Les Laurentides : pépinière de talents

Par Ève Ménard
Les Laurentides : pépinière de talents
Les jeunes athlètes d’APEXX combinent leurs études et l’entraînement, à raison de 15 heures par semaine. (Photo : APEXX équipes sportives )

Les soeurs Dufour-Lapointe, Erik Guay, Jasey-Jay Anderson, Alexandre Bilodeau, Mikaël Kingsbury. Ces sportifs ont tous en commun d’avoir fait leurs premières armes dans les Laurentides. L’avenir s’annonce tout aussi glorieux, alors que d’autres surdoués d’ici se frayent un chemin vers l’élite mondiale. Comment pouvons-nous expliquer le succès de la région, à former autant d’athlètes de haut niveau en sport de glisse?

Il s’agirait principalement d’un mélange d’accessibilité, d’amour du ski, de conditions favorables et d’encadrement. On ne perd jamais de vue l’objectif principal : avoir du plaisir. On en parle avec quatre passionnés et bâtisseurs de la relève.

Créer un environnement sain

Pierre Cusson s’implique bénévolement dans le milieu du ski acrobatique depuis une trentaine d’années. Le directeur d’Acroski Laurentides, un organisme qui encadre les adeptes de ski acrobatique, nous parle avec enthousiasme de la relève et des nombreuses offres partout à travers la région. « Nous avons mis en place un environnement qui supporte l’athlète dans tout ce que ça lui prend pour réussir », indique-t-il pour justifier le succès des Laurentides.

Il nous donne l’exemple des rampes d’eau à Saint-Hippolyte, une installation qui permet aux jeunes de continuer leur progression, même pendant la saison estivale.

D’enfants à champions

La passion de Pierre Cusson pour le ski prend racine dans celle de son fils, Jean-François. Ce dernier a compétitionné en bosses et en freeski, pour finalement devenir entraîneur de l’équipe nationale de slopestyle. La gloire des Laurentides, c’est aussi en quelque sorte une histoire de famille. Parents, entraineurs, athlètes, bénévoles : tout le monde se connait et s’épaule. « Nous avons vu les jeunes grandir, nous connaissons bien leurs parents », confie Pierre Cusson. Mikael Kingsbury n’avait que 7 ou 8 ans lorsqu’il l’a rencontré pour la première fois. Justine Dufour-Lapointe était encore plus jeune. « Et 20 ans plus tard, tu les vois sur des podiums olympiques. C’est incroyable! »

Pierre Cusson en compagnie du médaillé olympique, Mikaël Kingsbury. Photo : Courtoisie

Des programmes inclusifs

Outre l’encadrement exemplaire, il y a aussi cette volonté d’inclusion dans plusieurs programmes de la région. C’est une force que relève David Bellart, coordonnateur depuis une dizaine d’années au programme de Ski-études à l’École secondaire Augustin-Norbert-Morin. Celui-ci accueille autant les élèves qui rejoignent le programme dans une optique récréative, que ceux qui rêvent de performer à l’international. « Nous pouvons accommoder autant la masse que l’élite », spécifie le professeur d’éducation physique, aussi détenteur d’un niveau 3 d’entraineur.

Cette approche permet de former à la fois des athlètes de haut calibre – on peut penser à Geneviève Simard, François Bourque, Valérie Gilbert ou Édouard Therriault, tous issus du programme de Ski-études – et une main d’œuvre pour l’industrie du ski dans les Laurentides. Plusieurs élèves acquièrent une certification de moniteur pendant leur secondaire, afin de travailler dans les stations de la région. Plus tard, d’autres se dirigent vers des postes de direction ou d’administration.

La création d’un environnement sain pour soutenir les jeunes skieurs permet aussi de développer un sentiment d’appartenance fort chez les athlètes. C’est notamment ce qui pousse d’anciens élèves à se réinvestir plus tard en tant qu’entraineur. L’exemple parfait : Edward Lortie. Ancien élève d’A.-N.-Morin, il s’est hissé jusqu’à l’équipe nationale. Après sa carrière sportive, il est revenu au Ski-études à titre d’entraineur. Aujourd’hui, il est entraîneur-chef de l’Équipe du Québec développement des Laurentides.

