Entre douleur et légèreté

Par Jean-Claude Tremblay
Entre douleur et légèreté

« Printemps été », Jean Leloup, à l’aube de la décennie 90. Une chanson phare, légère, désinvolte, naïvement rafraîchissante, une toune qui fait du bien, et donne le goût de profiter, sans se la casser.

Je suis jeune ado, je n’ai pas de permis de conduire, aucun engagement familial ni financier, et à peu près pas de responsabilités – je suis pleinement inconscient de ma liberté. Mes réseaux sociaux se limitent aux parcs de Prévost et de Saint-Jérôme, et une de mes plus grandes contraintes dans la vie, c’est de trouver (un jour) le moyen d’aller au 13eCiel à Montréal, LA boîte de nuit, réservée aux adolescents. Entre-temps, je ne manque pas d’ambition, et le club 14-18 de Saint-Antoine m’apparait tout à fait atteignable à court terme… dès que j’aurai 14 ans ! C’est lorsque je repense à ces moments que je me rends compte à quel point devenir adulte apporte son lot de complexité.

Quand ludique soulage tragique

Si ce classique du Roi Ponpona repris sa juste place dans mon esprit, spécialement ces temps-ci, c’est sûrement pour me permettre de renouer avec un certain sentiment de légèreté. L’œuvre ludique de celui qui, le mois dernier, a fêté ses 60 ans (oui, ayoye, Jean Leloup a eu 60 ans), agit tel un paratonnerre contre la tempête qui m’habite en ce moment. En effet, lorsque j’ai entendu l’horrible histoire du pensionnat autochtone à Kamloops, où les restes de 215 petites victimes ont été retrouvés, le disjoncteur a un peu sauté et le volume de la chanson dans ma tête a augmenté, comme pour compenser.

Ma première pensée a été pour les familles de l’époque et ceux qui les suivent ; des mères, des pères et des grands-parents qui n’ont jamais revu leurs enfants, réformés (lire, enlevés) de force par des tyrans pieux en soutanes, sous la gouverne d’un état suprémaciste. Ensuite… je me suis dit que des personnages comme Hitler n’avaient tristement pas le monopole de la connerie — non mais comment des personnes peuvent-elle en arriver là ? L’héritage à saveur génocidaire, spécialement envers les peuples autochtones, me dégoûte profondément, mais on doit en parler, si l’on veut collectivement guérir, et avancer.

Tribunal de l’histoire

Dans sa récente chronique en référence à la macabre découverte de Kamloops, Maka Kotto propose une sorte de tribunal de l’histoire, afin d’informer, d’éduquer et de « juger des actes criminels de personnes qui ne sont physiquement plus parmi nous. » Cette proposition permettrait entre autres de condamner à titre posthume et ainsi donc, de légiférer sur les actuelles statues, noms de lieux et autres symboles qui honorent la mémoire de dirigeants. J’ai trouvé cette idée rafraîchissante, et le concept global, nécessaire.

Après avoir déboulonné la statue montréalaise de John A. Macdonald l’an dernier, cet orangiste anti-francophone notoire, coresponsable des pensionnats autochtones et autres atrocités contre les Premières Nations, voilà que celle d’Egerton Ryerson à Toronto a eu droit au même traitement. C’est là où l’idée de Maka Kotto pourrait devenir utile, au sens où cette instance pourrait être chargée de faire la lumière sur le passé et les découvertes du présent, ce qui aurait pour effet de contribuer au sentiment de paix et de justice sociale.

Ligne d’arrivée

Il est normal d’être fatigués, et d’avoir une écœurantite aiguë de la lourdeur ambiante, spécialement lorsque l’on est (encore) exposés à des tragédies comme celle de Kamloops. C’est une réalité avec laquelle nous peinons à composer, même lorsque le Canadiens de Montréal nous en fait délicatement l’exposé. Qu’à cela ne tienne, j’ai espoir et foi en notre capacité de concilier drames et joyeuseté, car après tout, n’est-ce pas ce qui caractérise notre parcours sur Terre ? Allez, montez le volume et laissez-vous transporter.

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