Les débuts de notre démocratie

Par Simon Cordeau
Les débuts de notre démocratie

La devise du Québec, « Je me souviens », a une faille. On ne peut pas se souvenir de ce qu’on ne sait pas. C’est pourquoi plonger dans l’histoire, surtout notre histoire, me fascine tant. Savez-vous quand les premières élections ont eu lieu au Québec? Avant de lire 1792 : À main levée, je ne le savais pas non plus.

Christian Blais est historien à la Bibliothèque de l’Assemblée nationale. Durant une entrevue, il me recommande cet ouvrage auquel il a participé avec d’autres. 1792 : À main levée raconte les débuts de la démocratie au Bas-Canada (le Québec actuel).

Parlementarisme et droit de vote

Après la Conquête en 1760, l’Empire britannique devient maître de la Province of Quebec, de ses habitants et de leur destin. Lorsque les États-Unis gagnent leur indépendance, en 1783, l’arrivée massive de loyalistes ici oblige les Britanniques à réformer le gouvernement de la colonie. L’Acte constitutionnel de 1791 crée une chambre d’assemblée, élue, qui pourra légiférer sur son territoire : le Bas-Canada.

Ainsi, en 1792, les Canadiens français sont appelés aux urnes pour la toute première fois. Il y a quelques critères pour pouvoir voter, mais fait notable : les femmes et les autochtones ne sont pas exclus! Les femmes perdront toutefois leur droit de vote en 1849, et les hommes autochtones, en 1857… sauf s’ils renoncent à leur « statut d’Indien ».

Le neuvième art

Ce qui m’a convaincu de me procurer 1792 : À main levée, c’est qu’on y retrouve la plus ancienne bande dessinée à phylactères de langue française! À tous les électeurs était placardé sur les murs de la Haute Ville de Québec, durant la première campagne électorale de notre histoire. La bande dessinée tente de convaincre les électeurs de choisir le marchand plutôt que l’avocat pour les représenter.

Pour y rendre hommage, les quatre parties du livre sont accompagnées d’une bande dessinée, réalisée par des artistes contemporains. Les courtes histoires racontent de manière dramatique, et parfois émouvante, les premiers épisodes de notre démocratie. Je dois vous avouer avoir versé une larme après celle de VAN, qui accompagne le débat sur les langues. « Tant qu’on sera pas encore pris dans ‘même chicane dans 225 ans! »

À la fin de l’ouvrage se trouve même une collection des oeuvres historiques qui ont inspiré les bédéistes.

Vers les patriotes 

Même si l’Assemblée législative est élue démocratiquement, dans les faits, elle a assez peu de pouvoir. Ce sont plutôt le gouverneur et le Conseil législatif (dont les membres sont nommés à vie par le gouverneur) qui contrôlent la colonie. À travers les années, l’Assemblée demandera donc de plus en plus de pouvoirs, comme le contrôle du budget et que le Conseil législatif soit élu, motivé par « l’idée selon laquelle le peuple est la source légitime du pouvoir ».

Les députés écriront même 92 Résolutions, qu’ils présenteront au Parlement de Westminster, à Londres. L’impasse mènera à la Rébellion des Patriotes (1837-1838), puis à l’Acte d’Union (1940) qui vise à assimiler les Canadiens français. Mais l’idée que ce sont les députés, représentants du peuple, qui doivent contrôler les actions du gouvernement était née.

« Les députés québécois exercent donc les privilèges que les députés bas-canadiens ont exigés sans compromission », conclut l’ouvrage.

Le saviez-vous?

L’Assemblée nationale ne compte que deux députés autochtones… dans toute son histoire. Le premier est Ludger Bastien, député de Québec de 1924 à 1927. Le second est Alexis Wawanoloath, député d’Abitibi- Est de 2007 à 2008.

Claire Kirkland-Casgrain est la première femme élue députée. Elle représentera Jacques-Cartier de 1961 à 1973, lorsqu’elle est nommée juge.

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