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Sans-abri : l’errance des gouvernements

Par Frédérique David

Les statistiques s’accumulent comme des paquebots à la dérive et les piliers du réseau social s’effritent, faute de financement adéquat.

L’itinérance, c’est un peu le mal qu’on ne veut pas voir. Celui que nient les gouvernements qui se succèdent, année après année. Le budget dans lequel on coupe volontiers, parce que la détresse ne fait pas de bruit, elle pleure en silence sous les aqueducs des villes. Il n’y a pas un sans-abri qui ira manifester pour demander plus de financement. Ça ferait pourtant une grosse manif puisqu’ils sont au moins 10 000 au Québec, soit le double d’il y a quatre ans.

Le budget pour leur venir en aide n’a pas doublé, lui, bien au contraire. Dans les Laurentides, plus de 11 millions étaient nécessaires pour répondre aux besoins des différents projets, mais les sommes disponibles se limitent à 3,8 millions. Pourtant, la région n’est pas épargnée par la hausse de l’itinérance, bien au contraire. L’étalement urbain observé en immobilier touche aussi l’itinérance. Sans compter que la pénurie de logement met des familles à la rue. En septembre dernier, un rapport du ministère des Services Sociaux indiquait que le nombre de personnes en situation d’itinérance avait augmenté de 109% dans les Laurentides entre 2018 et 2022. Le nombre de personnes sans domicile fixe est évalué à 464 dans la région. On s’entend qu’il n’a pas diminué depuis!

Un mal banalisé

Le contexte actuel, avec la hausse des taux d’intérêt, la hausse des loyers et la pénurie de logements a banalisé l’itinérance. Ce qui était marginal il y a quelques années est devenu commun. Elle peut toucher n’importe qui à n’importe quel moment. Elle pourrait même affecter les locataires des 129 logements du Manoir des Pays-d’en-Haut menacés d’expulsion en raison de la non-conformité du bâtiment. Les chambreurs payent environ 550$ par mois pour un studio. Des logements à ce prix-là, ça n’existe plus dans les Laurentides. Un 3 1/2 se loue environ 1200$! Tout le monde n’a pas les moyens de payer un tel montant!

Le CISSS des Laurentides est responsable de distribuer les sommes allouées par le programme Vers un chez soi, au fédéral, et le Plan d’action ministériel en itinérance, au provincial, aux différents projets en itinérance de la région. Malgré la situation historiquement alarmante, les sommes allouées ont diminué pour plusieurs organismes qui sont contraints de fermer leurs portes. C’est notamment le cas de La Croisée des Laurentides, un hébergement d’urgence situé à Sainte-Agathe-des-Monts, qui cessera ses activités le 1er mai, même s’il a offert près de 7000 nuits et 8000 soupers depuis son ouverture en 2021. L’organisme devait régulièrement refuser du monde faute de places disponibles. C’est donc un besoin essentiel qui disparaît. Et on apprenait récemment que le Book humanitaire, à Saint-Jérôme, devra également cesser les activités de son unité mobile en raison de l’arrêt de financement du CISSS des Laurentides.

Des répercussions alimentaires

Les répercussions de ces mauvaises nouvelles sont inquiétantes. En octobre dernier, les banques alimentaires de partout au Québec ont lancé un cri du cœur. Les demandes d’aide alimentaire ont atteint des records. Parce que quand on réussit à payer son loyer de plus de 1000$ alors qu’on gagne le salaire minimum, on n’a plus rien pour nourrir ses enfants à la fin du mois. Dans les écoles, les enseignants sont de plus en plus témoins d’enfants qui arrivent avec des boîtes à lunch à moitié vide. « Maman n’a pas pu s’acheter ses médicaments », rapportait récemment un élève à son enseignante. Le nombre d’enfants qui ont recours aux services de Moisson Laurentides pour du dépannage alimentaire a augmenté de 30% en un an.

L’itinérance a changé de visage avec l’inflation. Elle touche désormais des familles qui ne parviennent plus à se loger. La pauvreté et les inégalités n’est plus un phénomène marginal et isolé, elle concerne notre voisin, notre collègue, notre élève. Ce sont nos enfants qui la subissent. L’inimaginable est devenu intolérable. Une société qui ne répond plus aux besoins de base, qui n’offre plus les services essentiels, est une société malade. Un gouvernement qui coupe les budgets d’organismes qui viennent en aide à une population dont le nombre explose est un gouvernement défaillant. Nous sommes tous responsables de cette détresse qui se répand et nous menace. « Vaincre la pauvreté n’est pas un acte de charité, c’est un acte de justice », disait Nelson Mandela.

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