Changements climatiques: Nos villes sont-elles prêtes ?

Par Marie-Catherine Goudreau
Changements climatiques: Nos villes sont-elles prêtes ?
Comme nous avons vu le week-end dernier, les épisodes de pluie, neige et grêle seront de plus en plus fréquents avec les changements climatiques. (Photo : Nordy)

Les évènements climatiques extrêmes se multiplient, comme on a pu le voir dans les derniers mois en Colombie-Britannique, où des pluies diluviennes sont tombées sur la région, et ce, peu de temps après que la province soit la proie des feux de forêts. Qu’en est-il de nos villes ? Sont-elles prêtes à faire face à ce genre d’évènement climatique ?

Plusieurs municipalités font des démarches actuellement pour se doter d’un plan d’adaptation aux changements climatiques, comme la Ville de Mont-Tremblant par exemple. C’est la première ville des Laurentides a élaboré un plan climat. Quatre MRC dans les Laurentides travaillent aussi sur un plan d’adaptation. 

« Un des éléments qui est amplifié par les changements climatiques, c’est tout le côté imprévisible de la météo », explique Maurice Couture, coordonnateur du Living Lab Laurentides qui se spécialise en adaptation aux changements climatiques en tourisme. 

Prévenir et répondre aux risques

L’Institut des territoires (IDT) à Saint-Jérôme a comme mission entre autres de créer des aires protégées. « C’est le premier levier pour la lutte contre les changements climatiques », soutient André Goulet, aménagiste des territoires naturels, ingénieur forestier et médiateur accrédité à l’IDT. 

DU LABORATOIRE AU TERRAIN Un des objectifs du Living Lab est de mettre en place une démarche d’accompagnement des entreprises et des destinations touristiques des Laurentides dans l’identification, le développement et l’expérimentation de solutions concrètes en adaptation aux changements climatiques et en réduction des gaz à effet de serre (GES). Il favorise aussi l’adoption de nouveaux comportements et de nouvelles pratiques pour lutter contre les changements climatiques.

L’IDT produit aussi des « changements d’échelle » pour transformer un projet de nature économique en un projet écologique et sociale. « Par exemple, on va amener les décideurs d’un site d’enfouissement, à vocation économique, à faire des actions écologiques, comme la plantation de saules ou d’arbres sur le lieu dans le but de séquestrer du carbone », souligne M. Goulet. Des projets de ce type, il y en a plusieurs auxquels l’Institut participe.  

Les priorités varient selon les villes et leur territoire. « Il y a deux visions à avoir : au niveau du territoire et de l’organisation », explique Marie-Claude Bonneville, professionnelle en ressources renouvelables et en changements climatiques à l’IDT. 

Il faut d’abord analyser les impacts et le niveau de risque sur la ville, selon les infrastructures ou la présence de terres agricoles, par exemple. « Cela permet d’enligner un plan d’action qui répond aux risques les plus importants. Tout ça, c’est dans une vision à court, moyen et long terme », ajoute-elle. 

Enjeu de l’eau 

Dans les Laurentides, l’enjeu principal est la construction d’habitations et de chemins en montagne, soutient M. Couture. « Quand il y a beaucoup de pluie et que toute cette eau redescend, il peut y avoir des problèmes. »

« Il faut penser à la gestion des pluies maintenant. Ça va devenir un enjeu. Ce qu’on avait l’habitude de faire, ce n’est plus suffisant », constate M. Couture. 

« Un des éléments qui est amplifié avec les changements climatiques, c’est l’imprévisibilité de la météo » – Maurice Couture du Living Lab Laurentides

Individuellement, il est possible de se protéger de ces intempéries avec par exemple des aménagements sur son terrain. Des « jardins d’eau » permettent de capter l’eau et de la laisser s’égoutter tranquillement. C’est le genre d’aménagement qu’on n’aura pas le choix de faire. Les maisons peuvent se protéger, pour s’adapter ou mieux faire face aux évènements extrêmes », explique M. Couture. 

Les municipalités doivent aussi s’adapter aux ilots de chaleur de plus en plus présents en raison du développement. Cela peut provoquer des impacts notamment pour la santé publique alors que la population est vieillissante, explique Mme Bonneville. 

Deux initiatives ont par ailleurs été développées à Prévost et à Mirabel, où des stationnements écologiques ont été conçus. Ceux-ci servent d’ilot de fraîcheur, mais aussi de système de gestion des eaux pluviales. 

Secteur touristique affecté

Dans une région comme les Laurentides, les changements climatiques affectent aussi les activités touristiques. « Le tourisme des activités hivernales fait partie de l’identité des Laurentides. C’est un élément qui a été identifié comme prioritaire par les villes », constate Isabelle Marcoux, géographe à l’IDT. 

CHAQUE PARCELLE DE TERRITOIRE A UN RÔLE L’Institut des territoires offre des services en aménagement durable des territoires et développe des savoirs en matière de protection de l’environnement et de développement régional durable. Leur objectif est de créer et de maintenir des aires protégées multifonctionnelles en menant des activités de conservation, de suivi et de restauration

Les gels et dégels se font plus nombreux, les épisodes de pluie diluvienne surviennent plus fréquemment, on assiste à plus de verglas, moins de neige, etc. Les réseaux de sentiers par exemple doivent donc s’adapter à ces nouvelles conditions. Le Living Lab Laurentides travaille avec les gestionnaires en ce sens. 

« On guide les gestionnaires pour un meilleur aménagement pour l’écoulement de l’eau. On corrige les problèmes d’érosion et on essaye de mieux concevoir les sentiers dès le départ », explique M. Couture. Si les sentiers sont plus vieux ou mal conçus, des correctifs sont faits pour ne pas recommencer l’année d’après. 

Moins de neige pour le ski de fond

Les réseaux de ski de fond notamment sont très impactés par les nouvelles conditions climatiques. « C’est un travail de longue haleine. Il faut choisir les bons endroits et peut-être avoir moins de réseau, mais de meilleure qualité avec moins d’obstacles par exemple », propose M. Couture. En aménageant ses sentiers ainsi, ils pourront être opérationnels même s’il n’y a pas beaucoup de neige ou s’il y a des redoux, ce qui arrive de plus en plus fréquemment. 

Plusieurs travaillent sur la question de l’enneigement, explique M. Couture. On favorise les sentiers orientés vers le nord, qui auront plus de chances d’être mieux enneigés. « Ça prend un gros travail de planification et de conception des sentiers avant, pour être sûr de bien faire les choses », soutient M. Couture. 

D’autres activités de plein air s’adaptent cependant très bien à ces conditions changeantes, comme la raquette, la randonnée ou le fatbike. 

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