(Photo : Julien Fortier, Éco-corridors laurentiens)
Le derecho a créé d’importantes trouées dans le couvert forestier du parc régional. Une plantation de restauration avec du pin blanc et du chêne rouge a été réalisée dans certaines de ces trouées.
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Restaurer les forêts un arbre à la fois

Par Marie-Catherine Goudreau

Avez-vous remarqué l’augmentation du nombre de cerfs de Virginie dans votre cour arrière et dans les environs ? Bien que cet animal soit bien agréable à regarder et même à côtoyer, sa surabondance est néfaste pour les forêts laurentiennes et vient les perturber. Pour faire face à ce défi et les nombreux autres en lien avec les perturbations humaines ou naturelles, Éco-corridors laurentiens a déployé un projet pilote dans la région pour restaurer une partie de la forêt du parc régional Val-David-Val-Morin, à la suite du derecho.

« Actuellement, avec tout le contexte des changements globaux, nos forêts vont être appelées à se transformer. mais on peut intervenir », indique Julien Fortier, Ph. D., chargé de projets chez Éco-corridors laurentiens et chercheur en agroforesterie.

Plusieurs facteurs peuvent perturber ou dégrader les forêts, comme :

  • la surexploitation;
  • la conversion en terres cultivables;
  • l’urbanisation;
  • les épidémies d’insectes ravageurs;
  • les maladies fongiques;
  • l’introduction d’espèces invasives;
  • la surabondance des cervidés;
  • les évènements climatiques extrêmes;
  • etc.

Ainsi, il est possible d’intervenir dans les forêts en augmentant, par exemple, la diversité des espèces, en faisant de la plantation, en amenant des espèces du sud vers le nord ou en protégeant les arbres du cerf de Virginie, explique M. Fortier. « Ça fait partie d’une stratégie d’adaptation aux changements climatiques. » La restauration peut aussi permettre de séquestrer du carbone, en enrichissant les jeunes forêts avec des espèces de plus longue durée. « On crée un nouveau stock de carbone qui aura une plus longue durée de vie. »


C’est quoi, la restauration ?

La restauration forestière est « un ensemble d’actions visant à accélérer le rétablissement de la structure forestière, des processus écologiques et de la biodiversité à la suite d’une perturbation ou d’une dégradation d’origine humaine ou naturelle ».


Améliorer la résilience aux évènements climatiques extrêmes

L’organisme Éco-corridors a utilisé les dommages du derecho de mai 2022 pour les transformer en opportunité de restauration au parc régional Val-David-Val-Morin. On a donc planté des chênes rouges et des pins blancs, deux espèces « historiquement abondantes » et tolérantes à la sécheresse. Cela permettra à long terme d’améliorer « la résilience des forêts du parc dans ce contexte d’incertitudes climatiques ».

On peut aussi prendre d’autres actions comme boiser des zones riveraines agricoles. Il est aussi possible de planter des arbres en sous-bois pour augmenter la biodiversité ou encore d’abattre certaines espèces d’arbres pour favoriser les espèces moins abondantes.

« On n’a pas besoin de faire des projets à grande échelle pour avoir un impact. Il suffit de rajouter quelques nouvelles espèces dans le paysage et la faune peut s’occuper de disperser les semences, une fois que les arbres sont matures. »

-Julien Fortier, Ph. D.

La surabondance du cerf

Comme à plusieurs endroits dans les Laurentides, le parc régional est pris avec une surabondance des cerfs de Virginie. Ainsi, les jeunes arbres plantés dans le cadre du projet-pilote se font continuellement brouter par ces animaux. Cela « les empêche de recoloniser en abondance les milieux forestiers », peut-on lire sur l’article en ligne d’Éco-corridors laurentiens. 

« Le loup est le principal prédateur du cerf de Virginie. On va le retrouver principalement dans les endroits pas fragmentés, où il n’y a pas de routes et de fragmentation. Il y a donc de moins en moins de territoire, particulièrement entre Saint-Jérôme et Mont-Tremblant », explique Julien.

Puis, les gens nourrissent le cerf de Virginie, ce qui lui permet d’être plus résistant à l’hiver, en plus de bien s’adapter à la présence humaine. Ainsi, les effets sur l’écosystème sont majeurs puisque ces cervidés broutent les arbres, mais aussi les plantes dans les sous-bois.

Photo : Julien Fortier

Des protecteurs « anti-cervidés » 

Comme solution, le chercheur a développé des protecteurs « anti-cervidés » pour les jeunes arbres. Déjà, à la fin août, quelques mois après la plantation, l’équipe a évalué la survie des arbres et les « résultats sont frappants », peut-on lire. Les arbres connaissent une bonne croissance. « Mais il va falloir attendre au moins cinq ans pour voir réellement les résultats. »

Par ailleurs, l’organisme a utilisé des matériaux de la Recyclerie de Sainte-Agathe-des-Monts pour fabriquer ces protecteurs. « Il y a plusieurs types de protecteurs qui existent, mais ce que j’aime de ce modèle, c’est qu’il est complètement réutilisable. Certains sont en plastique, mais tu dois le déchirer une fois que ton arbre a poussé. Mais celui-là a une durée de vie de plusieurs dizaines d’années », souligne M. Fortier.


Accessible à tous 

Éco-corridors lancera prochainement un guide technique pour aider les citoyens dans leur projet de restauration. « Que vous soyez propriétaire d’une maison de campagne sur un petit terrain, d’un chalet sur le bord d’un lac ou d’un grand lot boisé, vous pouvez contribuer à restaurer la forêt et améliorer sa résilience face aux changements globaux en la diversifiant », peut-on lire sur leur site web.

« C’est un peu l’ABC de quelle espèce choisir en fonction du sol, de l’ombrage, du drainage, etc. On va aussi expliquer comment utiliser les protecteurs. J’aimerais populariser ça », soutient le chercheur.

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