Comment va la rivière du Nord ? C’est compliqué

Par Simon Cordeau
Comment va la rivière du Nord ? C’est compliqué
La rivière du Nord parcourt 147 km avant de se jeter dans la rivière des Outaouais (Photo : Archives)

Abrinord est l’un des 40 organismes de bassins versants du Québec, et est responsable de celui de la rivière du Nord. Nous nous sommes entretenus avec sa directrice générale, Marie-Claude Bonneville.

Est-ce que la rivière du Nord est en bonne santé? « La réponse n’est pas si simple. Ce n’est pas facile à dire », explique Mme Bonneville. Depuis 2010, Abrinord a un programme de suivi de la qualité des cours d’eau. 55 stations d’échantillonnage sont réparties à travers le territoire du bassin versant, du lac Brûlé au nord de Sainte-Agathe, principal émissaire de la rivière, jusqu’à son déversement dans la rivière des Outaouais, à Saint-André d’Argenteuil.

Les données récoltées sont même rendues disponibles au public dans l’application web iEAU. « On fait l’échantillonnage 1 fois par mois, 8 fois par année, d’avril à novembre. » Même si ces données permettent de tracer un portrait général de la situation et de déceler certaines tendances, il y a cependant beaucoup de variabilités qui rend tout diagnostic difficile. « Il faudrait sortir à chaque jour, à chaque heure! »

Des données difficiles à interpréter

Plusieurs facteurs naturels expliquent cette variabilité. « D’une année à l’autre, ça peut varier selon la situation météorologique, des évènements ponctuels comme des déversements, etc. » La quantité de pluie est aussi importante. En étant drainée dans les cours d’eau, la pluie amène des contaminants avec elle. Donc plus il y a de pluie, plus il y aura de contaminants.

Le programme a aussi évolué depuis ses débuts. « Il n’y avait pas autant d’échantillonnages faits en temps de pluie, ou ceux-ci étaient aléatoires. » Maintenant, la moitié des échantillons sont faits en temps de pluie. Mme Bonneville mentionne aussi qu’ils ont changé de laboratoire pour analyser les échantillons, et que les limites de détection des contaminants n’étaient pas les mêmes, par exemple. « Il faut interpréter ça avec un peu de précaution », prévient-elle.

Toutefois, les données récoltées démontrent déjà leur utilité. « Quand il y a des dépassements fréquents [des seuils acceptables de contaminants], les données sont importantes pour aborder cette problématique. On peut lever un drapeau, pour essayer de voir avec les différents acteurs du milieu comment trouver des solutions. »

Abrinord surveille présentement trois contaminants.

Les coliformes fécaux, pour savoir si un contact direct ou indirect avec l’eau présente des dangers pour la santé.

Le phosphore, qui accélère la croissance des végétaux et peut mener à la mort des plants d’eau.

Les particules en suspension, qui posent un risque pour la vie aquatique.

D’autres contaminants, comme les pesticides ou les produits pharmaceutiques, coûtent très cher à analyser, ce qui rend impossible un suivi rigoureux des données.

Recueillir l’eau à la source

Mme Bonneville explique que c’est surtout le drainage rapide de ces contaminants dans les cours d’eau, d’une part, et leur effet cumulatif sur tout le bassin versant, d’autre part, qui est problématique.

Avec l’urbanisation et le développement du territoire, on remplace des espaces verts, au sol perméable, par des habitations et des routes, au sol imperméable. Lorsqu’il pleut, l’eau ruisselle donc directement vers les cours d’eau, entraînant des contaminants avec elle, au lieu d’être absorbée par le sol. Et comme tous ces cours d’eau se déversent tôt ou tard dans la rivière du Nord, les contaminants s’accumulent de plus en plus, au fur et à mesure qu’on descend dans la rivière.

La solution? Il faudrait recueillir l’eau à la source, en prévoyant des surfaces perméables et des infrastructures vertes dans le développement urbain.

Le défi est de taille, toutefois, parce que l’objectif est de réaliser une gestion intégrée de l’eau, qui implique la collaboration de tous les acteurs concernés, comme les municipalités, les MRC et plusieurs acteurs communautaires et économiques, sur un vaste territoire. En ce sens, les MRC doivent élaborer un plan régional des milieux humides et hydriques (PRMHH) d’ici juin 2022.

Le saviez-vous ?

Un bassin versant est un territoire où toutes les eaux de pluie finissent par converger vers le même point de sortie, comme un entonnoir. Qu’il pleuve à Sainte-Agathe, Morin-Heights, Saint-Jérôme ou Lachute, l’eau finit tôt ou tard dans la rivière du Nord.

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