Étalement urbain : mythes, réalités et enjeux économiques

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Par Journal Le Nord
Étalement urbain : mythes, réalités et enjeux économiques

Lettre ouverte

 

Ces derniers jours, on casse beaucoup de sucre sur le dos des villes de banlieue en véhiculant de fausses informations ou à tout le moins des raccourcis intellectuels plus que discutables.

On rapporte que les banlieues accapareraient des territoires agricoles pour faire du développement immobilier irréfléchi. Depuis plus de 40 ans, la Loi sur la protection du territoire agricole, la commission de protection de la protection du territoire agricole et l’union des producteurs agricoles le régulent de façon très serrée tout dézonage. Tout n’est pas parfait, mais la réalité est à des lieux du discours ambiant.

On prétend aussi que les MRC de la deuxième couronne ne font rien pour freiner l’étalement urbain. La MRC Rivière-du-Nord, comme la plupart des MRC périmétropolitaine, a adhéré à l’orientation 10 imposée par Québec qui a pour effet essentiellement:

D’empêcher la construction de nouvelles rues dans les secteurs sans services; d’obliger les secteurs desservis à obtenir 14 logements à l’hectare, ce qui implique un changement radical du tissu villageois qui varie actuellement entre 2 à 7 logements à l’hectare; de limiter le périmètre urbain, tant qu’il n’y a pas de saturation complète de ce dernier.

La réalité est que les villes périurbaines font maintenant leur part dans la lutte à l’étalement urbain, mais aussi que ces nouvelles dispositions dans nos schémas d’aménagement créeront des problèmes structurels. Beaucoup de villes de banlieue bouclaient leur budget avec les revenus que la croissance immobilière apportait. Il s’agit d’un manque à gagner qui peut représenter facilement 3 à 5% du budget annuel qu’il faudra tous les ans compenser.

La densification de nos espaces villageois, le vieillissement de nos infrastructures, une richesse foncière déficiente, nos villes possédant peu d’industries et de commerces, et la plus grande place que nous devons faire au transport collectif, nécessiteront des investissements majeurs dans nos milieux de vie. Déjà que nous participons au financement des trains de banlieue et du métro, comment ferons-nous pour développer adéquatement nos propres réseaux de transport?

Nos régions ont aussi leur propre économie, propre milieu de vie. Faire du développement durable, c’est aussi créer des emplois dans nos villes pour que nos citoyens puissent travailler près de leur milieu de vie.

La vision montréalocentriste du Québec doit céder la place à une vision polycentrique où chaque communauté tire son épingle du jeu à travers des principes de développement durable.

Les principes que l’on veut appliquer pour la métropole doivent aussi s’appliquer dans nos pôles régionaux existants.

Quoi qu’en pensent ceux qui ont négocié le dernier pacte fiscal, ce dernier ne permettra pas aux villes périurbaines de faire face à la restructuration économique, urbanistique et environnementale qu’elles doivent prendre.

Vous voulez régler le problème d’étalement urbain? Donnez-nous les moyens financiers d’agir sur nos milieux de vie et il n’y en aura plus.

Et s’il vous plaît, cessez de blâmer les villes de banlieue pour le manque d’attractivité de Montréal. Ce problème se règle chez vous, pas chez nous.

Paul Germain, maire de Prévost

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