Elisapie, l’icône inuit : « Le Grand Nord n’est pas à l’autre bout du monde, il est au centre du mien. »

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Par Martine Laval
Elisapie, l’icône inuit : « Le Grand Nord n’est pas à l’autre bout du monde, il est au centre du mien. »

Auteure-compositrice-interprète, réalisatrice et activiste, l’icône inuit se dévoile dans toute sa singularité. Le 24 novembre, au Théâtre Gilles-Vigneault, Elisapie chantera « The Ballad of the Runaway Girl », empreint des rythmes, des sons et du langage du Grand Nord.

La mère, la femme

Alors que le petit Naalak, six mois, dort, que Lili-Alacie, 12 ans, et Tayara, 5 ans, sont à l’école, la maman de trois enfants prend une pause avec moi, le temps d’une entrevue inspirante et douce. Comment concilie-t-on famille et création, spectacles et tournée lorsqu’on est maman de trois enfants ? Belle-maman vole à la rescousse pour pallier au chaos dû aux départs, aux allées et venues de l’artiste, soutenue et épaulée également par un partenaire qui croit en ce qu’elle fait.

« Mon chum c’est mon tout là-dedans. J’ai besoin de ça dans la vie, autrement je suis éparpillée, désorganisée. Ce n’est pas un artiste, mais il est créatif et visionnaire. Un super-partenaire. Je ne pourrais me passer de lui dans les décisions à prendre, dans mon exploration créative et mes réflexions. C’est beaucoup grâce à lui si tout roule bien. Mon projet prend tellement de place dans ma vie qu’il est inévitablement très impliqué émotivement, mais il y croit et avec lui je partage. Tant qu’on demeure un couple qui vit une romance…

L’album

« The Ballad of the Runaway Girl » est le quatrième album d’Elisapie. Emplie de ses réflexions entre l’enfant adoptée, la mère, l’amoureuse, l’Inuk fière de ses origines travaille à la reconnaissance des difficultés historiques de son peuple, sa vie au Sud depuis 18 ans, la réalisation de l’album fut longue.

« J’avais besoin de faire une vraie mise au point pour savoir où je me situe dans cette vie-là. J’ai fui le Nord et ça m’a donné envie de parler de ceux qui fuient des situations parce qu’ils sont apeurés, vulnérables, émotifs. The Ballad of the Runaway Girl, c’est un road trip musical, en mouvements, nomade. J’ai exploré sans vraiment savoir où j’allais. Comme un road trip où on part on ne sait trop où, sans se soucier du lendemain parce qu’on y va au feeling et à l’instinct. J’ai suivi mes intuitions au fur et à mesure que j’avançais. Un vrai lâcher-prise. Ce sont les émotions du moment qui m’ont menée quelque part. L’exploration de la vie, de la création et des rencontres étaient plus importantes que le résultat. Je voulais vivre une expérience humaine. »

Le fil conducteur des onze chansons ? « Beaucoup de choses reliées à la vie dans le Grand Nord, la nature, les territoires, l’appartenance, le désarroi qu’on ressent lorsqu’on est en recherche de soi-même. Je voulais vivre une expérience musicale, vibrer sur mes pulsions. Même s’il y a des moments très doux, les vagues arrivent et ça explose. C’est plein de contrastes, de sentiments pas toujours jolis, car la vie c’est ça : des rebondissements, du chaos, des émotions, et je voulais que ce soit comme la vie, comme la nature », ajoute -t-elle. Les compositions d’Elisapie dépeignent ses états d’âme à propos du chemin parcouru, de son histoire d’amour de femme mature au post-partum de maman; de son désir de quitter son village natal à l’adolescence, à la réconciliation avec sa mère biologique; de sa prise de position sur des enjeux sociaux touchant les Premières Nations et les Inuits, à son hommage aux femmes et aux filles autochtones disparues ou assassinées au Canada; du seul titre en français où elle exhorte son peuple à réaffirmer sa fierté, au clin d’œil aux communautés envoyées par le gouvernement au cercle arctique afin de protéger le territoire canadien.

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