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Coachs de coin d’rue

Par Mimi Legault

Comme moi, vous avez été témoins aux infos de parents qui s’en prenaient aux arbitres soit au hockey l’hiver ou au soccer durant l’été. Une sorte d’orangs-outans (mes excuses aux singes) qui, insatisfaits des décisions de l’arbitre se mettent comme eux à émettre des grondements et gargouillis; ces puissantes vocalisations s’entendent à plus d’un kilomètre à la ronde. Comme si ce n’était pas suffisant, certains décident carrément de les attaquer physiquement.

Le jugement de l’Homme se morpionne en petits morceaux. Les parents reconduisent leurs fils à l’aréna en rêvant qu’ils deviennent des Cole Caufield. J’ai déjà lu un article où le père d’un jeune gardien de but avait arrêté de l’encourager du haut des estrades parce qu’il venait de se faire scorer deux buts coup sur coup. Avez-vous une tite idée de la pression que vivait cet enfant?

Dernièrement, j’ai rencontré un père de famille qui m’a parlé d’une époque où lui-même était devenu un coach de coin d’rue et qui le regrette amèrement aujourd’hui. Je vous résume ses mots.

Mon fils Nathan (nom fictif) avait cinq ans lorsqu’il s’est présenté sur la patinoire pour une évaluation. Du coup, il est tombé en partant et a refusé de se relever. Puis, il s’est mis à pleurer; trouvait-il son équipement trop lourd? Ou le bruit et les coups de sifflet l’intimidaient? Ou bien, la grandeur de l’aréna l’étourdissait, car je dois dire ici que j’avais monté une sorte de patinoire sur un petit étang à côté de chez nous, là où il aimait bien s’amuser.

S’amuser…

Il a fini par se relever, et comme son meilleur petit copain se trouvait sur la glace, il s’est mis à patiner avec lui. Ils étaient drôles ces petits bouts de chou à courir après la rondelle. On aurait dit des bébés canards derrière leur mère. Plus tard, ce fut l’époque des tournois. C’était sérieux. Je donnais un dollar à fiston lorsqu’il comptait un but, rien pour les assistances. Je me trouve tellement crétin lorsque je m’entends raconter ça…

Puis, l’humeur de Nathan s’est mise à changer; il est devenu, comment dire, taciturne, morose. Lorsque le temps des pratiques de hockey arrivait, il disait qu’il avait mal au ventre. Je le traitais de mauviette et le forçais à s’habiller. Sur la patinoire, je scrutais ses moindres gestes. Je ne criais pas contre lui, mais contre l’arbitre. Des fois, je m’en prenais à l’entraîneur. Avec mon chrono, je comptais le temps qu’il passait sur la patinoire. Et puis, un jour, sur le petit étang, j’ai entendu mon fils dire à son ami : j’aime ça jouer sur ma patinoire, au moins je n’entends pas papa crier…Ça m’a foutu le cafard!… Un jour, Nathan me demande combien je gagnais de l’heure. 28 $ que je lui réponds. Peu de temps après, le voilà qu’il revient avec les 28 $ pris dans sa tirelire pour que je puisse passer une heure seul avec lui…

Fin de la citation.

Le problème avec les enfants ce n’est pas la fabrication, mais le service après-vente. (Anne Roumanoff). Personnellement, ce qui me fait régurgiter, c’est le fait de voir certains parents faire tout un drame d’une chiure de mouche. Une plante de chicane avec un pépin de rien (Fred Pellerin). Une sorte de guéguerre de pouvoir. Dans les arénas, papa et maman deviennent des blenders sans couvercle en oubliant que leur propre enfant les regarde sans trop comprendre leur comportement qui les gêne terriblement.

Il est vrai que c’est plus facile d’élever la voix que d’élever des enfants. Et ce n’est pas parce qu’on a des enfants que l’on devient de bons parents. Pas plus que tu deviens bon guitariste parce que tu possèdes une guitare. Des fois, je me demande qui éduque qui… Dans mon temps, dans la religion catholique, il y avait des commandements de Dieu et le quatrième pouvait se lire ainsi : père et mère tu honoreras. J’ajouterai ici : fils et filles, tu honoreras itou. Si les parents ont le droit d’avoir des enfants, dites-vous bien que les enfants ont le droit d’avoir des parents.

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