Zigzaguer en ligne droite : Esprit d’état d’esprit

Par Benoit Simard
Zigzaguer en ligne droite : Esprit d’état d’esprit

C’est l’automne, on a déjà eu droit à une petite neige mouillée cette semaine. Ça jase de déprime et de dépression à la radio. Pandémie ou pas, l’arrivée du mois de novembre est souvent synonyme de moments difficiles. Il y a assurément moyen de retirer quelque chose de positif au fait que même la nature semble nous dire de nous enfermer chez nous. En bon jovialiste amateur, je vais tenter de vous en faire une démonstration.

Prenons par exemple la sortie de vendredi dernier. Partis pour une patrouille de routine sur les routes de l’arrière-pays, tous pensaient que je savais clairement où je les menais. Nous étions une belle bande de matamores à bicyclette. François, clairement optimiste, portait même ses chaussures de vélo de route.  Bref: plusieurs mollets d’expérience dans ce petit peloton, ça discute de tout et de rien, ça roule.

Après un passage graveleux qui bardasse, mon garde-boue arrière commence à faire un bruit de canette qui risque fort de rendre l’aventure désagréable. Une inspection sommaire permet de constater qu’un rivet a rendu l’âme, et que la situation n’ira pas en s’améliorant si on ne fait rien. Je demande au groupe si quelqu’un a un élastique ou autre objet collant. Pourquoi pas une gomme ? Et hop ! On me propose un jujube. En un tour de main, le morceau de gélatine est transformé en une pièce qui servira à amortir le bruit et les vibrations.

De retour en selle, nous arrivons à un premier cul-de-sac. Personne ne semble déçu ou inquiet de la situation.

Il faut dire que j’ai une réputation : «…c’est pas parce qu’il n’y a de chemin qu’il n’y a pas de route!».

Après tout, et quoique plusieurs en pensent, le «non» est d’abord l’ouverture à la discussion. Pour être bien honnête avec vous, je suis un peu paresseux, et je n’aime avoir à rebrousser chemin et me taper des aller-retour. Donc on s’arrange pour que ça passe, et cette fois encore, on finit par rejoindre l’autre côté sans même avoir eu à marcher. Des vrais champions!

Plus loin sur la gauche, une autre route que je ne connais pas. En regardant la carte, le passage semble rejoindre l’itinéraire original. Le soleil est finalement sorti, il fait bon. Après consultation, tous sont d’accord, et on s’enfonce un peu plus loin dans la forêt. Une dame rigole en nous voyant s’aventurer par là. Savait-elle quelque chose que nous ne savions pas?!

La route devient un sentier, et nous faisons face à une piste remplie d’eau. C’était plus un lac qu’une piste cyclable. Autre concile, le peloton se regroupe. Le fond semble dur, l’eau est claire et la température est clairement au-dessus de la moyenne normale pour cette période de l’année. Toutes des raisons qui nous apparaissent suffisamment bonnes pour nous élancer dans l’inconnu. Après une centaine de mètres avec l’eau qui frôle les moyeux, on arrive à mi-chemin sur un monticule sec.

On sait ce qu’il y a derrière nous, et au loin, encore plus d’eau. C’est là que l’attitude fait toute la différence. Alors que pourrait fomenter une mutinerie contre moi, la bande de joyeux lurons préfère rigoler.  Ce n’est pas de la pensée magique, mais le fait de garder un moral positif influence l’ensemble du groupe.

Nous nous enfonçons de plus belle dans l’eau, qui dépasse maintenant la mi-cuisse. Voilà même que Marie Claude l’échappe, et se doit de récupérer son vélo qui flotte à ses côtés. Quand je vous dis que l’on ne sait jamais à partir de quand une aventure devient épique, nous en avions fait la preuve à nouveau. Quelques autres traverses rocambolesques plus tard, on retrouve le doux roulement du bitume, et le chemin du retour, sains, saufs et les pieds humides.

C’est maintenant sûr qu’il y en a encore pour quelques semaines à devoir mettre notre zénitude à l’épreuve, sans avoir le privilège de choisir les obstacles qui se pointent devant nous. On a pas mal tous déjà entendu que « … c’est notre attitude qui détermine l’aboutissement positif ou négatif d’une situation ». Essentiellement, ça veut dire que si t’as une mauvaise attitude, y’a de fortes chances que peu importe ce qui se présentera devant toi cette journée-là, ça risque de ne pas finir à ton goût. Notre aventure navale à bicyclette aurait pu tourner au vinaigre, mais notre bon esprit nous a plutôt permis de récolter un gros lot de moments extraordinaires. Idéalement, si on veut gagner à la loterie, il faut au préalable acheter un billet. Comme quoi même en novembre, on peut gagner beaucoup de plaisir en se mouillant les pieds. Bons zigzags les amis !

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