Démocratie et opposition

Par Simon Cordeau
Démocratie et opposition
L'hôtel de Ville de Saint-Jérôme. (Photo : Nordy)

Les élections municipales approchent. Les candidats vous présenteront leurs positions et débattront entre eux. Vous choisirez le meilleur (selon vous), et le plus populaire l’emportera. Sauf si, bien sûr, un seul candidat se présente. Réflexion sur le rôle de l’opposition dans une démocratie, avec Pier-Olivier Fraser, professeur de science politique au Cégep de Saint-Jérôme.

Lors des élections municipales de 2017, 528 maires ont été élus sans opposition, sur les 1100 municipalités au Québec. Ici, ni Nathalie Rochon à Piedmont, ni Louise Gallant à Sainte-Sophie, ni Stéphane Maher à Saint-Jérôme n’avaient d’adversaire. Ils sont donc devenus mairesses et maire, sans qu’un seul citoyen vote pour (ou contre) eux. Dans 203 municipalités, c’est tout le conseil municipal qui a été élu par acclamation, faute d’opposition.

Le rôle de l’opposition

Tout d’abord, à quoi ça sert, l’opposition? « L’opposition fait contrepoids aux personnes élues, à ceux qui sont au pouvoir », explique M. Fraser. Cette opposition peut être formelle et institutionnelle, comme un parti d’opposition au Parlement, ou informelle, « celle de la rue », comme des manifestations citoyennes.

« Dans un contexte institutionnel, comme un conseil municipal ou à l’Assemblée nationale, l’opposition a d’abord une fonction de surveillance. C’est elle qui sonne l’alarme. » En exigeant que le parti au pouvoir justifie ses décisions, en le talonnant sur ses inconsistances ou en offrant des solutions alternatives, l’opposition amène les élus à être plus transparents et à prendre des meilleures décisions.

En principe.

Effets pervers

« La démocratie s’appuie, fondamentalement, sur l’existence d’un débat libre. Pour que ça ait lieu, il faut reconnaître l’autre comme un interlocuteur. Il faut honnêtement écouter l’autre, et reconnaître quand le pouvoir de son argument dépasse le nôtre », insiste M. Fraser.

Si un parti ne reconnaît pas son adversaire ou ses positions comme légitimes, l’opposition peut être plus destructive que constructive. « Ça peut se transformer en haine ou en attaques personnelles. On veut simplement diaboliser. Là, on n’est plus dans le débat. On est dans le trollisme. »

3 854 conseillers sur 6 915 ont été élus par acclamation lors des élections de 2017.

L’opposition peut alors engendrer un effet pervers : stimuler le manque de transparence et la langue de bois, qui deviennent nécessaires pour survivre quand tout est sujet à une attaque. D’autres préféreront simplement éviter la politique. « C’est sûr qu’on se prive de candidats formidables. Il faut être prêt à se faire démolir de manière constante dans l’espace publique. »

Une démocratie représentative

Alors, que se passe-t-il quand l’opposition est… absente?

Est-ce qu’un maire élu par acclamation est plus légitime, parce qu’il semble avoir l’appui tacite des citoyens, ou moins légitime, parce que personne n’a voté pour lui? Bien sûr, même après les élections, les citoyens peuvent démontrer leur désaccord face aux décisions de la mairie : en posant des questions lors des assemblées du conseil, en déposant une pétition, voire en se mobilisant lors d’une manifestation.

Toutefois, il reviendra au maire et aux conseillers d’écouter, ou non, les objections des citoyens. Certains élus prendront acte des critiques de la communauté (et c’est tout à leur honneur!). Mais rien dans notre système politique les y oblige, rappelle M. Fraser. « La démocratie dans laquelle on vit est purement représentative. Le seul moment où les citoyens sont souverains, c’est lorsqu’ils votent. Et ils redonnent immédiatement cette souveraineté aux élus. » C’est vrai tant au niveau municipal qu’au provincial et au fédéral.

528 maires ont été élus par acclamation, sur les 1100 municipalités du Québec, lors des élections de 2017.

Proximité et désintérêt

Pour les élus toutefois, la critique des citoyens n’est pas toujours légitime. Autre-ment dit, elle peut être plus destructive que constructive. « Le niveau municipal, c’est un gouvernement de proximité. Ce qu’il gère, c’est l’espace de vie de la communauté locale. Donc quand il y a un conflit, ça se personnalise rapidement », explique M. Fraser.

Cette proximité est couplée à un désintérêt des citoyens pour les affaires municipales. Aux élections provinciales, c’est 66,5 % des électeurs qui ont exercé leur droit de vote en 2018; 71,4 % en 2014; et même 74,6 % en 2012!

Aux élections municipales de 2017, seulement 44,8 % des citoyens ont voté.

Ainsi, certains citoyens s’intéressent aux affaires municipales seulement lorsque celles-ci interfèrent avec leur quotidien. Exemple : votre rue est mal déblayée et vous avez un accident, donc vous appelez à la Ville pour vous en plaindre.

Si la plainte est constructive dépendra du citoyen. Et si elle est entendue dépendra de la mairie.

Participation citoyenne

Selon M. Fraser, c’est pourquoi il faut changer les choses : pour encourager les citoyens à participer, et pour les assurer que leur participation compte. « Le milieu municipal est un bon endroit pour repenser la démocratie et introduire des formes plus directes. Comme ça, on donne du pouvoir aux citoyens. Si on leur donne des responsabilités décisionnelles, ils vont s’impliquer et s’informer davantage », souhaite le professeur de science politique.

Taux de participation aux élections municipales

2017 : 44,8 %

2013 : 47,2 %

2009 : 44,8 %

2005 : 44,5 %

Partager cet article
S'abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
View all comments