Chronique d’un X : Démocratie municipale ?

Par Jean-Claude Tremblay
Chronique d’un X : Démocratie municipale ?

Ça y est, on a obtenu notre double dose d’élections pour 2021, et si je me fie aux commentaires, tout le monde avait hâte de passer à autre chose… avant même que ça commence. Maintenant que c’est derrière, je vais me risquer à poser une question un peu taboue qui m’a habitée du début à la fin : devrait-on continuer à permettre à (presque) n’importe qui de se présenter aux élections, ou si établir un seuil minimal de compétences et de valeurs serait antidémocratique ? Au fond, je questionne l’actuel système démocratique, spécifiquement dans le cadre des élections municipales – nous rend-il réellement service, ou s’il nous entraîne plutôt vers une médiocratie ?

Le rôle des médias

En faisant abstraction de l’émission satirique Infoman, qui nous présente des candidats et dirigeants qui n’ont souvent ni le jugement ni les qualifications nécessaires pour administrer une ville, les médias d’actualité ont aussi donné parfois la tribune à des candidats hurluberlus sans crédibilité, sous prétexte que c’était ça, LA démocratie. Vraiment ? Peut-être, mais je pose la question à 1000 $ à savoir où la frontière commence, et où elle s’arrête, tant au niveau de la couverture médiatique que de la largesse des critères permettant aux candidats de se présenter aux élections municipales.

À la défense des médias, plusieurs ont brossé des portraits objectifs et ont vaillamment tenté d’éclairer les citoyens, mais sachant qu’ils sont sous financés (spécialement en région), et partiellement tributaires des investissements publicitaires des administrations municipales en place, qui contribuent à leur survie, sont-ils adéquatement équipés pour présenter librement les candidats, tester objectivement leurs promesses et en informer la population ? Poser la question c’est y répondre. Leurs ressources limitées combinées au contexte de proximité exercent une pression sur le joint d’étanchéité journalistique ; aucun média ne devrait se retrouver dans une telle position, période d’élections ou non.

Résultats… démocratiques ?

À regarder les résultats, de sérieuses questions doivent se poser. Par exemple, comment peut-on prétendre avoir l’appui de la population et la légitimité de diriger alors que le taux de participation n’atteindra pas 50 % encore cette année ? À partir de quel pourcentage devrait-on s’inquiéter des résultats que produit ce processus d’élections aux apparences de « fromage suisse de la démocratie » ?

Aussi, au décompte préliminaire, ils étaient 472 maires élus sans aucune opposition… c’est plus de la moitié des sièges disponibles. Est-ce acceptable, ou non ? Cela n’enlève absolument rien aux candidats qui ont été élus dans ce cas précis, ils l’ont été de façon légitime et ne sont pas à blâmer, mais à tout le moins, il importe de comprendre les impacts d’un tel phénomène sur notre démocratie.

Un système à réformer ?

Entrer dans un bureau de vote et se faire remettre CINQ bulletins avec une longue liste de noms dont la moitié vous est inconnue est chose courante. Le fait que l’on soit souvent forcé de voter à travers notre chapeau, les yeux bandés, basé sur une impression, m’apparaît très inquiétant. « Faites vos devoirs et découvrez vos candidats », diront certains, et à juste titre – j’en suis, mais ce n’est pas chose facile, et au final, tout cela fait en sorte que l’actuel processus relève plus de Loto-Québec que d’Élections-Québec, ce qui est troublant.

Le travail d’élu municipal est essentiel et n’est pas facile, se présenter demande un courage certain, alors je lève mon chapeau et remercie profondément celles et ceux qui ont signé en bas de la feuille. Les candidats qui se donnent réellement la peine et s’engagent avec de sérieuses intentions méritent un système plus juste. Il est triste de constater que dans certaines municipalités où la lutte a été serrée, certains ont perdu par une poignée de votes… récoltée parfois par les hurluberlus cités plus tôt. Le système « bar ouvert » attire son lot de pique-assiette, peut diluer le vote, contribuer à maintenir une mauvaise administration en place, en plus de faire ombrage à des candidats prometteurs et en décourager d’autres à se présenter.

Plus personne ne veut revivre une grande noirceur, mais si on ne veut pas y retourner, il faudra réfléchir à ce que nous voulons, et agir en conséquence. Nous n’avons pas la démocratie que l’on mérite, mais bien celle que l’on tolère… jusqu’à ce que nous ayons le courage de la redéfinir.

 

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