Lettre d’amour (et de haine) à la musique de Noël

Par Simon Cordeau
Lettre d’amour (et de haine) à la musique de Noël

Aimez-vous la musique de Noël? Moi, ça dépend des années.

D’un côté, c’est une tradition. Les mélodies sont pleines de souvenirs et de nostalgie. Le tintement familier et réconfortant des clochettes illumine la froideur de l’hiver qui commence. La musique de Noël, c’est le déballage des cadeaux, le feu qui crépite dans le foyer, la neige qui tombe lentement dehors et le souper en famille.

De l’autre, c’est un cliché. Les ritournelles, répétées année après année, sont vidées de leur originalité et de leur authenticité. L’usage abusif des grelots tue tout émerveillement. La musique de Noël, c’est le bonheur préfabriqué qu’on tente de nous vendre, les cadeaux jetables qu’on achète par obligation, le mal de tête du magasinage de dernière minute et ses néons blancs, toujours la même dinde au souper et la chicane de famille.

Mais qu’elle soit pour vous une douce couverture chaude ou une lourde chape de plomb, la musique de Noël est inévitable. Elle s’impose à nous, après chaque Halloween, qu’elle nous délecte ou nous dégoûte. Les stations de radio, les boutiques, les épiceries, les publicités en sont envahies peu à peu, jusqu’à son omniprésence. Les Américains appellent ça le
« christmas creep »
: comme une marée noire qui s’immisce partout, qui touche et tache tout.

Parfois, c’est l’obligation artificielle d’être joyeux, ou de le paraître. Parfois, c’est l’enthousiasme naïf, enfantin, contagieux, qui nous fait sourire malgré nous.

Une copie d’une copie d’une copie…

Lorsque je courais les ventes de garage et les marchés aux puces pour me bâtir une collection de disques vinyles, j’achetais souvent ceux-ci en lots. À l’unité, un vinyle se vendait en moyenne 1 $, ce qui est bien peu. Mais un lot de 250 vinyles pouvait coûter… 25 $? Vendu!

Revenir à la maison et creuser dans les boîtes pour dénicher quels trésors j’avais acquis, c’était comme déballer des cadeaux de Noël. Et justement, vous savez ce qu’il y a toujours dans un lot de vinyles? Des albums de Noël.

J’en ai un des Classels, deux de Fernand Gignac, deux de Nathalie Simard, même un de Passe-Partout! J’ai, bien sûr, quelques classiques. A Jolly Christmas From Frank Sinatra est indémodable, avec sa voix suave et ses rythmes jazzy. White Christmas de Bing Crosby est toujours réconfortant, familier, intemporel. Je dois bien avoir une demi-douzaine d’exemplaires du single Do They Know It’s Christmas?, enregistré en 1984 pour amasser des fonds pour la famine en Éthiopie.

D’ailleurs, j’ai toujours été fasciné par l’aspect kitsch de la musique de Noël. J’ai même chez moi deux albums de Tijuana Christmas. Parce que vous savez ce qu’il manquait pour épicer la musique de Noël? Des trompettes mexicaines!

Le problème, c’est que les morceaux sont pas mal les mêmes d’un album à l’autre. La majorité des chansons de Noël qu’on connaît, qui reviennent année après année, datent des années 1930 à 1960. Depuis, ce sont les mêmes mélodies réinterprétées ad nauseam. L’album de Noël est comme un passage obligé pour les artistes. Chaque musicien qui fait carrière un peu longtemps se sent obligé d’ajouter à la pile. Et la plupart sont loin de réinventer la roue…

Mais il y a quelque chose de miraculeux dans cette universalité. Maintenant, grâce aux plateformes de distribution numérique, vous pouvez inviter n’importe quel artiste, en quelques clics et un instant, à vous chanter Noël.

Et ça, si ce n’est pas de la magie de Noël, je ne sais pas ce que c’est.

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Pierre Letourneau
Pierre Letourneau
28 days ago

Malheureusement on entend la musique de Noël à partir du mois d’octobre, et pas toujours de la bonne, mais le lendemain de Noël, POUF, plus de musique, fini.