Où vont les femmes après un séjour en maison d’hébergement ?

Par Marie-Catherine Goudreau
Où vont les femmes après un séjour en maison d’hébergement ?
Milène Baillargeon travaille dans une maison d’hébergement pour les femmes. Elle croit que son expérience l’aide à intervenir auprès des autres victimes. (Photo : Marie-Catherine Goudreau)

Milène Baillargeon a séjourné dans une maison d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale à deux reprises durant les dernières années. Elle a quitté son conjoint violent lorsqu’elle a réalisé que sa fille pourrait vivre de graves conséquences. « Ce n’est pas un choix facile. C’est déchirant. Mais je voulais éviter la crise », dit-elle. 

La première fois, son séjour en maison a duré trois mois. Deux années ont passé, puis elle est retournée vivre avec son ex-conjoint. Elle l’a quitté encore, cette fois durant la pandémie. Les obstacles après la maison d’hébergement étaient trop grands, en plus des démarches judiciaires qui étaient en cours à ce moment.  

« C’était beaucoup d’étapes et j’aurais aimé avoir la chance de dépasser mes trois mois pour me remettre sur pied. Si j’avais eu un suivi plus prononcé, je ne sais pas si je serais retournée avec ce conjoint-là une deuxième fois », confie-t-elle. 

La situation de Milène n’est pas unique. Dans les Laurentides, beaucoup de femmes ont de la difficulté à trouver un endroit où vivre après un séjour dans un refuge. La majorité des femmes qui sortent d’un contexte de violence conjugale se retrouvent appauvries, selon un rapport du Réseau des femmes des Laurentides. 

Les maisons d’hébergement de deuxième étape sont l’une des solutions. Déjà présentes dans certaines régions au Québec, ces maisons facilitent la transition vers l’autonomie et l’indépendance pour les victimes de violence conjugale. 

Trois projets sont présentement en construction dans les Laurentides. Sur le territoire de 20 000 kilomètres carrés, il n’y avait aucune maison de ce type. C’est un grand « vide de service », soutient Fellah Mercier, qui est chargée de projets pour les maisons de deuxième étape dans la région. 

Différents objectifs, même importance 

Les maisons de première étape répondent plutôt aux urgences et assurent que les femmes victimes de violence conjugale sont en sécurité. Généralement, les femmes ne peuvent pas y rester plus de trois mois. 

« C’est un grand avantage pour une femme qui vient de quitter son conjoint pour aller vivre dans une maison d’hébergement. Ça l’aide à briser l’isolement et à créer des relations avec d’autres personnes qui ont vécu une situation similaire », explique Guylaine Simard. Elle est membre du conseil d’administration de l’Alliance MH2 (Maisons d’hébergement de deuxième étape). 

Mme Simard est aussi la directrice du Refuge pour les femmes de l’Ouest de l’île de Montréal, qui compte une maison de deuxième étape, Alternat’Elle. Celle-ci offre 14 appartements pour les femmes qui ont besoin d’un séjour plus long. Ce type de maison laisse du temps aux femmes pour réorganiser leur vie, explique-t-elle. 

La sécurité des femmes en prime

Quand une femme arrive à la maison Alternat’Elle, son appartement est déjà meublé. Les intervenantes préparent son arrivée en lui donnant de la nourriture et une trousse d’hygiène. Selon la grandeur de l’appartement, elle paye environ 300 $ par mois. Les appartements sont confidentiels et l’accès est extrêmement limité. « On a développé une approche plus profonde avec nos visiteuses – seulement des femmes », explique Mme Simard. Seulement deux visiteuses sont acceptées pour chaque femme hébergée. Un périmètre de sécurité a aussi été créé autour de la maison.

Dans une maison de deuxième étape, les femmes ont leur propre appartement dans un immeuble très sécuritaire. Comme les appartements sont subventionnés, elles payent un loyer raisonnable tout en mettant de l’argent de côté. « Elles peuvent poursuivre leur processus de reprise de pouvoir et les procédures judiciaires sans s’inquiéter de la place où elles vont vivre », explique Mme Simard. 

Pourquoi ces maisons sont nécessaires 

L’objectif est que ces femmes retrouvent leur indépendance et un logement à elles. La pénurie de logements leur complique toutefois la vie, explique Mme Mercier. Plusieurs femmes retourneront donc vers leur ex-conjoint violent, tout comme Milène. 

« Le défi est tellement grand et demandant en énergie. Et il y a tellement d’obstacles qui se mettent sur ton chemin, comme la santé mentale, la dépression, les enfants… », explique-t-elle. 

« Honnêtement pour moi, c’était la période la plus difficile de ma vie. À certains moments, je voulais tout abandonner. C’est tellement déstabilisant, que tu en perds tous tes moyens », ajoute-elle. 

Des pas vers l’avant  

Alors qu’Alternat’Elle a ouvert ses portes il y a 15 ans, les Laurentides n’ont toujours pas de maisons d’hébergement de deuxième étape. Selon la directrice, c’est une question d’argent. 

C’est seulement en 2018 qu’Alternat’Elle a obtenu une reconnaissance de financement. « À partir de ce moment, on a vu des projets émerger un peu partout au Québec. Cela a aussi apporté une meilleure connaissance de ces maisons », explique Mme Simard. 

Les démarches pour l’implantation de maisons de deuxième étape dans les Laurentides se sont amorcées il y a deux ans, mais le comité de travail a été mis en place l’année dernière. 

Après la publication d’un rapport sur les femmes en situation de vulnérabilité ou de pauvreté dans la région, les cinq maisons d’hébergement de la région se sont rencontrées. Deux secteurs ont été identifiés comme prioritaires : Saint-Jérôme et Mont-Laurier. Puis, une autre maison sera construite à Sainte-Agathe-des-Monts. 

« Le nerf de la guerre, c’est vraiment de trouver un endroit, que ce soit un immeuble ou un terrain. On doit aussi chercher du financement pour les services, la gestion et la construction », explique la chargée de projet. 

« Malheureusement, avec le contexte actuel et l’augmentation du nombre de féminicides, le gouvernement facilite certaines étapes. Il nous aide à réaliser les projets dans les meilleurs délais », soutient Mme Mercier. En mai dernier, le gouvernement québécois a annoncé la construction de 231 unités de deuxième étape. 

Le groupe des maisons d’hébergement espère commencer la construction des maisons de deuxième étape dès l’été prochain. Au total, c’est une vingtaine d’appartements qui seraient disponibles. 

Selon Milène, c’est un message d’espoir pour les femmes qui vivent des difficultés présentement. « Reprendre le pouvoir sur sa vie, ça n’a juste pas de prix. » Elle vit maintenant dans un appartement qu’elle est en mesure de se payer elle-même. Sa fille, en parfaite forme, est soulagée de voir sa mère heureuse à nouveau.

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