Le fabuleux défi d’Arianne Clément, photojournaliste

Le fabuleux défi d’Arianne Clément, photojournaliste

Dans le boudoir intime du vieil âge

Chronique défi, bien vieillir par Diane Baignée

 

L’amour n’a pas d’âge, de texture, de couleur de peau, ni de formes parfaites. L’amour, en âge avancé, prend forme dans le grain de l’émotion qui le fait vivre. C’est ce que j’ai éprouvé de beau matin. Mes doigts glissaient rapidement sur un fil d’actualité numérique. Ils se sont arrêtés sur une image et puis une autre. D’heureux et tendres portraits de sujets dont les années ont marqué l’enveloppe, le corps. Une fenêtre ouverte dans l’intimité d’un centenaire et de sa muse. Une invitation à vivre l’émotion d’instants coquins surtout amoureux de ces deux beaux vieux en pleine complicité. Un doux moment dans les traits de leur vie. Je n’avais jamais vu telle atmosphère.

J’ai été séduite…

Au-delà de l’âge et des images, l’artiste capture les sentiments, surtout ceux d’amour que le temps n’a su éroder. Au cœur d’Arianne Clément, il y a non seulement un attrait pour l’exploration du corps humain en art, il y a aussi une femme profondément animée par l’humanité, par les gens oubliés au regard des lentilles de caméra.
À la source, la tendresse éprouvée pour sa grand-mère et le lien serré qu’elles ont entretenus ont passablement teinté ses premiers pas vers la photographie journalistique. Avec en poche ce premier leitmotiv pour la photo d’aînés, son intérêt se ravive lors de son passage au Nunavut où un attrait métissé est ressenti pour l’histoire du monde et pour la captation d’images.

La splendeur de l’œuvre du temps

Imaginons un vieil arbre centenaire, au beau milieu de la forêt et dont la cime pointe au ciel. Regardez comment il se tient. Majestueux! Son écorce écailleuse, crevassée, rugueuse lui donne tout son charme. Il est beau ce vieil arbre, n’est-ce pas ?

C’est par cette inspirante analogie qu’Arianne Clément, 37 ans, nous décrit en vitrine l’œuvre du temps qu’elle transpose dans ses œuvres photographiques. Elle sait magnifier la beauté de corps vieillissants. Incontestablement, elle les aime ces doyens et c’est ce grand élan d’âme qui est si vibrant. Elle métamorphose le sens des rides par la splendeur de l’œuvre du temps.

« Les expériences marquantes de la vie laissent leurs traces sur le corps et le visage. L’expérience, c’est beau en soi ». Pour cette artiste, la conception de la beauté découle de cette œuvre du temps. Et finalement, ses clichés sont le simple « rappel du vieillissement auquel nul n’échappe ». Dans ses projets, on ressent cette profonde intention de valoriser l’expression du grand âge. Elle nous rappelle que ce « créneau peu populaire (…) demeure assez peu visible à travers les images que renvoient les médias ou les réseaux sociaux ». Personnelle- ment, je crois qu’exposer davantage la beauté de figures et corps vieillissants, dans des contextes variés, permet de faire un pied de nez à l’âgisme trop confortablement installé dans nos sociétés.

Magnifier la beauté des aînés

Sa volonté bien assumée consiste à remettre en question les normes de la beauté et en particulier ce culte de la jeunesse si bien véhiculé en Occident et ailleurs. « Par mes photos, j’ai envie que les femmes (mais aussi les hommes) se décomplexent, et voient qu’il n’existe pas qu’un seul standard de la beauté ». Son regard sur la beauté repose non seulement sur des critères spécifiques, mais dans l’expérience et la personnalité qui enluminent l’image. Elle considère que la publicité « (…) présente souvent qu’une image stéréotypée des aînés ». Elle s’avoue militante pour la diversité et l’acceptation des aînés.

Mme Clément nous invite donc à vivre l’audace de ses mises en scène de « boudoir » qui donnent accès à la coquetterie, l’audace et l’intimité.
Ses contacts avec les aînés, dont des centenaires, se font avec respect et reconnaissance. L’expérience vécue par ces personnes du grand âge est d’autant plus inédite pour elles. Celles-ci se disent touchées par le simple fait qu’on s’intéresse à elles. C’est avec retenue ou parfois extravagance que ses modèles se prêtent au jeu de la mise en scène et de la prise de photos.

Arianne Clément entreprend actuellement un projet mettant en valeur les personnes de 70 ans et plus. Elle présentera une exposition de ses photos au grand public à l’été 2018.

Il y aura toujours des rires, de la tendresse et bien d’autres sentiments dans ce boudoir intime du vieil âge. La beauté naît dans le regard de la personne qui aime. C’est ce que je pense!

Allez voir les œuvres d’Arianne Clément et ne ratez pas son exposition, détails au : www.arianneclement.com

Diane Baignée est travailleuse sociale en pratique privée.