Le vert du blâme

par Jean-Claude Tremblay
Le vert du blâme

Chronique d’un X

 

Le 27 septembre dernier, on a eu le privilège de vivre un moment historique, alors que le monde prenait les rues d’assaut afin de « manifester » pour le climat, en scandant des slogans tous plus verts les uns que les autres. La mobilisation était sublime, la foule impressionnante, un peu comme la manif étudiante de 2012, celle où Mme Pauline s’était fait crucifiée pour avoir osé taper de la casserole en acier !

La grève à Greta

Greta Thunberg n’a plus besoin d’introduction, invectivée par certains et vénérée par d’autres, l’adolescente écomilitante est maintenant aussi connue que le président des États-Unis ! Méprisante ou mobilisante ? J’avoue être intrigué par le phénomène social que représente cette jeune fille, envers qui, en toute honnêteté, j’entretiens une opinion partagée.

D’une part, je trouve ça impressionnant et honorable de prendre parole à cet âge, afin de sensibiliser le monde sur les enjeux qui méritent une attention immédiate.

D’autre part, je suis d’avis que la façon de livrer le message est aussi importante que le fond, et sur ce point, je n’apprécie guère que d’autres générations soient blâmées pour l’odieux maintenant constaté – c’est contre-productif et opposé à la notion de responsabilité. Je ne vais pas cibler seulement le discours empreint d’agressivité que l’activiste a livré au sommet des Nations Unies, car il y en a eu d’autres plus nuancés, mais je me suis tout de même objectivement demandé si son hostilité n’avait pas réussi à diviser, plutôt qu’à rassembler.

Appropriation « Gretanienne »

Accuser autrui de « vol de rêves et d’enfance » pour des questions environnementales, aussi fondamental soit le sujet, c’est carrément charrié, mais à 16 ans, je ne vais évidemment pas la condamner.

Je serai par contre moins clément envers les adultes qui l’accompagnent, ceux censés la guider et la protéger, et les politiciens qui tout à coup, voient en elle une façon de mousser bassement leur popularité. Elle s’est vu remettre les clés de la ville de Montréal, plusieurs chefs d’État dont le premier ministre du Canada s’est pris des injures, et en redemanda, agenouillé, en faisant mine d’aimer ça.

D’ailleurs… comment peut-on marcher tout sourire et candidement dans une manifestation pour l’environnement, quand sous le veston se cache un document ratifiant le financement, à même notre argent, d’un pipeline de pétrole polluant format géant ?

Mon grand-père disait toujours…

À vrai dire, le mien ne parlait pas tant que ça, mais il agissait beaucoup – lui et ma grand-mère m’ont laissé un grand héritage de vie, notamment sur le plan écologique. Lui a bâti son commerce de plomberie à partir de rien, alors qu’elle s’occupait vaillamment de leurs huit enfants. La maxime « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » ne provient probablement pas d’Antoine Lavoisier, mais sûrement de mes grands-parents.

De facto, leurs aliments étaient toujours de proximité et naturellement « bio », et toutes les parties étaient valorisées. Tout le monde marchait pour se rendre à destination, et faire une promenade à bord de la seule voiture qu’ils possédaient était un évènement en soi. Le linge de toute la trâlée était passé à chaque membre de la famille avant d’être donné, ou bien évaporé à force d’être usé – usé à se faire laver au tordeur ou à la main sur une planche ondulée, et suspendu sur une corde pour sécher.

Ils le faisaient peut-être d’abord par débrouillardise et conscience économique, mais il n’en reste pas moins que pour eux, le respect de la terre, la gratitude et le partage, c’était juste logique.

Mais que diable s’est-il passé, entre cette vénérable épopée et la nôtre ? Chose certaine, vomir sur les générations passées ne va rien régler, car tout le monde est responsable de s’occuper du présent bourbier environnemental dans lequel nous sommes empêtrés. Il ne faut pas « se préoccuper de l’environnement », nous sommes l’environnement.

Est-ce que la situation du climat est critique, et commande une prise de position ferme, voire radicale ? Assurément. Mais il y a la manière d’être et de faire, et tenir les autres responsables et militer, quoiqu’utile pour conscientiser, ne saura jamais remplacer les actions concrètes, comme cesser de surconsommer, se pencher et ramasser les déchets à nos pieds. Agissions, et cessons de blâmer.

Jean-Claude Tremblay
jctremblayinc@gmail.com

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