Janette Bertrand : Au tour des hommes de changer

Par Ève Ménard
Janette Bertrand : Au tour des hommes de changer
À 95 ans, Janette Bertrand continue de mener son combat pour l’égalité. (Photo : Julien Faugère )

Par l’entremise de son nouveau livre, Un viol ordinaire, Janette Bertrand interpelle les hommes, suscite la remise en question et poursuit son combat pour l’égalité. En parallèle, elle consolide une autre mission qu’elle s’était donnée au printemps dernier : occuper et valoriser les aînés en leur donnant des notions de base pour écrire leur histoire.

Impossible de ne pas sourire lorsqu’avec une énergie contagieuse et un ton inspiré, Janette Bertrand nous parle de ses projets. À 95 ans, elle n’a pas terminé de défendre ses convictions. Surtout, elle garde espoir. Comme l’auteure le dit si bien, « si je n’avais pas espoir, je n’écrirais pas de livre. »

Occuper et valoriser nos aînés

Au printemps dernier, via le projet « Écrire sa vie! », Janette Bertrand a invité les personnes âgées à participer à un atelier sur l’écriture autobiographique. Sous la forme de capsules vidéo, l’écrivaine donnait des notions pour guider les aînés dans l’écriture de leur histoire. Janette Bertrand a déjà lu 500 biographies et continue d’en recevoir. Elle en parle, totalement émerveillée. « Ce sont des leçons de vie, c’est l’histoire de notre pays, de 1925 à nos jours! » Pour l’auteure, il est primordial d’occuper les aînés et de les intégrer à travers des projets à long terme.

Synopsis

Un viol ordinaire est l’histoire de Laurent, un homme normal, qui un soir oblige Léa, sa blonde, à faire quelque chose qu’elle ne veut pas. Ce geste, ce viol ordinaire, ébranle la vie de la famille. Julie, la mère, a besoin de comprendre pourquoi son fils chéri a dépassé les limites. Paul, le père, bien ancré dans ses opinions, n’en démord pas : « Un gars, c’est un gars. » Quant à Léa, elle est prête à perdre l’homme qu’elle aime pour un monde plus juste.

Dans notre société de consommation qui valorise la production, Janette Bertrand déplore que les personnes âgées soient souvent rassemblées dans une résidence où « on leur donne un jeu de poches et ça finit là. »  Pourtant, chez d’autres cultures, la perception est bien différente. « Chez les Italiens, les Espagnols, les Asiatiques, lorsqu’une personne âgée meure, c’est une bibliothèque qui meure. » L’auteure rappelle que les aînés ont énormément à nous apprendre.

Travail d’introspection

Janette Bertrand en est certainement la preuve. À 95 ans, elle provoque la réflexion à travers son plus récent livre, Un viol ordinaire. Patriarcat, féminisme, culture du viol, pornographie, masculinité toxique : en peu de pages, l’auteure peint un portrait réaliste de la situation actuelle. Les perceptions s’entremêlent et s’opposent de manière extrêmement habile entre les différents personnages. Des introspections personnelles se transforment en une introspection globale de notre société et du système qui reproduit encore les inégalités de genre.

« C’est à votre tour »

Janette Bertrand démontre à travers son roman que les injustices prennent racine dans l’éducation et dans un système patriarcal au sein duquel les hommes tirent des privilèges. La comédienne a six arrière-petites-filles. Ce qu’elle leur souhaite est simple : un monde plus juste et égalitaire. « Je ne veux pas qu’une de mes petites-filles, ou arrière-petite-fille, soit tuée par un amant ou un mari possessif. » Elle rêve d’un monde où le « vrai homme » est simplement « un homme juste ». C’est à tous ces hommes qui sont prêts à se remettre en question, mais aussi à remettre en question leur entourage, que s’adresse principalement son livre.

« Laurent, c’est pas aux femmes qu’il faut que tu dises ça, c’est aux hommes. Nous autres, on a changé, même s’il reste du chemin à faire. C’est à votre tour. Ça peut pas rester comme ça. » Le message que transmet la mère de Laurent à son fils est le même que Janette Bertrand souhaite faire passer à travers son roman : Les femmes ont évolué. Maintenant, il s’agit aux hommes de changer.

Le travail demeure colossal, surtout considérant que ce sont encore majoritairement des femmes qui lisent le livre. Or, Janette Bertrand n’a pas terminé d’insister. Elle travaille déjà sur la suite de l’histoire dans laquelle elle dévoilera plus spécifiquement des moyens permettant aux hommes de changer.

 

Encore plus!

Les bibliothèques de Saint-Jérôme offrent présentement une série de conférences gratuites en ligne. Janette Bertrand fait partie des têtes d’affiche de cette initiative. Le 1er décembre prochain, elle se confiera en compagnie de son fils, Martin. Pour plus d’informations : biblio.vsj.ca.

Tous les dimanches jusqu’à Noël, Janette Bertrand lira quelques extraits des biographies qu’elle a reçues dans le cadre de son projet « Écrire sa vie! » sur le site centreavantage.ca.

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