| Par Mimi Legault

Ceci est mon corps

L’histoire de Mirela Cavajda qui habite en Croatie est pathétique. Les médecins refusent l’IVG (interruption volontaire de la grossesse) même si l’enfant à naître est atteint d’une tumeur agressive au cerveau. S’il naissait, il serait comme un légume avec de lourdes malformations. On sait qu’aux États-Unis c’est la tempête politique dans l’attente d’un arrêt de la Cour suprême qui pourrait menacer le droit à l’avortement. Et je ne gaspillerai pas mon encre pour vous raconter ce que vivent les femmes en Afghanistan. L’enfer. 

Vous aimez les anecdotes? Je vous en narre deux, vécues. L’une m’a été racontée par ma mère, et, pour l’autre, j’étais présente. Mes grands-parents maternels se nommaient Caroline et Joseph-Pascal. Ils avaient 10 enfants. Le médecin avait averti Caroline : si elle mettait au monde un autre bébé, elle y laisserait sa peau. Pascal était alcoolique. Comme disait ma mère : « il a bu trois Terres ». Pour éviter de retomber enceinte, Caroline se rendait chez la voisine le soir, attendait que son mari arrive, se couche bien ivre et s’endorme. 

Puis, elle revenait à la maison. Pascal alla se plaindre au bon curé qui ordonna drett-là à ma grand-mère de faire son devoir conjugal. Ce qui devait arriver, arriva. Caroline a eu une petite fille qu’elle a mise au monde puis, quelques instants plus tard, Caroline est décédée d’une hémorragie. On prénomma l’enfant Céleste. Ma mère…

Deuxième anecdote. Claude et Rollande (noms fictifs cette fois) avaient adopté deux enfants. Avec le temps, ils s’aperçurent que la fillette était en fait, une petite personne. Lors d’une visite paroissiale, un autre bon curé lui demanda pourquoi elle n’avait pas d’autres enfants. 

C’était à cause d’un problème génital; si elle en désirait, elle devait subir une opération délicate. Et puis deux enfants, c’était suffisant. La santé de Claude côté cardiaque n’était pas forte et les maigres revenus de ce dernier était une autre excellente raison. Mais le curé refusa de lui donner l’absolution parce que Rollande empêchait la famille. Craignant d’aller en enfer, elle se fit opérer et eu trois garçons en trois ans. La quatrième année, Claude décéda d’un infarctus. Non, l’aide sociale n’existait pas… Furieuse devant cette triste situation, maman avait décidé de se vider le cœur et d’aller dire sa façon de pensée au bon curé qui, drôle de coïncidence, ne visita plus jamais la veuve Rollande. Mon père se rendait tous les dimanches soir, apporter à cette famille devenue indigente des plats que maman leur préparait.

Lorsque mon père revenait, il parlait de la triste ambiance qui régnait dans la maison avec cinq enfants, des traits tirés de Rollande, des trois petits garçons turbulents.

Que ce soit les familles nombreuses, l’avortement ou l’Afghanistan, il s’agit toujours du corps de la femme. Une seule personne peut décider. C’est la femme. Suis-je pro-vie, pro-choix? Les deux. La vie, c’est comme une pièce de monnaie : pile ET face. Ce n’est jamais de gaieté de cœur qu’une femme décide de se faire avorter. Connaissez-vous beaucoup de femmes qui décident d’une IVG en sifflant? Avorter est un verbe sans sujet avec complément direct : le regret. Pro-vie, pro-choix, tous les deux emmaillés dans un doute le plus certain. Je dis simplement que c’est du « K par K ». Sinon, va-t-on, côté avortement, se retrouver avec des cliniques non reconnues ou d’anciennes méthodes tordues auxquelles dont je n’ose même pas penser?

J’ai beau me gratter l’occiput et le sourcil, me pincer l’oreille, je me dis que l’on est en 2022 et qu’on n’est pas rendu loin côté corps de la femme. Il faudrait quand même redonner du lousse à nos idées pour retrouver un bon sens qui tarde à venir. Regardez du côté de l’Oncle Sam. Les Américains veulent interdire l’avortement; de l’autre côté, ils sont pour le port d’armes. Cherchez l’erreur. 

Je vous laisse sur deux pensées. L’une est de Simone Veil : « l’avortement n’est jamais une victoire ». Et cette dernière : « soyons sérieux, on n’est pas pour l’avortement, pas plus qu’on est pour la guerre. Mais parfois, il faut faire la guerre ».

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