Parcourir les Laurentides d’une époque à l’autre

Par Simon Cordeau
Parcourir les Laurentides d’une époque à l’autre
Poste de péage en 1966. (Photo : Collection de Guy Thibault, Musée Virtuel de Prévost)

Les Laurentides sont couvertes de forêts, de montagnes, de lacs et de rivières. C’est bien beau tout ça, mais comment fait-on pour se déplacer sur ce vaste territoire accidenté, pour aller d’un village à l’autre? Ça dépend à quelle époque vous êtes. Courte histoire de nos déplacements.

La colonisation

Nous sommes en 1849. Vous avez obtenu un lopin de terre dans les forêts touffues des Laurentides. Après une journée de route en calèche sur un chemin de terre, vous arrivez « au bout du monde » : la jeune paroisse de Saint- Jérôme-de-la-Rivière-du-Nord. La calèche s’arrête ici. Vous continuez à pied jusqu’à un pont de bois tout neuf qui enjambe la rivière : le pont de Morin qui deviendra le pont Shaw. Vous payez votre dû pour traverser, puis marchez jusqu’à votre lot, dans des sentiers peu défrichés, jusqu’à Val-David peut-être, où les premiers pionniers arrivent cette même année.

Arrivé, vous défricherez votre terre et construirez un petit shack pour passer l’hiver. Le printemps prochain, lorsque vous serez mieux installé, vous redescendrez jusqu’à Saint-Jérôme pour ramener votre femme et vos enfants. Dans quelques années, vous aurez peut-être les moyens d’acheter un cheval pour vous déplacer.

L’industrialisation

Nous sommes en 1909. La terre rocailleuse de votre père est juste assez fertile pour nourrir la famille, sans plus. Vous déménagez donc à Saint-Jérôme pour travailler dans l’une de ses usines en pleine croissance.

Le P’tit Train du Nord, qui arrive à Mont-Laurier cette année, permet de se déplacer dans la région. Surtout, il permet aux manufactures, comme la papeterie Rolland et la Boston Rubber, d’exporter leurs produits.

Pendant que les Laurentides s’industrialisent, vous allez toujours travailler à pied, et vous prenez une calèche pour vous déplacer d’un village à l’autre. L’hiver, toutefois, les chemins ne sont pas déneigés. LE

Tourisme

Nous sommes en 1937. Dans votre petite auberge, vous accueillez des skieurs venus de Montréal le matin même par le train et qui repartiront ce soir. D’autres arrivent de villages voisins grâce à leurs skis. Ils empruntent le vaste réseau de sentiers qui relie tous les villages de la région : un réseau tracé par Herman-Smith Johannsen (Jackrabbit), les frères Gillespie et d’autres.

Quelques rares sont même venus jusqu’ici en voiture! Depuis 1930, le gouvernement a commencé à déneiger la route 11 (la future 117) qui est déblayée jusqu’à Sainte- Agathe cette année.

L’autoroute

Nous sommes en 1963. Pour vous rendre skier dans les Laurentides, vous empruntez la toute nouvelle autoroute qui se rend jusqu’à Saint-Sauveur : la première autoroute au Québec! Bon, il faut bien que vous payiez 25 cents par poste de péage, mais c’est mieux que le trafic sur la route 11, qui était devenu invivable.

De toute façon, pour vous rendre dans le Nord, vous devez prendre votre voiture. Le P’tit Train du Nord a cessé son service en 1960, et le train de Montfort, l’année dernière. L’automobile, plus flexible et rapide que les horaires de trains, leur faisait une concurrence trop dure.

Aujourd’hui (ou presque)

Nous sommes en 2007. De Montréal, vous arrivez à Saint- Jérôme par le nouveau train (de banlieue!). Vous avez apporté votre vélo pour traverser les Laurentides grâce aux pistes cyclables, aménagées sur le tracé des anciens chemins de fer.

Sortir des parcs linéaires est toutefois hasardeux. L’automobile est reine sur les routes provinciales qui lient les villages entre eux. Elle laisse peu de place aux cyclistes, et encore moins aux piétons. Aussi, les sentiers qui sillonnaient autrefois la région sont maintenant abandonnés, faute de randonneurs, ou morcelés par le développement urbain, qui s’est accéléré ces dernières années.

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