Le défi de former 10 000 préposés aux bénéficiaires en 3 mois

Par Marie-Catherine Goudreau
Le défi de former 10 000 préposés aux bénéficiaires en 3 mois
Les étudiants du CFP performance Plus. (Photo : Courtoisie)

Manque de personnel dans les CHSLD

Moins d’une semaine après la mise en ligne de la plate-forme d’inscriptions pour la formation accélérée de préposés aux bénéficiaires en CHSLD, déjà 90 000 personnes avaient démontré leur intérêt.

 

La campagne pour attirer plus de 10 000 préposés aux bénéficiaires en CHSLD a été lancée le 27 mai dernier, afin que la formation de 3 mois débute dès le 15 juin, ce qui laisse donc moins de 3 semaines aux Centres de formation professionnelle (CFP) pour mettre toutes les mesures en place pour la réaliser. Alors que le CISSS des Laurentides a comme objectif de former 660 personnes, la question que l’on doit se poser est à savoir si les CFP ont les ressources pour accueillir tous ces étudiants.

Un défi

Nous avons parlé à Stéphan Laurence, directeur du Centre de formation professionnelle Perfomance Plus, le centre qui donnera la formation dans la commission scolaire de la Rivière-du-Nord, et selon lui, très peu d’information du gouvernement concernant l’organisation de la formation leur a été transmise en date du 4 juin. Cependant, étant donné qu’ils donnaient une formation similaire, il est possible de l’adapter et de la raccourcir : « Ce n’est pas de l’inconnu pour nous le contenu de la formation puisque ce sont les compétences que l’on retrouve dans le DEP, c’est donc faisable », selon Faby Brière, qui est directeur des CFP des Sommets et Horizon.

Les ressources

Selon ce dernier, leurs écoles sont prêtes à relever ce défi grâce aux enseignants qui se sont portés volontaires pour continuer à donner des cours durant l’été : « Nous étions fiers de constater que notre équipe était fidèle au poste ». Toutefois, ce n’est pas le cas pour toutes les écoles, comme celle de M. Laurence qui explique que la majorité de ses enseignants travaillent actuellement dans le réseau de la santé puisque la demande était très forte. Outre les professeurs, il croit qu’il y aura également un manque de ressources matérielles et d’équipements, d’autant plus qu’il sera nécessaire d’avoir plus de locaux en raison de la distanciation physique. Selon le directeur du CFP Performance Plus, le défi est aussi de trouver l’équilibre entre le maintien des programmes qui sont actuellement en cours et l’implantation de cette nouvelle formation accélérée.

« On fera ce que M. Legault et M. Roberge nous demandent, mais c’est peu probable qu’on réussisse à former 10 000 personnes cet été au Québec. Avec les ressources dont nous disposons dans les régions de Laurentides, Lanaudière et Laval, ce sera difficile », déclare Stéphan Laurence. Il croit en fait être en mesure de former 6 groupes qui seront composés de 15 étudiants, comme le CFP des Sommets et Horizon, ce qui fait un total d’environ 180 personnes. Le directeur du CFP Performance Plus ajoute qu’il est probable qu’ils ne soient pas en mesure de commencer la formation pour tous les groupes en même temps dès le 15 juin, d’autant plus qu’ils devraient recevoir la description détaillée du programme au cours de cette semaine. « Si ça va bien, nous serons capables d’en former une centaine dans notre CFP, mais je ne suis pas certain », déclare Stéphan Laurence.

« Un engouement jamais vu »

« Ça fait plus de 25 ans que je suis dans le domaine de la formation professionnelle et c’est un engouement jamais vu », poursuit M. Brière en parlant du nombre très élevé d’inscriptions.

En revanche, le nombre de plateformes par lesquelles peuvent s’inscrire les personnes rend la situation complexe puisque les CFP reçoivent également des candidatures, tout comme le gouvernement, ce qui a apporté une certaine confusion.

Les candidatures reçues dans les CFP seront transmises au CISSS des Laurentides qui effectuera une sélection et répartira les étudiants dans les différentes régions. Le gouvernement a par ailleurs établi certains critères pour accéder à la formation, tels qu’être disponible à temps complet au moins pour une durée d’une année, pouvoir travailler le jour, le soir et la nuit, mais également durant les week-ends. Il faut cependant préciser que la formation de 3 mois ne mène pas à un poste de préposés aux bénéficiaires dans les centres hospitaliers et que pour avoir un poste dans un autre établissement que les CHSLD, il est nécessaire de compléter le DEP. Les directeurs des CFP souhaitent que leurs étudiants poursuivent leurs études pour qu’ils puissent aller aider ailleurs suite à leur formation.

 

Les besoins dans les Laurentides

En date du lundi 8 juin, le CISSS des Laurentides affirmait avoir reçu 360 candidatures potentielles de personnes qui pourraient accéder à une entrevue pour suivre la formation, et ils ont comme objectif de former 660 personnes. Le CISSS estime le besoin dans l’immédiat à 250 préposés aux bénéficiaires dans les CHSLD de la région puis à 100 dans les centres hospitaliers. Pour l’été, le CISSS croit devoir engager 300 autres personnes pour combler les besoins durant la saison alors que plusieurs prendront des vacances. « En attendant, pour combler partiellement ce manque, nous avons embauché plus de 350 aides de services depuis le début de la pandémie. Puisque les vacances s’annoncent, nous cherchons à en embaucher 100 de plus », affirme Mélanie Laroche, agente d’information pour le CISSS des Laurentides.

 

« Une véritable catastrophe pour les résidences pour aînés »

Selon le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), il est impossible de concurrencer les salaires et conditions offertes par le gouvernement aux préposés aux bénéficiaires. Si aucune aide n’est apportée aux résidences privées, il est très probable que plusieurs devront fermer leurs portes. « Sur le terrain, on constate déjà les effets néfastes de cette vaste opération de recrutement. Plusieurs propriétaires de résidences pour aînés nous ont rapporté des démissions ou des manifestations d’employés très intéressés à accepter l’appel du premier ministre », rapporte
M. Yves Desjardins, président-directeur général du RQRA.

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