Inondations : Une carte pour être proactif plutôt que réactif

Par Simon Cordeau

L’entreprise québécoise Geosapiens a créé la première cartographie complète des inondations au Québec. Celle-ci permettra aux municipalités, aux entreprises et même aux citoyens d’identifier les endroits à risque d’inondation, et ainsi d’être proactifs plutôt que réactifs. Et en cas de crise, l’entreprise offre un outil de plus pour prioriser les interventions. Entrevue avec Hachem Agili, président-directeur général de Geosapiens.

« Ça fait des années qu’on travaille sur le développement de notre modèle. » L’histoire commence à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), raconte M. Agili. « Et ça s’est fait beaucoup en collaboration avec les ministères provinciaux et fédéraux, les municipalités et même l’industrie de l’assurance. On a vu un vrai besoin dans le marché pour l’accès à ces données. »

Cartographie complète

Geosapiens offre des cartes détaillées des zones à risque d’inondation. Courtoisie

« Il y a des endroits qui n’avaient jamais été cartographiées, des zones urbaines ou agricoles potentiellement inondables. En cartographiant toutes les rivières de la province, ça nous a permis de ressortir toutes les zones inondables. » M. Agili souligne que le Québec a un réseau hydrographique très dense. « Qui dit rivière, dit risque d’inondation. On voit plusieurs secteurs où il y a des risques importants. »

Les cartes détaillées de Geosapiens permettent donc aux municipalités, par exemple, d’identifier les zones à surveiller sur leur territoire. « Elles peuvent donc mieux planifier les nouveaux projets de développement urbain, mais aussi communiquer les risques à leurs citoyens. » M. Agili souhaite même, éventuellement, rendre ces informations disponibles au grand public. « Ça permettrait à quelqu’un qui veut acheter une propriété sur le bord de l’eau, par exemple, d’avoir une information assez précise sur le risque potentiel. Il pourra prendre une meilleure décision. »

Ces cartes peuvent même bénéficier aux villages éloignés et aux secteurs moins densément peuplés, comme elles comptent également les « petits tributaires qui n’étaient pas cartographiés ».

Prédire l’avenir

Dans la région, la rivière du Nord représente le plus grand risque d’inondation. Mais ses tributaires ne sont pas à négliger. Courtoisie

L’entreprise offre aussi un service de gestion opérationnelle en cas d’inondation. Celui-ci aide les municipalités à mieux gérer la crise. « Ça permet d’avoir des cartes en temps réel et prévisionnelles. » Avec un portrait précis de la situation actuelle et comment elle pourrait évoluer dans les prochains jours, « les municipalités peuvent être plus proactives ». Elles peuvent prioriser les zones à évacuer, prévoir les rues qui devront fermer, informer leurs citoyens plus efficacement, etc.

Toutefois, la capacité du modèle à faire des prévisions est encore limitée. En cas de crise, il offre aux municipalités un horizon d’environ trois jours. « C’est dur de faire des prévisions sur le moyen ou le long terme. On ne peut pas dire ce qui arrivera au printemps prochain, par exemple. » Mais l’entreprise travaille déjà à simuler l’impact des changements climatiques, pour offrir des prévisions pour 2050 ou 2100.

Au printemps dernier, les inondations sont arrivées « subitement » en raison d’une « combinaison de facteurs », explique M. Agili. « Les municipalités ont été prises par surprise. C’était le cas pour la rivière du Nord, mais aussi la rivière des Outaouais, ou même la rivière Assomption. »

Raffiner le modèle

Le modèle se base sur des donnés historiques et actuelles. Par exemple, il utilise des données publiques, comme des stations hydrométriques qui mesurent le débit d’un cours d’eau. « Et on les traduit en cartes d’inondation et de risques. » Certains endroits, cependant, ont exigé plus de travail, indique M. Agili. « Certaines cartes étaient désuètes, puisqu’elles ont été créées dans les années 1970, 1980 ou 1990, avec les technologies de l’époque. Donc elles ne reflètent pas nécessairement les risques actuels. »

Ainsi, Geosapiens croise ces données avec des photos aériennes et des données sur le terrain, afin de valider son modèle. « Ça permet de calibrer notre modèle pour un maximum de précision. »

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