La détresse des mères

Par Frédérique David

Au-delà des belles promesses de politiciens, une situation préoccupante perdure et des femmes ne peuvent retourner au travail faute de place en garderie.

Et je parle volontairement de « femmes » puisque ce sont majoritairement elles qui sont victimes de cette situation. Face aux 37 000 nouvelles places promises par le gouvernement Legault, il y a plus de 50 000 familles inscrites sur les listes du guichet unique 0-5 ans qui attendent désespérément un appel.

Aujourd’hui, force est de constater que le projet de social-démocratie mis sur pied en 1997 par Pauline Marois est en train de s’effriter. Les femmes se rallient pour lancer des signaux de détresse qui ne sont pas assez écoutés. Elles n’ont ni le temps ni l’énergie de descendre dans la rue. Pourtant, il s’agit d’un des plus grands scandales de notre société actuelle!

Avancer pour mieux reculer

Les centres de la petite enfance visaient à permettre aux femmes de prendre une plus grande place sur le marché du travail. Le réseau a été cité en exemple par de nombreux pays et a permis une formidable avancée.

Selon L’Intersyndicale des femmes, « entre 1996 à 2019, le taux d’emploi des femmes au Québec a bondi de près de 18 points de pourcentage, plaçant la province au 2e rang parmi 32 États de l’OCDE. » Mais rien n’a été fait pour développer ce beau projet, tant et si bien que des milliers de mères ne peuvent aujourd’hui retourner au travail parce qu’elles ne parviennent pas à trouver une place en garderie pour leur enfant. Et ce n’est pas parce que les pères ne veulent pas contribuer, mais il faut bien admettre que, trop souvent encore, ce sont eux qui gagnent le plus gros salaire dans le couple.

Un sondage mené en 2021 par l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) révélait qu’une personne sur trois – et ce sont majoritairement des femmes – avait reporté son retour au travail faute de place en garderie. Le recul auquel nous assistons est d’autant plus préoccupant, que ce sont les femmes qui occupent les emplois où la pénurie se fait le plus sentir, comme éducatrice en service de garde justement! Ce sont elles qui font les métiers du « care » dont on a tant besoin actuellement : infirmières, enseignantes, travailleuses sociales, etc. Ce sont elles les solutions aux maux actuels de notre société et rien n’est fait pour qu’elles puissent contribuer à une sortie de crise.

De scandaleuses inégalités

Outre les inégalités entre les hommes et les femmes créées par cette situation, on doit se préoccuper des inégalités sociales, particulièrement en contexte d’inflation. Environ 70 000 enfants fréquentent une garderie privée non subventionnée et 40 000 un milieu familial privé qui coûte aux parents entre 38$ et 70$ par jour contre 8,85$ en CPE.

La jeune mère, autrice et documentariste Léa Clermont-Dion témoignait récemment à Radio-Canada débourser environ 30 000$ par année en frais de garderie pour ses deux enfants et recevoir un remboursement d’impôt d’environ 15 000$. Cela engendre une dépense annuelle de 15 000 $ contre environ 4000$ pour le couple chanceux qui aura obtenu deux places en CPE.

Ainsi, plus de 100 000 parents québécois payent très cher leurs places en garderie et cette terrible inégalité, dans le contexte inflationniste actuel, met de plus en plus d’enfants dans des situations de précarité alarmantes! Et c’est sans parler de l’inégalité des chances pour les tout petits qui s’avère tout aussi préoccupante.

Des mesures d’urgence à prendre

On est loin d’un réseau entièrement public comme souhaité initialement par Pauline Marois, mais certaines mesures doivent être prises urgemment pour corriger ces terribles inégalités. Dans une entrevue accordée récemment au Devoir, la ministre de la Famille, Suzanne Roy, s’est prononcée contre le versement d’une aide temporaire d’urgence pour les parents qui, sans place en garderie, ne peuvent retourner au travail. C’est dire que ce gouvernement, qui verse des chèques de 500$ à des familles qui n’en ont pas besoin, accepte que des mères monoparentales aient recours à l’aide sociale parce qu’elles ne trouvent pas de place en garderie!

Et que dire du peu d’effort déployé pour favoriser la rétention des éducatrices qui tiennent le réseau des garderies à bout de bras? Le Devoir révélait récemment la perte de 24 000 places en garderie entre 2018 et 2022. Une réflexion sociale s’impose pour valoriser le travail essentiel des éducatrices et celui de nombreuses femmes qui, à bout de souffle, tentent d’éviter l’effondrement d’un système fissuré de toutes parts. Parce que l’avenir de leurs enfants en dépend.

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