COVID-19 : Lettre ouverte

par Gina Rocheleau
COVID-19 : Lettre ouverte

 

À toutes ces petites mains,

Je ne suis personne. Personne de connue pour être plus précise. Je ne fais ni partie des «pipoles», ni d’un regrou-pement scientifique, ni d’un parti politique précis. Je suis par contre, une femme de la génération Sandwich, une parmi tant d’autres ayant à concilier horaire famille, horaire personnel et parent âgé. Je suis aussi une parmi tant d’autres dont le parent – ma mère en l’occurrence – est confinée en CHSLD.

Depuis quatre semaines, les visites sont interdites. Depuis quatre semaines, je me fais un sang d’encre. 28 jours à me demander si elle mange assez, si elle boit suffisamment, si elle ne s’ennuie pas trop. Un mois. C’est fou hein ce que la notion du temps peut s’altérer dans des moments d’angoisse, dans ces moments de vie où l’on se sent impuissant. Parce que quand j’y pense. Un mois, autrement vécu, semble toujours plus court. Juillet file à vive allure, décembre aussi. Mais depuis le 14 mars, le temps s’écoule à la vitesse grand M. M comme mélasse.

Et comme plusieurs au Québec, je m’accroche à mon écran chaque jour à 13h. Et comme plusieurs, j’entends notre Premier ministre remercier nos anges, nos travailleurs – hommes et femmes- infatigables qui aujourd’hui portent sur leurs épaules le filet social de notre survie. Toutes ces personnes sans qui plus rien ne fonctionnerait. Et je me dis qu’il a raison.

Et je me dis qu’à mon tour, je tiens à remercier toutes ces Manon, Carole, Véronique, Isabelle, Jacques et Pierre-Yves sans qui ma mère serait laissée à elle-même. Tous ces préposés à l’entretien ménager de son CHSLD, de sa chambre et de sa salle à manger. Toutes ces personnes qui, par leur visite quotidienne dans «son logis», lui apportent chaleur humaine, sourire et appréciation de vivre dans un endroit propre et bien tenu. Toutes ces petites fées, toutes ces petites mains qui grâce à elles ma mère est lavée, habillée, coiffée, maquillée et nourrie chaque jour. Toutes celles qui pensent à composer mon numéro de téléphone ou celui d’un des membres de ma fratrie une à deux fois par semaine afin que ma mère
puisse entendre notre voix. Ce n’est pas grand-chose que de composer un numéro de téléphone me direz-vous; certes. Mais de composer un numéro de téléphone pour chacun des résidents… ça donne une autre teinte au tableau dirait-on.

Alors à mon tour de dire publiquement à toute l’équipe du CHSLD St-Jérôme: Merci!

À toutes les équipes des CHSLD du Québec : Merci.

Je suis certaine que ma mère reçoit de bons soins. Je suis certaine qu’elle ne perdra pas contact avec ses enfants. Je suis certaine que je la retrouverai souriante quand toute cette pandémie sera finie.

Vous avez toute ma reconnaissance.

Gina Rocheleau

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