Demeurer humble dans le succès

Par Ève Ménard
Demeurer humble dans le succès
Lisabel Filiatrault a peint pas moins de 4 700 œuvres depuis le début de sa carrière. (Photo : Ève Ménard)

Déjà en images, c’est magnifique. En vrai, c’est irréel. Voilà ma première impression en entrant dans la galerie de Lisabel Filiatrault, artiste-peintre connue internationalement, qui m’y a accueillie chaleureusement jeudi dernier.

Après lui avoir signifié ma présence, l’artiste me rejoint devant sa nouvelle galerie à Pointe-Claire, située tout près de sa demeure. Lorsqu’elle sort de sa voiture, je remarque immédiatement l’attelle à son pied. Un accident bête, m’explique-t-elle. « Ma vie a toujours été remplie d’accidents. »

Justement, c’est un de ces incidents, survenu en patins à roues alignées en 2007, qui a convaincu Lisabel de se lancer cœur et âme dans sa passion pour l’art. Mais avant tout, revenons quelques années en arrière.

Graduée du Cégep de Saint-Jérôme

Dès l’âge de 5 ans, Lisabel adore peindre. Mais ce n’est pas le seul domaine dans lequel elle excelle. Jeune, l’artiste en devenir est une petite bolle à l’école. Sciences, mathématiques, français, éducation physique; rien ne lui fait défaut. Elle se décrit comme étant compétitive et perfectionniste. Elle est aussi particulièrement déterminée. « J’étais une enfant à qui personne ne pouvait dire quoi faire. Je ne demandais pas l’opinion, je le faisais. »

Malgré tout, elle ne trouve aucun programme postsecondaire qui ne l’intéresse suffisamment. C’est alors qu’une amie, dont le père était maire à Saint-Jérôme à l’époque, lui parle d’un nouveau programme offert au cégep : une technique de transformation des matériaux composites. Lisabel fait son entrée dans la première cohorte en 1986 et devient la première femme à graduer en 1989.

Elle quitte ensuite Saint-Jérôme pour Toronto, puis pour Atlanta, où elle travaille en composites. Pendant plusieurs années, elle œuvre en vente de matières premières. En parallèle, elle continue à peindre et à expérimenter son art dans ses temps libres, sans toutefois s’y consacrer totalement. Jusqu’au jour où survient son accident en 2007.

Succès inespéré

À cette époque, elle n’a pas d’agent et pas de formations artistiques. Elle s’inscrit à différents concours, sans trop savoir où ça la mènera. En 2007, elle participe à son premier vernissage officiel où elle présente une œuvre parmi 400 à 500 autres artistes. À sa grande surprise, elle remporte le 1er Grand Prix en technique distincte de ce 24e Concours gala international des arts visuels son et lumière. Consciente qu’une magie s’opère, elle loue une petite usine à Montréal. Elle expose ensuite 37 de ses œuvres sur la rue Notre-Dame. Elle en vend 35. Depuis, rien ne l’arrête.

Aujourd’hui, Lisabel possède 4700 œuvres à son actif et en a vendu aux alentours de 3700, autant au Québec qu’à l’international. D’ailleurs, elle a été représentée par des agents un peu partout dans le monde : Vancouver, Toronto, France, Espagne, États-Unis, Mexique, Beijing. Alors qu’à ses débuts, elle vendait ses tableaux les plus imposants au prix de 800 à 1000$, ils sont aujourd’hui affichés à environ 25 000$.

La galerie de Lisabel est située à Pointe-Claire depuis le mois d’août dernier.

Un art unique

Naturellement, son art prend de plus en plus de valeur. Mais surtout, il est unique. Étant le résultat de plusieurs années d’expérimentation chimique, il ne peut pas être reproduit. Lisabel elle-même ne serait pas en mesure de reproduire exactement les teintes de couleur, par exemple, qu’on retrouve sur ses tableaux.

Elle explore notamment des thèmes comme les corps et les visages de femmes, l’abstrait, les paysages ou encore les animaux. Le dynamisme des couleurs, le mouvement qui se créé et le relief rendent son travail incomparable. « J’ai des gens qui entrent dans la galerie et qui pleurent », indique l’artiste-peintre. Pour elle, c’est le plus beau compliment qu’on puisse lui faire, puisqu’elle se sent comprise à travers son art. Être compris, est-ce le but ultime d’un artiste? Ça, et aussi d’offrir quelque chose, ajoute Lisabel. « Je peins l’abondance, le relâchement, l’ouverture d’esprit, la guérison, le vivre et le laisser-vivre, le respect », précise-t-elle. Son art possède donc un pouvoir thérapeutique chez ceux et celles qui le regardent, et aussi chez celle qui le peint.

Lisabel Filiatrault
Les visages de femmes sont l’un des thèmes de prédilection de l’artiste. Photo : Ève Ménard

Humble et généreuse

Lorsqu’elle me fait visiter son atelier, situé à même sa galerie, des tableaux reposent sur le comptoir. Lisabel m’explique qu’ils ont été peints en compagnie d’une jeune fille en phase terminale du cancer. À la demande de son père, l’artiste l’a invitée dans son atelier. Une grande humilité se dégage de cette femme qui aurait eu toutes les raisons du monde de s’enfler la tête. Malgré le succès, Lisabel est toujours demeurée accessible. « Je trouve qu’il n’y a rien de plus beau qu’une personne humble. » 

L’artiste redonne également, via son art, à des dizaines et des dizaines de fondations. Notamment, elle a travaillé avec plusieurs sportifs de haut niveau dont Alexandre Bilodeau, Mélanie Turgeon, Patrick Roy et Martin Brodeur. Le concept est le suivant : elle peint l’athlète, tous les deux signent l’œuvre, et ils la remettent à une fondation.  

Lisabel profite de cet aparté pour me mentionner que beaucoup d’hommes s’intéressent à son art. « C’est drôle parce que quand ils entrent, ils me disent qu’habituellement, ce sont leur femme qui les traînent dans des galeries. Mais maintenant, ce sont eux qui traînent leur femme! », me raconte-t-elle en riant. Apparemment, son art a le don de faire pleurer autant les hommes que les femmes.

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