Économie : Le milieu de l’emploi, affecté et transformé

par Ève Ménard
Économie : Le milieu de l’emploi, affecté et transformé

Depuis les derniers mois, le milieu de l’emploi a été grandement affecté par le ralentissement de l’économie dû à la Covid-19. Nous dressons le portrait d’une situation particulière avec l’économiste et professeur au Département des sciences administratives à l’UQO, David Tessier.

 

La PCU, responsable de la pénurie?

Nous avons appris récemment que la Prestation canadienne d’urgence (PCU) prendra fin pour transitionner vers l’assurance-emploi. L’économiste souhaite rappeler qu’avant toute chose, la PCU est une bonne initiative. « Il fallait donner des revenus aux gens qui n’en avaient plus », affirme-t-il. « Mais depuis le début, je trouve que le programme est trop généreux », déplore Monsieur Tessier qui n’est pas le seul à avoir relevé cet aspect.

D’ailleurs, l’embauche semble en avoir été très affectée alors que l’économiste affirme que la pénurie de main-d’œuvre, accentuée durant la pandémie, a été créée en raison de la générosité du programme. « La pénurie que nous avons observée avant la pandémie, elle résultait d’une forte croissance économique. Mais la pénurie de main-d’œuvre pendant la pandémie n’est pas due à la croissance, alors qu’au contraire, l’économie est au ralenti. » En réalité, David Tessier souligne que malgré la libération de plusieurs emplois suite au déconfinement, plusieurs ont préféré demeurer à la maison puisque soutenus par l’argent du gouvernement fédéral. Ainsi, bien que le taux de chômage soit élevé, la pénurie de main-d’œuvre se poursuit, une situation contradictoire justifiée par la présence de la PCU.

Cercle vicieux

L’économiste donne l’exemple de cultivateurs qui cet été, ont perdu une partie de leur récolte étant donné qu’ils n’ont pas trouvé suffisamment de travailleurs. « Lorsque c’est trop généreux, cela affecte l’offre de travail et ultimement, cela affecte la production. Il faut faire très attention pour ne pas déstabiliser le secteur de l’offre. » D’ailleurs, David Tessier n’est pas de ceux qui croient que l’assurance-emploi devrait être revue. « Les paramètres que nous avions avant la pandémie, je pense que c’est tout à fait correcte. Il ne faut pas oublier que oui, c’est important d’avoir un filet social pour aider ceux qui perdent leur emploi, mais il faut garder des incitatifs pour que les gens retournent au travail. »

La menace d’un second confinement

Bien que certains ajustements soient apportés, le professeur en sciences administratives envisage que l’automne sera très difficile pour plusieurs petites entreprises et pour certains secteurs. De plus, l’éventualité d’une seconde vague et de possibles fermetures laissent le milieu de l’emploi dans l’incertitude. Est-ce que l’économie du Québec serait prête à vivre un second confinement? « Non », affirme sans contredit l’économiste. Ce dernier prend l’exemple du milieu de la restauration où le confinement a été particulièrement difficile. « Si on leur demande un second confinement, plusieurs ne passeront pas au travers. »

Nouveau visage de l’emploi

Le milieu du travail fut non seulement affecté par la pandémie, mais en sera aussi transformé. Pour David Tessier, l’aspect le plus significatif est celui du travail à distance, qui n’est pas une mauvaise initiative en soi, alors qu’elle permet notamment de réduire le transport vers les milieux urbains, mais qui pourrait être lourde de conséquences. « Si l’employeur considère que l’employé à la maison est aussi productif qu’avant, il va le laisser continuer le télétravail. Mais le problème, c’est que s’il y a trop de ces situations, il y aura moins d’activité économique dans les centres-villes et ceci aura des conséquences pour les petits commerçants et pour l’immobilier commercial. » De ce fait, bien qu’il y ait eu un boom immobilier résidentiel important dans les Laurentides cet été, l’économiste prévient qu’il faut s’attendre à ce que l’immobilier commercial ait plus de difficultés alors que les bureaux deviennent moins essentiels qu’auparavant.

Économiquement, la fermeture des frontières et le ralentissement du commerce mondial a tout de même apporté comme effet positif la promotion de l’achat local. David Tessier donne l’exemple du tourisme qui au cours de la saison estivale, a permis d’encourager les services locaux. « On appelle ça du détournement de commerce. Pour le moment, la situation nous force à consommer plus localement. Pour notre développement économique, c’est une bonne nouvelle. Ça compensera les pertes dans plusieurs secteurs. »

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