Le Saint-Jérôme de 1967 en crise

Par Simon Cordeau
Le Saint-Jérôme de 1967 en crise

En 1967, Saint-Jérôme a un taux de chômage de 25 %, et ceux qui travaillent ont le plus bas salaire en Amérique du Nord. Dans son documentaire de 1968, simplement intitulé Saint-Jérôme, Fernand Dansereau nous raconte les bouleversements économiques et technologiques auxquels font face les ouvriers jérômiens.

Trois usines participent à l’essor industriel de Saint-Jérôme : la Rolland (papier), la Regent Knitting Mills (textile), et la Dominion Rubber/Uniroyal (caoutchouc). Mais dans les années 1960, des milliers de mises à pied ébranlent la ville ouvrière et sa communauté.

Saint-Jérôme n’est pas la seule victime des changements dans l’économie mondiale, mais elle est certainement l’une des plus touchées. Dansereau décide d’en faire le sujet de son film, pour mieux comprendre comment Saint- Jérôme et ses citoyens peuvent se sortir de la crise.

S’adapter

De manière un peu froide et factuelle, et en anglais, le dirigeant de la Dominion Rubber/Uniroyal explique qu’avant, le Canada était un important exportateur de chaussures. Maintenant, le pays importe ses chaussures de pays en développement et de pays communistes, qui les produisent pour moins cher. Ainsi, son entreprise ne peut plus être compétitive.

Aujourd’hui, ce phénomène économique peut paraître trop banal. Mais pour les ouvriers de Saint-Jérôme, il est tout nouveau et frappe d’un coup. Ainsi, le métier qu’ont appris les Jérômiens, et qu’ils croyaient pratiquer toute leur vie, est soudainement inutile.

En plus, ils ont peu d’éducation (nous sommes avant les réformes qui moderniseront l’éducation québécoise), alors que l’automatisation du travail et les innovations technologiques demandent une main-d’oeuvre plus qualifiée. Le gouvernement du Québec met bien sur pied un programme d’éducation aux adultes, mais un ouvrier qui l’a suivi se plaint d’avoir eu des cours de géographie et d’histoire, qui lui sont inutiles, alors qu’il aurait pu parfaire ses mathématiques ou apprendre l’anglais.

Pendant ce temps, des ouvriers se mobilisent, se questionnent sur les vertus du socialisme et craignent pour l’avenir de leurs enfants. Vraiment, nous sommes en plein coeur de la Révolution tranquille.

Entrevoir le passé

Toutefois, il faut vraiment que le sujet vous intéresse pour qu’il garde votre attention jusqu’à la fin de ce documentaire de 2 heures en noir et blanc. Le montage de Dansereau est parfois approximatif, certains plans sont trop serrés et le rythme est plutôt lent. Mais il y a aussi une simplicité à son style.

Cela dit, c’est une rare occasion de voir le Saint-Jérôme d’autrefois et ses visages.

On reconnaît facilement la Place du Curé- Labelle enneigée, avec la cathédrale et le vieux palais. On aperçoit les usines de la Dominion Rubber et de la Regent Knitting, toutes deux disparues depuis. Des plans aériens de la ville et de ses environs nous rappellent l’immense nature qui l’entourait.

Il y a aussi plusieurs moments cocasses, dont la démission du maire de l’époque (qui est aussi député de la circonscription!). J’aime particulièrement ce constat d’un ouvrier : « Moi, ce que je remarque comme chef ouvrier, c’est qu’il y a ben des femmes qui travaillent. Et des femmes mariées! Ça veut dire que le salaire n’est pas adéquat. »

Pour visionner gratuitement Saint-Jérôme de Fernand Dansereau, rendez-vous sur le site web de l’Office national du film du Canada (ONF) : onf.ca/film/saint_jerome

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