Irritations

Par Mimi Legault
Irritations

Par les temps qui courent, plusieurs agacements viennent irriter mon côlon. L’autre jour, j’étais à une caisse dans un supermarché. Il y avait d’abord une dame qui était en train de payer. Une deuxième attendait son tour; j’étais la troisième. La caissière me fait remarquer que je ne respectais pas la distanciation. Je m’en excuse et recule mon chariot. Mais la dame du milieu, croyant que la caissière venait de s’adresser à elle, se met à l’enguirlander en sortant tous les objets de la sacristie, à lui crier des noms. Bref, une madame pas contente. Lorsqu’elle a eu fini de cracher son venin, la caissière lui a dit poliment qu’elle ne s’adressait pas à elle, mais à moi. Elle s’est retournée et a réagi en se tapant sur les cuisses. Elle riait et elle riait ne réalisant pas sa violente réaction.

Mais ce qui est pire, c’est qu’au moment de payer, j’ai félicité la jeune fille de la caisse pour avoir gardé son calme. Elle m’a répondu : si ce n’était qu’elle. On se fait engueuler pour des riens désormais par plein de gens. Voyez? C’est cela qui me rend raplapla : ce nombre croissant d’individus qui ont rayé de leur dictionnaire les mots respect, politesse et savoir-vivre.

Le même jour, je roulais sur l’autoroute 15. J’étais sur la voie du milieu à un peu plus de 100 km/heure. Une voiture m’arrive dans le pare-chocs et le gars me fait signe de me tasser vers la droite. Je lui réponds avec ma main qu’il n’a qu’à aller sur la gauche. Fou de rage, il décide de me dépasser à droite en collant son auto sur la mienne d’à peine quelques pouces. Est-ce qu’il m’a fait peur? Mais bien sûr!

Mesures sanitaires contestées. Ça ne sert à rien de discuter contre l’évidence même. L’unique argument contre une tempête tropicale de force 10 est de rentrer chez soi. On choisit sa paire de lunettes et on accepte de voir que ce que l’on veut bien voir. Il y a présentement un effet trumpiste. Comme le dit si bien Umberto Eco : moi, je dis qu’il existe une société secrète avec des ramifications dans le monde entier qui complote pour répandre la rumeur qu’il existe un complot universel. Quand on est rendu à lancer des roches si petites soientelles à un politicien, on se demande où le monde est rendu.

Voilà ce qui m’irrite : cette rage, cette bave aux lèvres pour l’attaquant et cette trouille au ventre pour le spectateur. Pourquoi fautil absolument cracher le feu? Nous pouvons facilement communiquer d’un continent à l’autre, mais pas beaucoup d’homme à homme.

Qu’avons-nous tous à nous échauffer pour un rien? C’est à cause de la pandémie. Eille! On va en revenir avec cette foutue raison-là d’abord parce que c’est loin d’être fini et qu’ensuite, on vise le blanc et on tue le noir. Un de mes élèves à qui je proposais de mieux écrire m’avait répondu : c’est pas de ma faute, c’est à cause de mon crayon.

L’Humain se déresponsabilise en pointant ceux qui le gouvernent. Le peuple a tous les droits, mais aucun devoir. C’est d’une tristesse.

Le vrai courage d’un premier ministre consiste à défendre son peuple, à prendre des décisions, à les faire respecter et à faire ce qui doit être fait. Vous êtes un bon chef monsieur Legault, alors cheffez! (ce dernier mot est de Jacques Chirac).

Il ne faut pas rêver en couleurs. Prenez cent individus. Mettez-les ensemble dans une fusée et envoyez-les sur la lune. Peu de temps se sera écoulé que la moitié d’entre eux choisira d’asphalter la lune et l’autre moitié refusera le pavage.

Le diable sera aux vaches! Nous bouillons tous, mais pas à la même température d’où les relations humaines de plus en plus boiteuses. Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous voulez entendre, ce que vous entendez, ce que vous croyez comprendre, ce que vous voulez et ce que vous comprenez, il y a au moins neuf possibilités de ne pas s’entendre… (Pensée de Sylviane Herpin). Il est là le problème.

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