Fête de la Reine, de Dollard ou des Patriotes?

Par Simon Cordeau
Fête de la Reine, de Dollard ou des Patriotes?
Durant la Première Guerre mondiale, on utilise Dollard des Ormeaux pour inciter les Québécois à s’enrôler. (Photo : Collection Affiches de guerre, de l’Université de Montréal)

Chaque année, le lundi qui précède le 25 mai est jour de fête. Mais qui (ou quoi) fête-t-on? L’évolution de ce jour férié nous en apprend sur notre propre histoire.

La rébellion

Nous sommes en 1837. Les Canadiens français demandent que leur gouvernement soit plus démocratique et représentatif, mais Londres refuse. Des leaders politiques, dont Louis-Joseph Papineau, appellent alors leurs compatriotes aux armes, et les tensions politiques se transforment en conflit armé. C’est la rébellion des Patriotes.

L’une des batailles décisives aura lieu à Saint-Eustache. Jean-Olivier Chénier et environ 300 Patriotes tenteront de résister au général Colborne et ses 1 200 soldats, mais en vain. La mort héroïque de Chénier fera de lui un martyre pour la cause des Canadiens français.

Après la défaite des Patriotes, le Bas-Canada (le Québec actuel) est fusionné avec le Haut-Canada (l’Ontario) par l’Acte d’Union, en 1840, dans l’espoir d’assimiler les Canadiens français et d’éviter de futures rébellions.

La fête de la Reine

La nouvelle Province du Canada cherche alors une manière d’unifier les Canadiens français et anglais. En 1845, on crée donc une nouvelle fête pour souligner l’anniversaire de la reine Victoria, née le 24 mai 1819. C’est alors l’occasion de manifester sa loyauté à la monarchie.

Aujourd’hui encore, la fête de la Reine, ou Victoria Day, célèbre la monarchie, la contribution de la reine Victoria à la formation de la Confédération canadienne, et l’arrivée des beaux jours de l’été. Et ce partout au Canada, sauf au Québec.

La fête de Dollard

Les Canadiens français, toujours rebelles, n’ont jamais vraiment fêté la reine. Pendant longtemps, c’était simplement une longue fin de semaine de mai. Puis dans les années 1920, on commence à fêter officieusement l’un de nos héros légendaires : Dollard des Ormeaux.

De 1640 à 1701, à l’époque de la Nouvelle-France, les Iroquois livrent une série de guerres contre différentes nations autochtones et les colons français, pour prendre une plus grande part du commerce des fourrures.

En 1660, Adam Dollard des Ormeaux part de Montréal avec 17 Français et 44 Hurons et Algonquins pour intercepter des Iroquois qui s’apprêtent à attaquer la ville. Des Ormeaux et ses hommes affronteront un groupe de 300 Iroquois à Long-Sault (à l’ouest de Cornwall), dans une bataille sanglante. Ils perdent la bataille et y trouvent la mort, mais permettent de repousser l’attaque et de sauver Montréal.

C’est, du moins, ce que raconte la légende. En fait, les évènements sont mal documentés et il est difficile pour les historiens de démêler, 300 ans plus tard, les mythes et la réalité.

Quoiqu’il en soit, Dollard des Ormeaux deviendra un héros pour les Canadiens français. Il sera même utilisé durant la Première Guerre mondiale, pour encourager les Québécois à s’enrôler dans l’armée. Dans les années 1920, des nationalistes comme Lionel Groulx souhaitent que le jour férié de mai serve à célébrer ce héros. Ainsi, la fête de la Reine sera, au Québec, la fête de Dollard jusqu’en 2002.

La Journée nationale des patriotes

À partir des années 1960, le Québec de la Révolution tranquille redécouvre la rébellion des Patriotes et ses héros, dont Chénier. On commence à l’associer à la fête de mai, aux côtés de Dollard.

Avec le temps, on met peu à peu de côté Dollard, dont l’héroïsme est plus légendaire qu’attesté. On veut aussi éviter de célébrer une victoire contre les peuples autochtones, en particulier après la crise d’Oka, en 1990.

En 2002, le gouvernement péquiste de Bernard Landry décrète officiellement que le jour férié de mai sera la Journée nationale des Patriotes. Même si les affrontements armés de la Rébellion avaient commencé en novembre 1837, c’est le début des assemblées publiques organisées par des citoyens patriotes, en mai, qu’on souhaite commémorer. La boucle est enfin bouclée.

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