Les peuples autochtones, protecteurs de l’environnement?

Par Ève Ménard
Les peuples autochtones, protecteurs de l’environnement?
(Photo : Archives)

« Pour moi, être une femme innue, c’est se préoccuper de l’environnement et aussi du rôle des femmes. »

La militante et réalisatrice, Melissa Mollen Dupuis, démontre que les savoirs ancestraux et la vision des peuples autochtones résonnent tout naturellement avec plusieurs arguments de l’écoféminisme, en plus d’offrir, à travers leurs rapports complémentaires et harmonieux avec la nature, des pistes de réflexion essentielles. Ils ont tout à nous apprendre sur la protection de l’environnement.

Les femmes, protectrices de l’eau

Melissa Mollen Dupuis est une militante innue et cofondatrice de la section québécoise du mouvement Idle No More. Photo : Courtoisie

Melissa Mollen Dupuis est aussi la cofondatrice de la branche québécoise du mouvement Idle No More, qui appelle tous les peuples à s’unir dans une révolution pacifique permettant d’honorer la souveraineté autochtone et de protéger la terre, l’eau et le ciel. Le mouvement a été initialement fondé par quatre femmes en décembre 2012 dans l’Ouest canadien. Il a pris racine dans un élan de contestation vis-à-vis l’adoption du gouvernement Harper d’une loi omnibus, Loi C-45, qui réduisait des lois sur la protection de l’eau afin de faciliter le passage des pipelines à travers les territoires des Premières Nations.

« Ce qui m’avait étonné au début, avec Idle No More, c’était l’étonnement des gens au fait qu’il y avait autant de femmes dans la mouvance », souligne Melissa Mollen Dupuis qui a cofondé la section québécoise du mouvement avec Wilda Larrivière. Pour elle, la mobilisation des femmes était tout simplement logique, compte tenu que dans les traditions autochtones, les femmes assurent la protection de l’eau. Tout réside dans la fusion des devoirs.

Moins de déclin

La création d’Idle No More est un exemple de mobilisation autochtone vis-à-vis des initiatives nuisibles à leur territoire et à l’environnement. Il y en a d’autres. En 2016, un mouvement initié par les femmes de la nation autochtone Standing rock Sioux s’opposait à la construction du pipeline Dakota Access aux États-Unis. Plus tôt cette année, une mobilisation a eu lieu contre le projet de construction du gazoduc Coastal GasLink en Colombie-Britannique sur les territoires du peuple Wet’suwet’en.

« Ce ne sont pas les femmes qui vont sauver la planète, ce ne sont pas les enfants, c’est l’équilibre de tous les rôles, ensemble. » 

Les peuples autochtones sont touchés par les changements climatiques et par l’extractivisme, et particulièrement soucieux de la nature. D’ailleurs, on remarque de plus en plus que leurs savoirs et leurs approches sont bénéfiques à l’environne-ment. En 2019, le groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (IPBES) révélait qu’environ un million d’espèces animales et végétales étaient menacées d’extinction. Melissa Mollen Dupuis souligne que dans ce rapport, il y avait une mention à l’égard des peuples autochtones. En effet, on y affirmait que sur les terres occupées par les communautés et protégées par celles-ci, le déclin de la biodiversité était moindre qu’ailleurs.

Inclure les savoirs autochtones à la lutte

Un des enseignements autochtones soulevé par Melissa Mollen Dupuis et particulièrement pertinent à la lutte aux changements climatiques est l’importance « de regarder la même chose, mais avec des yeux différents ». La militante innue favorise ainsi une pluralité des regards et des mentalités afin de lutter efficacement en faveur de l’environnement. « Les approches, les savoirs ancestraux, les pratiques environnementales autochtones sont de plus en plus reconnus comme des pistes de solution devant cet effondrement dû à l’excessivité humaine à consommer les ressources. »

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