Deux gars dans l’pétrin

Deux gars dans l’pétrin

Jean-Claude Tremblay

Jean-Claude Tremblay, collaboration spéciale – Dans ses chroniques, Jean-Claude va à la rencontre de dirigeants et d’entrepreneurs, afin de leur faire découvrir la face cachée d’une organisation bien de chez nous. Notre expert des affaires en résidence nous livrera ses impressions sur ce qui fait le succès des organisations, et sur les ingrédients de leur recette gagnante.   

Je suis d’abord parti interviewer un entrepreneur local, dans le cadre d’un entretien structuré d’une durée de 60 minutes.   Finalement, je n’ai jamais réalisé d’entrevue comme telle ni rencontré d’homme d’affaires.

J’ai plutôt eu droit à un stimulant échange de plus de deux heures avec un artisan, un passionné des gens, un redoutable technicien, mais d’abord et avant tout, un homme de cœur, en la personne de Lionel Ducreau, boulanger-propriétaire de Deux gars dans l’pétrin.

Dès mon arrivée, j’ai été instantanément séduit par la chaleur humaine et une odeur de miche tombée du ciel. Pendant un instant, j’ai eu envie de laisser mon créneau qu’est celui des affaires, pour porter le chapeau d’un chroniqueur foodie. J’ai suivi le rythme en écoutant le pain chanter, et en me nourrissant de la passion contagieuse de ce jovial commerçant fervent [Marie Hel1] d’histoire.   

Derrière le pain et les viennoiseries, un succès fondé sur la résilience

Avant les honneurs et autres coups de cœur au Gala des zéniths, il y a eu des débuts rocambolesques, alors que le propriétaire a failli tout abandonner. Heureusement, grâce à son éthique de travail, et à sa passion du métier combinée au soutien d’une conjointe qui a mis la main à la pâte (littéralement!), il peut maintenant compter sur une clientèle fidèle et grandissante. De son propre aveu : « ça a été atroce, mais maintenant on peut enfin respirer ». Il poursuit avec une analogie presque aussi délicieuse que son pain : « En affaires, il faut être comme le bambou, pliant, mais pas cassant. » – J’ai adoré!

Une (très longue) journée dans la vie d’un boulanger  

Lorsqu’il reçoit des stagiaires dans son commerce, il les asperge d’une douche glaciale de réalité, et je soupçonne qu’il y prend un certain plaisir! C’est que, voyez-vous, quand j’ai contacté par courriel Lionel Ducreau, il m’a répondu à 4 heures du matin, et ça faisait déjà une heure qu’il était au travail! Lorsqu’il explique aux étudiants de l’école hôtelière qu’il débute sa journée à 3 heures du matin, que le commerce ferme ses portes à 18 heures, et qu’il fait tout à la main… la relève sursaute! « Pour moi, c’est du 7 jours sur 7 », dit-il d’un élan assumé, lui qui embrasse son présent et incarne l’entrepreneur dédié.

Grappe industrielle nouveau genre : la filière des artisans

Grosso modo, une grappe n’est rien d’autre qu’une concentration d’entreprises interreliées par l’expertise et regroupées géographiquement. Les grappes sont souvent de nature technologique, mais avec ce que j’ai entendu dans cet entretien, la donne pourrait changer. Avec sa volonté de créer un dynamisme économique à même son quartier, en regroupant des artisans semblables vers une mission commune, il est en train de contribuer à créer une nouvelle catégorie de grappe : celle des artisans-commerçants. À preuve, lors de la fête nationale française le 14 juillet dernier, il a été l’instigateur d’un véritable rassemblement de quartiers, où les clients ont été conviés à prendre d’assaut la rue fermée, pour y découvrir leurs artisans locaux.

Les ingrédients du succès

C’est sourire aux lèvres que Lionel Ducreau s’autoproclame « grande gueule », caractéristique qui, selon lui, fait partie des composantes qui ont mené à son succès. Avec le souci du détail et l’écoute de la clientèle, il dit que la passion est au cœur de la réussite et il croit aux valeurs du travail dans des règles de l’art. Ces valeurs, il les a héritées de son père de qui il a appris le métier et les rudiments. Quand je lui ai demandé : « Qu’en est-il du rapport à l’argent… lorsqu’on est artisan? », il a répondu : « Je veux être capable de bien vivre, mais c’est pas pour ça que je fais ce que je fais ». Comme quoi la vocation est l’ingrédient de base et l’argent, lui, est définitivement secondaire.

Un exemple pour les plus grands

J’accompagne régulièrement des entreprises dites d’envergure, mais je vais vous confier un secret : la plupart se prennent trop au sérieux et leur plan d’affaires est inefficace et ennuyant à mourir! Le coloré mitron n’a rien à envier aux organisations du top 100. Bien au contraire, elles gagneraient à passer un peu de temps aux côtés d’un homme qui incarne la créativité, la débrouillardise et l’action : attributs vitaux pour espérer réussir en affaires aujourd’hui.

Commerçant engagé et mobilisant

Vive ceux qui, comme Lionel Ducreau et son équipe, contribuent activement à notre économie locale, en s’engageant et en donnant l’exemple. J’ai rarement vu quelqu’un qui, d’entrée de jeu, affirme faire partie de la solution. « C’est bien beau de donner des coups de gueule, mais il faut faire sa part et se demander ce qu’on peut faire », dit-il. Vous allez rire, mais ce français d’origine et fier ambassadeur de ses racines, m’a rappelé Kennedy, qui disait  : « Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ». Vive l’initiative et la responsabilisation : merci et longue vie!

Deux gars dans l’pétrin

291, rue Labelle, Saint-Jérôme

boulangeriedeuxgarsdanslepetrin.ca

450 565-5677

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