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Stations éphémères : Le feu brûle, transforme et donne espoir

Par Simon Cordeau

Lors de votre prochaine randonnée sur le parc linéaire du Corridor aérobique, vous croiserez peut-être des sculptures intrigantes au milieu de la nature. Inspirées du « land art », ce sont les six Stations Éphémères, de retour pour une 7e édition. Les oeuvres sont présentées jusqu’au 9 octobre.

À Morin-Heights, l’artiste Dominique Pottier a réalisé Ce feu qui brûle… Faite de bois brûlé, l’oeuvre représente de manière poétique les mutations de notre société, explique l’artiste. Ces transformations sont à la fois individuelles et collectives. L’exemple le plus concret est, bien sûr, les feux de forêt qui se multiplient. « Malheureusement, c’est vraiment d’actualité. Ça fait deux ans que je travaille avec le bois en le brûlant. Ça fait un moment déjà qu’il y a beaucoup d’incendies. » Dans le sous-titre de l’oeuvre, elle s’est amusée à décliner le mot « feu » en différentes langues : focus, ignis, fire, fuego… « C’est une préoccupation mondiale. »

Disparaître en laissant une trace

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« J’ai travaillé de façon très épuré, avec du bois mort pris sur place. Ça permet de présenter l’essentiel, dans une économie de moyens », illustre Mme Pottier.

Elle utilise aussi le bleu outremer. Cette couleur vive a d’abord une signification bien personnelle, explique l’artiste. « Je suis originaire du sud de la France. Ça fait 28 ans que je suis au Québec, mais c’est un ancrage encore important de ma propre histoire. »

Esthétiquement, la juxtaposition du bleu et du noir crée aussi un contraste unique. « C’est une couleur [le bleu] qu’on trouve rarement dans la nature. Ça nous projette un peu dans l’irréalité et l’espérance d’un monde en transformation. » De plus, le bleu n’est pas fixé, souligne-t-elle. Comme l’oeuvre elle-même, il est éphémère. « Il pénètre la matière, et petit à petit, il va disparaître. Ça signifie que la vie est éphémère, mais que certains souvenirs laissent une trace au fond de nous. »

Avec cette touche de couleur, elle souhaite aussi transformer un propos qui pourrait être alarmiste en un message d’optimisme. « Le bleu, c’est un temps, un espace, un arrêt pour réfléchir, pour voir s’il y a des solutions. » L’oeuvre nous « confronte » tout de même à une réalité difficile. « Il y a une certaine poésie, mais aussi quelque chose qui heurte. »

Circuler dans l’oeuvre

Pour Mme Pottier, créer une oeuvre qui disparaîtra a un lien direct avec ce thème de la transformation qui lui est cher. « La vie est éphémère. On avance, on se transforme. Petit à petit, on grandit. On s’ouvre à de meilleures compréhensions. Et ça nous permet, après, de pouvoir transmettre », croit-elle.

Travailler en nature amène aussi « une autre dimension » de l’oeuvre, se réjouit-elle. Dans un musée, par exemple, on regarde l’oeuvre de front, sous un seul angle. Mais en nature, elle fait partie de l’espace. « On peut circuler dans l’oeuvre. Ça la ramène à l’échelle humaine. Ça permet de s’arrêter, de regarder vraiment le paysage et de voir s’il y a une interaction. »

D’ailleurs, Mme Pottier ira bientôt en Abitibi, durement touchée par les feux de forêt cette année. « J’ai un ami qui est originaire de là. Grâce à lui, je vais pouvoir aller au coeur de la forêt brûlée et faire une exposition là-bas. J’ai bien hâte à cette découverte. Je vais essayer d’amener un peu de poésie. »


Les Stations Éphémères

KM 0,3 (Morin-Heights) : Ce feu qui brûle… de Dominique Pottier. « Il n’est plus question de renaître de ses cendres, trop grands ces incendies, trop répétitifs, trop internationaux. »

KM 14 (Wentworth-Nord) : Ces lieux du hasard de Denis Fecteau. « Se situant dans de vastes territoires géographiques, l’être découvre à la fois l’univers du vivant qui l’entoure et la conscience qui l’habite pendant son exploration de vie. »

KM 22 (Lac-des-Seize-Îles) : Le courage de vivre d’Isabelle Mougeot. « Des personnes ont écrit leurs aspirations sur des papiers que j’ai intégrées dans les ailes de cette déesse qui transportera leurs voeux dans son envol vers la vie. »

KM 30 (Montcalm) :  Une tortue et ses petits de Bruno Dufour. « La tortue étant le symbole du monde et de la terre, cet animal datant d’environ 200 millions d’années nous inspire à tracer notre propre chemin avec énergie et détermination. »

KM 36,6 (Arundel) : Épanouissement de Roger Lemay. « Si vos rêves sont lourds et emprisonnés, laissez-les s’épanouir. »

KM 58 (Amherst) : L’amour de la nature de Reynalda Bedolla Sanchez. « C’est en me laissant imprégner par le lieu qui me fut assigné que j’ai observé ce tronc d’arbre tombé dans la forêt. Celui-ci convenait parfaitement pour sculpter un bonhomme avec un oiseau dans ses mains, comme pour une offrande offerte aux visiteurs. »

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