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La leçon des tortues

Par Frédérique David

Les dernières nouvelles sont préoccupantes : La SOPFEU se prépare à une autre saison des feux de forêt intense. Plusieurs espèces d’oiseaux migrateurs sont rentrés plus tôt au bercail. Le niveau des océans monte de plus en plus vite. La liste est longue. La liste s’allonge.

Nos contradictions

La lutte contre les changements climatiques est une urgence réelle, unanimement reconnue, quotidiennement abordée. Cependant, l’écart entre nos intentions et nos actions demeure grand, trop grand. Nous sommes collectivement conscients de l’urgence d’agir face au réchauffement climatique, mais nous multiplions les contradictions. Selon le Baromètre de l’action climatique publié chaque année par Valériane Champagne St-Arnaud de l’Université Laval, 89 % de la population québécoise reconnaît que les conséquences des changements climatiques s’intensifieront si nous tardons à agir, mais certaines habitudes tardent à changer et empêchent une véritable réduction de l’empreinte carbone du Québec. La proportion de personnes réduisant leur consommation de viande est demeurée pratiquement inchangée, 60% des Québécois affirment utiliser leur voiture « tous les jours, ou presque » ou « plusieurs fois par semaine » et le compostage demeure pratiqué par une faible minorité.

Le catastrophisme à la base du déni

Pire que la fatigue climatique, on observe une tendance au déni alimentée par les réseaux sociaux et les Youtubeurs de ce monde, basée sur le catastrophisme, ou doomism en anglais. À quoi bon faire des efforts alors qu’on est foutu ? Le monde tel qu’on le connait va disparaître, c’est le message qui se répand sur la toile du monde occidental. Selon un sondage de la firme Léger, 38 % de la population canadienne pense qu’il est trop tard pour agir. Le taux était de 25 % en 2021. Les doomers de ce monde n’hésitent pas à prétendre que les scientifiques ne disent pas la vérité, que la catastrophe est inévitable et que les climatologues nous mentent en prétendant qu’on peut encore agir. C’est ce que Hubert Reeves se plaisait à nommer le PFH pour « Putain de Facteur Humain ». Il expliquait que l’humain peut voir l’objectivité comme une menace quand ça l’arrange. Le PFH alimente le déni, le défaitisme, le catastrophisme, la fatigue climatique, l’inaction. Le PFH alimente surtout le réchauffement climatique.

Une espèce inspirante

Dans une conférence donnée en 2018, l’astrophysicien Hubert Reeves rappelait que l’humain est une espèce qui est déjà dans le collimateur de l’extinction, après 3 millions d’années, alors que d’autres ont traversé plus de 200 millions d’années. Pourtant, il s’agissait d’une espèce faible et mal armée pour se défendre et réussir à vivre. Sans griffes, sans venin, sans capacité à voler ou à courir vite, l’humain a survécu grâce à son intelligence. « L’intelligence qui nous a sauvés, nous menace aujourd’hui, rappelait-il. Elle devient notre danger principal. À plusieurs reprises nous sommes arrivés très près d’être éliminés par nos propres inventions. Nous sommes pris avec notre puissance et nous devons tout faire pour l’empêcher de nous éliminer. Nous savons que nous pourrions aussi nous éliminer par la crise écologique contemporaine. Aucune espèce n’a été aussi saccageuse que nous l’avons été. »

Reeves explique que nous devons prendre exemple sur les tortues qui sont apparues sur Terre il y a plus de 200 millions d’années. « Les espèces qui perdurent sont celles qui ont appris à vivre en harmonie avec la nature », dit-il. Apprendre à nous intégrer à notre écosystème, à avoir des comportements durables, c’est la seule recette pour durer.

L’espoir et le bonheur intérieur brut

Insuffler une dose d’espoir lucide devient essentiel pour contrer la morosité et le défaitisme. Éveiller l’enthousiasme pour cette cause passe par de petits gestes, des initiatives inspirantes, un état de pensée, une attitude. Il faut faire mieux, penser autrement, inspirer et s’inspirer, s’unir autour d’un objectif commun et rassembleur, s’unir face à la beauté de ce monde qui nous entoure, de cette nature qui nous nourrit.

Hugo Latulippe a récemment réalisé une magnifique série intitulée « Bonheur intérieur brut » qui contribue à nourrir cet espoir lucide dont nous avons besoin. « On a longtemps pensé que le PIB était gage de richesse, dit-il. Que la richesse, l’argent, serait pour toujours la mesure, l’apogée d’une vie réussie. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond avec notre course folle ? Quel est le sens de notre présence ici ? » Le réalisateur s’est mis en quête d’exemples, de solutions, de manières de vivre. « En quête de sociétés plus amples, plus sages, et d’une autre échelle pour la suite. En quête d’une autre manière de vivre nos vies pour remettre le monde à l’endroit. »

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