La sécheresse compromet les récoltes de fraises

Par Nathalie Dansereau
La sécheresse compromet les récoltes de fraises

La saison des fraises a démarré sur les chapeaux de roue pour une grande partie des producteurs du Québec en raison des contraintes liées à la Covid-19. Deux vagues de chaleur successives se sont ajoutées à la problématique, mais c’est surtout la sécheresse qui afflige gravement certains agriculteurs en manque d’eau pour arroser leurs jeunes plants déjà stressés
par la chaleur.

 

Certains producteurs doivent composer avec une source d’eau carrément asséchée. Ça prendrait encore plus de pluie. Malheureusement, une nouvelle hausse des températures au-delà de 30 degrés Celcius et le retour du temps sec sont prévus après la fête du Canada.

Antoine Petit, d’Environnement Canada, mentionne que la dizaine de mm de pluie de la fin de semaine entre les deux épisodes de sécheresse ne comblera pas le déficit en eau nécessaire pour permettre aux agriculteurs de cultiver les produits, si leur réserve est insuffisante actuellement.

Parmi les agriculteurs rejoints par le Journal, certains n’en dorment pas la nuit. C’est le cas de Vyckie Vaillancourt de la ferme Vaillancourt D’Auteuil qui a partagé sur sa page Facebook son désarroi face au manque d’eau disponible pour opérer la ferme agricole familiale dans une province où l’eau douce recouvre 10 % du territoire.

« Le bassin d’eau qui alimente nos récoltes est à un niveau critique. On se demande comment on va faire avec tous les investissements que nous avons faits », dit-elle.

Elle demande même au gouvernement de mettre en place un système d’utilisateur-payeur d’eau pour les agriculteurs. « On est prêt à payer pour avoir de l’eau dans nos champs en ce moment! Nos champs souffrent terriblement du manque d’eau et de la chaleur extrême et il n’y a rien qu’on puisse faire », écrit-elle sur sa page.

« La canicule : c’est stressant pour les plants, et pour les gens ! », s’exclame Pierre-Yves Éthier, propriétaire de la Ferme Aux pays des petits fruits à Mirabel, qui n’a pas ménagé ses efforts pour produire sa première récolte de fraises.

Même les producteurs qui sont munis d’un bon bassin de rétention d’eau et d’un système d’irrigation nourrissant uniquement le système racinaire affichent une baisse de rendement et de volume de fraises.

Louis Bélisle, de la ferme Bélisle et Fils, l’un des plus gros producteurs de la région le confirme. « On manque de fraises partout, même dans la région de Québec. C’est généralisé dans toute la province. Il y aura un creux d’une dizaine de jours et une pénurie dans les grands centres comme Montréal, en attendant les autres variétés estivales comme la Jewel et la Malouina
qui arriveront dans la fin de semaine du 4 juillet. »

« Les chaînes d’alimentation se montrent agressives [dans le bon sens du terme] cette semaine. Dans notre bulletin des producteurs aux acheteurs, on a avisé les chaînes que les volumes disponibles seraient modérés et nous revoyons la situation de semaine en semaine », explique Jennifer Crawford, directrice générale de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec. Les grandes surfaces veulent vendre les fraises du Québec. Les promotions sont dans leurs circulaires, mais les grandes chaînes reçoivent parfois la moitié de leur commande et tombent à court de fraises avant la fermeture le soir.

« La crainte que les grandes chaînes s’approvisionnent ailleurs sur le marché nord-américain plane toujours un peu », admet-elle, malgré l’excellente relation avec les bannières qui siègent à notre chambre de coordination.

« C’est vrai que les quantités de fraises ont chuté depuis le 22 juin. Ça représente un beau défi pour les agriculteurs, mais on espère que Dame nature va collaborer dans les prochaines semaines », indique Anne-Hélène Lavoie, porte-parole chez Sobeys / IGA.

« C’est plate qu’elles n’en aient pas assez pour les spéciaux, mais elles comprennent. On est en constante communication avec les chaînes et on essaie de prévoir trois semaines en avance », affirme Louis Bélisle, de la ferme Bélisle et fils, un des plus gros producteurs de fraises de la région qui s’occupent de sa mise en marché.

Lorie Kerr, de la fruiterie Saint-Sauveur, s’approvisionne chaque jour au Marché central de Montréal. « C’est la première
fois en 10 ans que je n’ai pas de fraises à cause de la sécheresse »
, affirme-t-elle.

 

Autocueillette : la population est au rendez-vous!

Malgré la pandémie, 300 fermes au Québec ont décidé d’ouvrir leur porte au grand public pour la vente directe de fraises et de framboises cette année. L’engouement est très présent cette année. Les kiosques sont très achalandés, selon la directrice générale de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec, Jennifer Crawford. « Les gens ont plus de temps et ils veulent encourager les producteurs, c’est assez évident. Les gens font la file dès l’ouverture des kiosques et ce n’est pas rare de voir les kiosques vides avant midi! »

Il est fortement recommandé d’appeler à la ferme avant de se déplacer pour s’assurer qu’il reste des fraises. Il existe un répertoire des producteurs par région sur le site de l’association provinciale : fraisesetframboisesduquebec.com

« Les consommateurs goûtent à des fraises plus petites avec la canicule, mais un peu plus sucrées », souligne Jennifer Crawford, directrice générale de l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec.

 

LA MAIN-D’ŒUVRE IMMIGRANTE

Les mesures sanitaires et de distanciation font en sorte que c’est plus long et plus complexe de remplir les paniers. Heureusement, les besoins en travailleurs étrangers d’origine guatémaltaise et mexicaine sont venus prêter main-forte. Dans les Laurentides, on estime que les besoins sont comblés entre 50 % et 80 % en ce moment.

Chez FRAISEBEC à Sainte-Anne-des-Plaines, Isabelle Charbonneau nous confirme avoir réussi à combler 84 % de ses besoins en travailleurs en provenance du Guatemala. Depuis trois semaines, quelque 190 travailleurs s’affairent à la cueillette.

« Nous, non a pas à se plaindre de ce côté. Notre demande était faite depuis le mois de novembre. Par contre, les producteurs dont le noyau de travailleurs provenait du Mexique et les autres productions seront peut-être plus impactées que nous », ajoute-t-elle.

Même son de cloche chez Bélisle et Fils où l’on a obtenu 75 % des travailleurs demandés. « Les premiers travailleurs sont arrivés en avril et nous avons devancé ceux de juin. »

Les producteurs de fraises et framboises de la région n’ont pas besoin de travailleurs actuellement. Certains ne souhaitent pas non plus intégrer les gens locaux aux travailleurs pour réduire les risques de contamination. « Ça demanderait de faire une autre équipe avec des autobus indépendants et de créer d’autres cellules de travailleurs. On verra plus tard dans l’été, si on est à court, » conclut Louis Bélisle.

Cliquer ici pour la capsule agricole de Vyckie Vaillancourt

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