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"Le trouble d'adaptation est le rhume de la psychiatrie"

Par France Poirier

AUDIENCES. C’est en ces termes que le psychiatre Pierre Bleau a comparé le trouble d’adaptation sur l’échelle des maladies mentales tout spécifiant qu’il ne banalisait pas la souffrance des gens.

Appelé en contre preuve par la Couronne, Dr Pierre Bleau était invité à parler du trouble d’adaptation, de la maladie mentale et du raptus suicidaire, mardi. La défense a clos sa preuve, étant dans l’impossibilité de présenter son dernier témoin.

Pour Dr Pierre Bleau, psychiatre expert, le trouble d’adaptation peut mener à poser un geste suicidaire, mais la personne atteinte ne perd pas le contact avec la réalité et est responsable de ses actes. Il est catégorique sur ce point. "Si la personne n’a plus de contact avec la réalité, ce n’est pas un trouble d’adaptation, c’est une psychose. La nature du trouble d’adaptation oblige à être en contact avec la réalité", a répété Dr Bleau à plusieurs reprises.

Questionné par Me Pierre Poupart, le psychiatre maintient que "les gens qui souffrent d’un trouble d’adaptation peuvent en venir à mettre un terme à leur vie. Le trouble d’adaptation n’est pas un trouble majeur de l’humeur. 95 % des troubles d’adaptation se vivent comme une mauvaise passe".

La défense a rappelé que le Dr Talbot, médecin traitant de Turcotte à l’Institut Philippe-Pinel, soulignait que le trouble d’adaptation avec humeur dépressive et anxiété est la pathologie qui mène le plus souvent au suicide. "Je ne suis pas d’accord, 50 % des gens qui se suicident ou posent un geste suicidaire sont atteintes de dépression majeure. Comme enseignant en psychiatrie, je n’enseigne pas les opinions cliniques, mais scientifiques", a expliqué Dr Bleau.

Pas d’interprétation possible

Pour le psychiatre enseignant au Centre universitaire en santé McGill, il n’y a pas d’interprétation possible, le trouble d’adaptation est une réaction normale à un ou des stresseurs. "Si des cliniciens ont voulu démontrer la perte de contact avec la réalité: c’est une psychose. Pour moi, c’est signe d’une mauvaise évaluation", a insisté Dr Bleau. Lorsqu’on lui a demandé s’il avait pris connaissance de la présente affaire. Celui-ci a dit en avoir entendu parler aux bulletins de nouvelles, mais qu’il n’a pas été mandaté pour donner une opinion sur le cas Turcotte. "Tout ce que je peux vous dire c’est que ça fait trente ans que je me prépare pour venir vous dire ce que je suis venu vous dire", a conclu Dr Bleau.

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