Le Ski-études en bref

280 à 300 élèves (2 classes par niveau)

Environ 25 entraîneurs

4 disciplines : Ski alpin (volet récréatif et volet compétitif en course), ski acrobatique, planche à neige et ski de fond

Élizabeth Hosking en action.
Élizabeth Hosking en action. Photo : APEXX équipes sportives

Transmettre l’amour du sport

Aux Jeux olympiques de 1998 à Nagano, Josée Charbonneau participait à l’épreuve des bosses en ski acrobatique. Aujourd’hui, elle est entraineuse en chef de cette même discipline au Ski-études d’A.-N.-Morin, où elle s’implique depuis une vingtaine d’années.

Elle croit que le secret de la région réside dans son grand amour pour le ski. Partout, il y a de la passion. « Les entraineurs sont là pour l’amour du sport. Ils la véhiculent aux jeunes qui reviennent chaque fin de semaine avec un grand sourire aux lèvres, dans le but de passer une belle journée, de s’améliorer et de relever des défis. » Et pourtant, la région ne possède pas les plus grandes montagnes au pays. Étonnamment, il s’agirait même d’une partie de son succès : « Dans l’Ouest, tu peux faire des pistes différentes toute la jour-née. Lorsque tu es confiné à un plus petit endroit, ça devient redondant. Donc on cherche un peu d’action, des bosses, des sauts, et ça nous amène à nous inscrire dans des clubs », explique Josée Charbonneau.

Les avantages d’une petite montagne   

« C’est super simple! », lance pour sa part Catherine Parent, entraineuse de niveau 4 et directrice-fondatrice d’APEXX équipes sportives, lorsque questionnée au sujet de la recette magique des Laurentides. « Ici, nous avons un haut volume d’entrainement. Puisque nos montagnes sont petites, des descentes, les skieurs en font à la tonne! Beau temps, mauvais temps. » Elle donne l’exemple de son athlète, Elizabeth Hosking, planchiste spécialiste de la demi-lune. En 2018 à Pyeongchang, elle était la plus jeune athlète de la délégation canadienne. « Elizabeth ne s’est pas toujours entraînée dans une demi-lune parfaite. Et elle s’entraîne peu importe les intempéries. » Ainsi, en compétition, elle est préparée à toute éventualité.

Après s’être initiée à la planche à neige, Catherine Parent a fait des compétitions dans l’Ouest canadien, où elle a habité quelques années. Lors de son retour au Québec, il y a une quinzaine d’années, elle a fondé le premier sport-études en snowboard de la province.

À entendre parler Josée Charbonneau, David Bellart, Catherine Parent et Pierre Cusson sur leur rôle respectif et leur vision, il n’est pas surprenant de voir éclore autant d’athlètes de notre région sur la scène internationale. Tous les quatre sont la preuve de ce tour de force : ils ont à cœur la réussite, le bien-être et la sécurité de leurs athlètes. La passion les anime, celle-là même qui explique en grande partie, le succès des Laurentides.

APEXX en bref

APEXX est une entreprise située à Saint-Jérôme qui existe depuis 2006. Elle se spécialise dans les disciplines de snowboard, freeski et danse. Son programme de sport-études est basé à la Polyvalente de Saint-Jérôme. Il permet aux jeunes athlètes de combiner leurs études et l’entraînement à raison de 15 heures par semaine pendant l’ensemble de l’année scolaire.

Qui surveiller?

Les intervenants nous ont tour à tour vanté la relève qui succédera à Kingsbury et compagnie. Voilà quelques noms à surveiller pour la suite.

  • Philippe Langevin : slopestyle
  • Édouard Therriault : ski acrobatique (saut)
  • Valérie Gilbert : ski acrobatique (bosses)
  • Olivier Lessard : ski acrobatique (bosses)
  • Félix Bertrand : ski acrobatique (bosses)
  • Benjamin Nadon : ski acrobatique (bosses)
  • Romane Carreau : ski acrobatique (bosses)
  • Émilie Forget : ski acrobatique (bosses)
  • Joey Dubuc : ski acrobatique (bosses)
  • Benoit Gilbert : ski acrobatique (bosses)
  • Laurianne Desmarais-Gilbert : ski acrobatique (bosses)
  • Kinsey Boulanger : snowboard
  • Emerick Lalonde : freeski
  • Charles Gougeon : freeski 
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