée. « Et sans CNC, ça n’aurait pas pu se faire. Ce sont eux qui ont mis au point notre avant-contrat », souligne Mme Poirier.

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