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Le promoteur bohème souffle ses 70 bougies

Par Luc Robert

Les Jérômiens se souviennent de Raymond Smith, le sportif rebel qui s’impliquait dans une ribambelle d’activités, avant de disparaître et de revenir plus fort quelques mois plus tard.

Hockeyeur, joueur de baseball, gérant dans d’innombrables tournois de balle-molle, mais surtout organisateur hors pair de galas de lutte avec son pote feu-Michel Valiquette, Smith est connu comme Barabas dans la passion… jérômienne.

« Je me considère chanceux d’avoir vécu les belles saisons sportives jérômiennes, les générations des années 1960 aux années 1980. C’était l’âge d’or du sport dans les Laurentides. Au hockey, je coachais compétitif dans la Ligue de hockey (de la Taverne) du Père Jean. De nos jours, à la lutte, les grosses poches avalent les petits promoteurs. Je suis asthmatique chronique, mais ça ne m’empêche pas d’être encore lucide », a débité d’un trait le barbu qui organisait des galas de lutte à l’aréna Melançon.

Il avoue que sa maladie le ralentit, mais il prend tout de même ses marches de santé. « Je suis moins énergique qu’à mon époque de joueur, mais y’en a des pires que moi. Je marche et fais des siestes. Je n’ai pas perdu la parole et je porte autant de jugement sur ce qui m’entoure qu’avant. C’est plate que les promoteurs américains aient tout gâché sur notre territoire de lutte du Québec, mais j’admire les jeunes qui organisent encore des choses dans les arènes. » 

Partir pour mieux revenir

Raymond Smith se remémore en souriant de ses nombreuses virées à l’extérieur des Laurentides. Le promoteur bohème savait décrocher, lorsque la situation devenait tendue.

« J’avais vu venir ça, la pollution et les voitures trop nombreuses. La pollution et le capitalisme de plus en plus sauvage. Quand j’étouffais dans la société, mon côté chat sauvage refaisait surface. En 1988, à la mi-trentaine, je partais avec mon baluchon. Montréal, Québec et ailleurs, je vagabondais et vivais de belles expériences. Mais j’évitais les centres-villes et le trouble. Je pense que malgré mes périodes difficiles, j’ai réussi ma vie, à ma façon. Je pouvais allier ma quête de liberté, puis revenir gagner ma vie avec mon talent de promoteur. De nos jours, essayez de trouver le financement pour monter une belle carte de talents : New York et les autres vous arrivent dans les pattes, la minute que vous vous manifestez », a-t-il déploré.

Des années de lutte

Des belles années de Jos Leduc à celles de Michel Justice Dubois, à ses nombreuses collaborations avec le réputé Gino Brito, Smith n’éprouve pas beaucoup de regrets.

« On a eu de belles révélations locales. Jacques Comtois est un bon lutteur jérômien à avoir percé. J’ai bien aimé mon hommage à Little Beaver (Lionel Giroux). Pierre-Carl Ouellet a fait salle comble à mon gala de l’Académie Lafontaine. J’ai toujours admiré Gino (Luigi Acocella) Brito, comme lutteur et promoteur ensuite. On se téléphonait encore aux Fêtes de fins d’années, récemment. Il faudrait bien que j’aille lui payer une visite à Saint-Léonard, si mon cousin Daniel Lapierre peut se décider », l’a-t-il défié tout haut en riant. « Il y a des lutteurs de renoms, qui ont pété au frette en faisant à leur tête comme promoteur. Ça prend du pif commercial et du travail pour réussir, pas juste du Me, Myself and I. »

Après des tournois de balles gagnants, il n’était pas rare que Smith amène son baluchon et reparte sur la route. « La ballemolle et gagner des tournois, c’était merveilleux. On avait beau éprouver des bobos de toutes sortes, les rencontres de la vie m’ont servi de thérapies. Je me suis toujours fier à mon sixième sens et je me suis rendu à 70 printemps à date. J’ai travaillé au Nord-Laurentien pendant à peine six mois, mais je savais qu’en partant ensuite, mon côté organisateur naturel m’aiderait à vaincre les épreuves. On voulait me retenir au travail (je devais être pas pire ?!?), mais ma soif d’être un vagabond reprenait le dessus. Il me manquait deux semaines pour obtenir du chômage… mais je suis parti pareil ! Je voulais vivre en simplicité, avec mon identité, parmi la diversité. »

Raymond Smith est fier de son sort : il n’en demande pas gros pour être heureux. « Je mène ma petite vie tranquille. Je suis bien dans mon appartement 1 pièce ½, chauffée et éclairée. Avec les virus et tout ce qui circule, ça prend un bon moral. J’ai encore le sport comme mon letmotiv, mais je déplore tout ce qui se passe. On vit l’indécence sociale ! Il y a certaines coquilles vides, le choc des générations, etc. Les besoins en santé mentale augmentent, mais je me débrouille. Je suis rendu ailleurs. »

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