« La pire journée politique de ma vie » – Mario Fauteux

France Poirier
« La pire journée politique de ma vie » – Mario Fauteux
Le maire Stéphane Maher et son avocat Me Robert Brunet. (Photo : France Poirier )

C’est en ces termes que Mario Fauteux s’est exprimé, très émotif, en parlant de la journée du 6 octobre 2017, alors qu’il rencontrait le maire Stéphane Maher, rencontre qu’il a enregistrée en lien avec sa candidature à l’élection municipale du 5 novembre 2017.

D’entrée de jeu, la Juge Maria Albanèse devait rendre une décision sur l’admissibilité de cet enregistrement. « La qualité doit être suffisante, la Cour a entendu et s’est déclarée satisfaite de la qualité. La grande majorité des mots sont audibles La valeur probante l’emporte compte tenu de ce qui est au centre du litige (…) », a souligné la juge en admettant l’enregistrement comme preuve.

Un témoignage émotif 

Me Geneviève Lemay, avocate du Directeur général des élections (DGEQ) a demandé au témoin de relater sa rencontre du 6 octobre 2017. Il explique que le maire était présent ainsi que les conseillers Gilles Robert et Benoit Beaulieu. « Au début c’était cordial, le maire m’a dit on a des bonnes nouvelles et une mauvaise nouvelle. Il m’a parlé des enquêtes du BIPA et de l’UPAQ concernant l’administration du maire Gascon et que je pourrais être mêler à ça comme organisateur électorale. Il m’a alors dit qu’il ne me voulait plus dans son équipe.  Ça été la pire journée politique que j’ai vécu », a relaté avec émotion Mario Fauteux.

Selon le témoin, le maire aurait mentionné lors de la rencontre : « Je vais te sortir en héro, tu ne seras pas candidat et en compensation, je t’offre un poste de prestige au Parc régional de la Rivière-du-Nord ou à l’Écocentre. » « Il connaissait mes intérêts pour l’environnement et pour le parc. Quand il m’a parlé du BIPA et de l’UPAQ, j’étais dans un état de panique, de peur, j’étais dévasté, démoli. Je suis demeuré complaisant et j’ai dit que la proposition était intéressante et que j’allais y penser. À ce moment, je veux sauver ma réputation, ma crédibilité. Je suis retourné chez moi. J’ai envoyé un courriel à Stéphane Maher et mis en copies Benoit Beaulieu et Gilles Robert pour dire que j’accepte le poste que vous m’offrez. Je n’ai pas eu de réponse et il n’y a plus eu de communication. »

Le maire Stéphane Maher et son avocat au Palais de justice de Saint-Jérôme.

Il explique ne pas avoir déposer son bulletin en vue des élections puisqu’il aurait fallu trouver des signataires à titre de candidat indépendant et qu’il aurait fallu refaire des photos. Il aurait manqué de temps. « Ça a tué ma carrière politique », a jouté monsieur Fauteux. L’avocat de la défense Me Robert Brunet a fait valoir de son côté que si le témoin n’avait rien à se reprocher, il n’avait pas à craindre le BIPA ou l’UPAC. Ce à quoi a répondu le témoin qu’il craignait être coupable par association et d’être victime d’une campagne de salissage et avait peur pour sa réputation. « Je n’avais pas les compétences pour ces postes, mais j’ai dit que je les acceptais pour avoir des preuves (courriels ), avant de savoir que mon enregistrement pouvait être une preuve admissible », a répondu M. Fauteux.

André Marion

Par la suite, le témoin André Marion a été appelé à la barre et est venu raconter sa rencontre avec le maire, le 6 octobre 2017, alors que ce dernier lui aurait proposé un emploi dans le domaine culturel, un champ d’intérêt pour monsieur Marion. « Il m’a dit j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle, tu ne fais plus partie de l’équipe. Par souci d’équilibre, Sophie St-Gelais va se présenter à ta place pour avoir la parité homme et femme. J’étais abattu, je perdais mes ressources financières, à l’époque mon petit garçon avait deux ans. Quand il m’a proposé un poste, ça m’assurait un emploi. J’avais les jambes sciées parce que je m’enlignais pour une élection par acclamation. Finalement, j’étais inconfortable avec la situation et j’ai décidé de sortir publiquement pour expliquer mon retrait de la politique. Le 10 novembre, ma sortie dans les médias m’a libéré.»

Par la suite Me Robert a voulu savoir pourquoi il ne s’était pas présenté comme indépendant. « J’étais sous le choc, c’est difficile de se présenter sans une équipe ».

Alors qu’on devait entendre, les conseillers, Benoit Beaulieu et Gilles Robert ainsi que les conseillères Nathalie Lasalle et Johanne Dicaire, la poursuite a plutôt annoncé que sa preuve était complète.

Mercredi, ce sera à la défense de présenter ses témoins, le maire Stéphane Maher devrait témoigner. Jeudi, le procès devrait se compléter par les plaidoiries des deux parties.

 

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