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Réflexions spirituelles de Jacques Grand’Maison

Par lpbw

NDLR. Le Journal Le Nord reprend la publication des réflexions de Jacques Grand’Maison.

Natif de Saint-Jérôme, Jacques Grand’Maison est sociologue, théologien, prêtre et écrivain. Il nous propose ici un humanisme spirituel en textes hebdomadaires bien en prise sur la vie d’aujourd’hui. Il s’inspire de trois de ses livres : "Ré-enchanter la vie", "Du jardin secret aux appels de la vie", et "Une spiritualité laïque au quotidien".

Boire à son propre puits

Creuser le puits de sa vie, pelletée par pelletée, le cœur à la source, l’œil à l’horizon, avec de profondes respirations d’âme et de terre. Oui, un puits solitaire et solidaire, à l’affût d’une eau plus têtue que la pierre, au bord de l’ombre en quête de lumière … Et surtout y laisser émerger les veines cachées de son propre mystère.

Dans mon pays laurentien, il y a bien peu d’aqueducs. Plutôt des lacs, des sources … et beaucoup de puits. Ceux-ci m’ont appris beaucoup sur la vie. De mémoire d’homme, j’ai toujours eu un puits près de chez moi.

Sur la margelle de mon "vieil ami solitaire", comme je l’appelais, il se passait d’étranges et belles choses au fond de moi.

Un héritage purifié qui remontait en eau vive par-delà son dépôt décanté dans le ventre de la terre.

Une longue expérience toujours fraîche et limpide qui avait quelque chose d’un éternel printemps.

Admirable miroir vivant qui peut réfléchir la profondeur d’une âme, son ciel de rêves, sa beauté intérieure.

Cette force de renouvellement dans la fidélité. Non pas l’habitude de soi, mais la réinvention de soi à même son propre lit. En prise sur le centre de son âme, vigilant à y retremper ses forces dans la présence, et de là illuminer toute chose avec les rayons de ce foyer intérieur.

Quand une vie a su creuser son puits, elle sait tout autant être solidaire que solitaire. Voilà peut-être le paradoxe le plus beau qui se fait leçon d’hommes sur la margelle. Eh oui, mon vieux solitaire capte les sucs et les sources de la terre. Il apprivoise souterrainement la rosée comme le torrent. Il attire les nappes profondes par mille et un filons, sans jamais dilapider ses réserves. Et ce qu’il y a de plus beau encore, c’est que la soif du puits abreuve celle des autres. Sa solitude alimente autrui, apportant chaque jour sa part d’eau vive.

Dommage que tant d’hommes aient peur de la solitude! Son eau noire apparaît au regard de surface comme emprisonnée entre ses murs, désespérante comme la cellule d’un condamné. Elle semble noyer le jour au fond de la nuit. Mais cette illusion se dissipe quand la vérité du dedans met en cause les évidences de l’œil. Il faut se préparer à cette autre longueur d’onde, plus subtile, plus sensible, plus profonde. Le deuxième regard est toujours intérieur. C’est souvent un mouvement d’âme qui remonte de la lie, s’accroche à la pierre, puis nous livre sa lumière.

Si la mer évoque un je-ne-sais-quoi de divin, le puits, lui, m’apprend le plus bel humain. C’est une œuvre de nos mains. Une création à la mesure de notre soif. Un apprivoisement du mystère.

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