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Maslow revisité

Par Frédérique David

Ceux qui étudient en éducation connaissent la célèbre pyramide de Maslow qui permet de comprendre que rien ne sert d’enseigner à un enfant dont les besoins primaires ne sont pas comblés. À la base de la pyramide, on trouve les besoins physiologiques (faim, soif, respiration, sommeil). Suivent les besoins de sécurité, les besoins d’appartenance et les besoins d’estime pour arriver, au sommet de la pyramide, aux besoins d’accomplissements. En cette période électorale, il m’est souvent arrivé de revisiter cette pyramide de Maslow pour essayer de déterminer nos enjeux de société. Et ils sont nombreux!

Les fissures COVID

Force est d’admettre que notre pyramide a été fragilisée à tous les niveaux par la pandémie. Séparations, suicides, décrochage scolaire, pénurie de main-d’œuvre, pénurie de logements, hausse du coût de la vie et j’en passe. Les problèmes créés ou exacerbés par la pandémie touchent toutes les couches de la pyramide et on commence seulement à en mesurer l’ampleur.

Comme beaucoup de parents, j’ai entendu mon enfant me dire que sa classe de secondaire s’était vidée entre le début et la fin de l’année scolaire 2020-2021 et la suivante. Comme beaucoup de parents, j’ai vu la détresse psychologique de nos jeunes. Les fissures les plus dramatiques touchent les humains, et particulièrement ceux qui seront les adultes de demain. Celles que nos politiciens devraient s’affairer à colmater en premier touchent l’éducation et la santé psychologique, deux thèmes malheureusement peu abordés durant la campagne électorale.

L’effritement incontrôlé

Les nombreuses fissures de notre pyramide ont tristement débouché sur un effritement rapide et incontrôlé de nos valeurs, de nos acquis, de ce qui faisait de nous un peuple solidaire, accueillant, altruiste et respectueux. Le fossé entre les riches et les pauvres s’est creusé. Les mesures sanitaires ont divisé le peuple. Au lieu de s’entraider, on s’est mis à se dénoncer. L’amour de l’autre a fait place à la haine. Les opinions se sont polarisées, alimentées par des agitateurs et des réseaux sociaux où tout peut être dit sans retenue et sans conséquence. Notre vivre-ensemble se résume désormais en une lamentable division marquée par l’agressivité, le mépris et la haine. La maladroite sortie publique de Guillaume Lemay-Thivierge en est la triste preuve. Parce qu’il a été pointé du doigt pour sa non-vaccination, l’acteur a perdu gros et ce que nous avons vu sur nos petits écrans est le triste résultat de cette haine, soit le mal-être d’un homme qui peine à se relever.

L’effritement de nos valeurs a laissé place à des comportements déplorables et encore inimaginables il y a quelques années, qui marquent un dangereux recul pour les femmes. Le percutant documentaire de Léa Clermont-Dion et Guylaine Maroist, Je vous salue salope : la misogynie au temps du numérique, en témoigne et ne peut laisser indifférent. Il faudra que nos élus se soucient davantage du droit des femmes que ce qu’on note dans la plupart de leurs discours et dans la plupart des programmes des partis politiques.

La nécessaire reconstruction de la base

Finalement, la tempête Fiona qui a touché les Îles-de-la-Madeleine, à quelques jours des élections et quelques heures seulement après la Marche mondiale pour le climat, vient nous rappeler que rien ne sert de s’attarder à tous les besoins de notre pyramide si on ne s’occupe pas de sa base. Cette base, qui répond à nos besoins primaires de manger, boire et respirer, c’est l’environnement. Lutter contre la crise climatique, c’est prendre des mesures qui auront un impact sur notre santé et nous permettront d’avoir encore un toit et un environnement respirable pour nos enfants.

Même le droit des femmes et les inégalités s’en trouveront améliorés puisque les femmes et les moins nantis sont les plus touchés par les changements climatiques selon l’ONU. Nul doute, dès lors, que la priorité des partis en lice pour les élections du 3 octobre devrait être l’environnement. L’heure est grave et nous n’avons plus de temps à perdre si nous ne voulons pas voir notre pyramide s’effondrer. « Nous devons comprendre que la nature nous a mis au monde, qu’elle est notre foyer et la source de notre bien-être », disait le célèbre écologiste David Suzuki.

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