| Par Simon Cordeau

Qui a construit le Pont Shaw (partie 2)

Début juin, le pont Shaw a dû fermer temporairement pour une énième fois. J’ai donc voulu raconter l’histoire de ce pont, au centre de l’histoire de Prévost. En chemin, je suis tombé sur un mystère insoupçonné. Qui a construit le pont Shaw? Et quand?

C’est officiel : William Shaw a bel et bien acheté son pont à Augustin-Norbert Morin le 7 août 1863. Linda Rivest, directrice d’Histoire et Archives Laurentides (HAL), m’a envoyé l’acte de vente de quatre pages. Le document, écrit à la main, est un peu difficile à lire, mais à la fin, on reconnaît facilement les signatures de Shaw et de Morin. « Cette vente est faite pour le prix et somme de six cents piastres », peut-on y lire.

Toutefois, ça ne me dit pas quand il a été construit, ce pont. Mme Rivest me fait aussi parvenir un acte de vente daté du 26 août 1846, où Morin achète le terrain pour faire un chemin et un pont. Mais celui-là est pratiquement indéchiffrable. Les passages avec les caractères imprimés, ça va, mais ceux à la main ont une écriture très serrée et inclinée. « C’est effectivement un art, déchiffrer les documents anciens. Tous les notaires n’écrivaient pas très lisiblement! », me répond Mme Rivest.

Ainsi, le pont « Shaw » aurait été construit entre 1846 et 1863. Je sais maintenant quand chercher. Et comme ce n’est probablement pas Morin qui a construit le pont de ses propres mains, il a dû engager quelqu’un. Peut-être Shaw?

Le flot du temps

Êtes-vous déjà allé sur le pont Shaw au crépuscule? C’est un endroit magique, paisible, presque intime. Les arbres sur les berges isolent la rivière du Nord du reste du monde, et étouffent le murmure de l’autoroute 15, qui passe non loin. Dans l’obscurité naissante, il n’y a que la rivière et vous. On dirait que le chuchotement de l’eau, qui coule sous vos pieds, n’existe que pour vous bercer.

C’est pourquoi je trouve si surprenantes ces photos du pont Shaw prises au siècle dernier. Les berges sont dénudées de leurs arbres, et la rivière est exposée. On y voit aussi clairement les maisons du Vieux-Prévost, l’un des trois villages, avec Shawbridge et Lesage, qui fusionneront en 1973 pour former le Prévost d’aujourd’hui.

Des années 1930 jusqu’à 1962 environ, des skieurs venus de Montréal et d’ailleurs descendaient du train à Shawbridge, traversaient le pont Shaw à ski, et se rendaient sur les pentes derrière le Vieux-Prévost. C’est là qu’Alex Foster aurait inventé le premier remonte-pente mécanique : le Foster’s Folly! (L’honneur est disputé entre lui et Moïse Paquette, un garagiste de Sainte-Agathe.)

Aujourd’hui les skieurs ont disparu, tout comme le train et les pentes. Mais la structure en fer du pont, elle, reste la même depuis sa construction en 1923, il y a bientôt 100 ans.

Il y a deux choses que je trouve fascinantes dans l’Histoire : celles qui changent, et celles qui persistent. Il y a aussi celles qui se répètent, et qui sont peut-être un peu des deux.

Mettre fin aux fermetures

J’ai demandé à Paul Germain, maire de Prévost, comment avançaient ses efforts pour éviter les fermetures répétées du pont Shaw. « On est en appel d’offres pour mettre une barrière. Le MTQ a son gabarit. Nous, on va installer un pré-gabarit. »

En ce moment, si le gabarit du MTQ est endommagé par un camion, le MTQ ferme le pont. Mais si c’est le pré-gabarit de la Ville qui est endommagé, le pont pourra rester ouvert.

« Si un camion passe et arrache les deux gabarits, on pourra dire qu’on a fait ce qu’on pouvait », ajoute M. Germain.

De l’affichage interdisant les camions a aussi été ajouté. Beaucoup d’affichage. J’ai compté 9 panneaux autour du pont, sans compter ceux sur les rues avoisinantes. Certains sont même illuminés et clignotants! Si vous vous rendez jusqu’au pont sans en voir au moins une, vous ne devriez pas conduire.

Tout ça parce que des camionneurs, venus de Montréal et d’ailleurs, descendent de l’autoroute et tentent de traverser le pont Shaw.

Les carnets de notre histoire

Avez-vous déjà rédigé des procès-verbaux? C’est d’un ennui!

Lorsque j’étais étudiant à la Polyvalente Saint-Jérôme, j’avais participé à la mise sur pied d’un magasin coopératif avec des amis. En tant que secrétaire, c’était ma responsabilité d’écrire le procès-verbal de nos rencontres mensuelles : ce qui s’y disait, ce qui était proposé et par qui, quelles décisions étaient approuvées, etc.

On m’avait aussi expliqué que j’étais le gardien de ces précieux et importants documents. Je les ai encore d’ailleurs, cachés dans une boîte quelque part.

Mais à chaque mois, durant leur rédaction, je me demandais : à quoi servent ces procèsverbaux? Qui ira relire le récit minutieux, froid, ennuyeux d’une rencontre administrative?

Linda Rivest, de HAL, a une nouvelle piste pour moi. « Probablement qu’on trouverait la date de construction du pont dans les procès-verbaux du comté de Terrebonne, puisque les chemins et les ponts relèvent de cet organisme. Si on est chanceux, le nom du constructeur y est. Je peux te les sortir si ça te tente de chercher. »

Certains détails de notre histoire ne sont peut-être pas perdus, mais simplement enfouis dans des documents que personne n’a jamais relus… « Effectivement, beaucoup de documents sont là et n’attendent qu’on révèle leurs secrets », illustre Mme Rivest.

Il y a aussi un citoyen, passionné d’histoire, qui m’a contacté. Lui aussi aurait trouvé quelques morceaux du casse-tête.

Suivez la suite de mon enquête dans une prochaine chronique.


Lisez la Partie 1 et la Partie 3.

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