« Je vis les blues du sportif, avec le report d’un an des Jeux paralympiques d’été » – Pierre Mainville

Par Luc Robert
« Je vis les blues du sportif, avec le report d’un an des Jeux paralympiques d’été » – Pierre Mainville
Pierre Mainville entend donner un autre coup avant d'accrocher son sabre et son épée. (Photo : Lieke Bos)

Mémoire d’athlètes

Alors que les Jeux olympiques de Tokyo devaient normalement avoir lieu cet été, nous avons décidé de revisiter, au cours des prochaines semaines, certains souvenirs olympiques avec quelques-uns de nos athlètes québécois.

Escrime en fauteuil

Initialement prévus du 25 août au 6 septembre 2020 à Tokyo, les Jeux paralympiques d’été ont été reportés de douze mois au même endroit (24 août au 5 septembre 2021). Ce changement exige des ajustements à l’horaire du vétéran escrimeur en fauteuil roulant Pierre Mainville, de Saint-Colomban.

Si ce dernier porte toujours la flamme du dépassement en lui, son corps lui dicte quelques fois la prudence.

« La pandémie a changé les choses. Je veux encore me mesurer aux meilleurs. Mon expérience va m’aider. Mais le lendemain de certains entraînements préparatoires intenses, mon corps me dit: stop, j’en ai assez ! Ne prolonge pas ça de 12 autres mois. Je vis le blues des sportifs », a avoué l’athlète de 47 ans.

Renouer avec les amis

Au-delà de ses trois participations aux Jeux paralympiques d’été à Pékin en 2008, à Londres en 2012 et à Rio de Janeiro en 2016, Mainville entend vivre une autre fois le côté humain des Jeux.

« Les gens sont super gentils. Je veux côtoyer une autre fois la grande famille mondiale de l’escrime. Je me suis fait des amis à vie, aux Olympiques précédants. J’ai gardé le contact avec des Grecs, des Brésiliens et ce sera bon de se revoir. Ça m’aide aussi à garder le focus à l’entraînement ».

Avec la fermeture temporaire de l’Institut régional des Sports (IRS), à l’ancien aréna Melançon, Pierre Mainville a dû trouver des lieux de préparations alternatifs.

« Ils ont posé un beau geste envers les sans-abri, en les abritant à l’IRS. Mais cela a compliqué mes entraînements. Mon maître d’épée et moi devons nous déplacer plus souvent: moi vers Montréal, et lui vers… mon garage de Saint-Colomban, que j’ai spécialement aménagé. On se prépare pareil, au meilleur des conditions rencontrées ».

« Les qualifications paralympiques de 2020 ayant été annulées, elles pourraient se faire à la fin de février 2021, lors de deux compétitions jumelées, soit une Coupe du monde et d’une Compétition régionale panaméricaine. J’espère me qualifier à nouveau sur l’équipe canadienne et ensuite pouvoir tourner la page sur ma carrière à ma façon ».

Souvenirs diversifiés

Celui qui fait aussi partie d’un programme de mentorat appelé « Promethé », qui aide les décrocheurs de l’école secondaire à persévérer en classe, se souvient des multiples expériences mondiales qui ont formé son caractère.

« Ce n’est pas toujours rose de s’entraîner à un sport individuel, mais ça forme le caractère. J’ai vécu des expériences extraordinaires sur place (aux jeux), parce que contrairement aux Championnats du monde, les Paralympiques regroupent les athlètes de tous les sports à un seul lieu ».

« À Pékin, en 2008, j’étais tellement impressionné que j’oubliais parfois de m’entraîner (rires). Quand tu vois les équipements militaires de défense autour du village olympique, tu te sens protégé. Tu as la chance incomparable de fraterniser avec les autres nations. Tout au plus, notre agent de liaison de la GRC nous avait averti de ne pas parler du Tibet, pour éviter la controverse ».

« À Londres, en 2012, j’étais devenu un vétéran relaxe, mais très concentré. J’ai pu aller voir d’autres sites de compétitions, qui comptaient sur des animateurs de foules pour expliquer les sports à l’affiche, avec des équipements vidéo à l’arrière-scène. On nous avait entre autres expliqué les différences entre l’haltérophilie aux Olympiques et son épreuve soeur de la dynamophilie, aux Paralympiques. D’excellents souvenirs ».

« À Rio, en 2016, disons que ce sont les Jeux paralympiques qui m’ont le moins impressionné. La nourriture était… moyenne. Des bancs et des murs se brisaient et devaient être recollés. Les infrastructures étaient particulières. J’en ai été quitte pour une bonne adaptation. Au moins, en accord avec l’armée brésilienne, nous avons pu bénéficier d’un tour guidé des bidonvilles, les fameux Favellas. J’ai été à même de constater les conditions de vie ».

Athlète versatile

Premier aux Championnats des Amériques en 2016 au sabre, Pierre Mainville a aussi démontré sa versatilité, à la Coupe du monde (ITA) de 2014, en prenant la 2e place à l’épée. C’est sans compter ses multiples « top 10 » aux Jeux paralympiques d’été.

« Je suis habituellement plus constant au sabre, mais quand je me sens bien, je peux aussi très bien tirer à l’épée. Ça dépend du jour et des conditions. Je suis perfectionniste et j’essaie de toujours de réussir un sans-faute à chaque duel. On va commencer par les qualifs pour 2021, et ensuite, tout est possible », a achevé le jovial athlète.

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