(Photo : Valerian Mazataud)
Karman Kong transmet sa passion pour les finances personnelles dans son livre et sur sa page Instagram.
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Elle investit : Karman Kong vulgarise les finances personnelles

Par Ève Ménard

Après avoir lu plus de cent ouvrages sur les finances et l’investissement, Karman Kong vulgarise et transmet ses connaissances sur sa page Instagram, @Elleinvestit, et dans son livre du même nom, publié en mars 2023.

En 2018, alors qu’elle a 28 ans, l’avocate et autrice se découvre un intérêt pour les finances personnelles. Pourtant, à l’époque, elle ne possède aucune notion particulière sur la question. Elle part de loin. « Une partie de moi avait honte. J’ai quand même 28 ans, je suis diplômée, j’ai des études, alors comment ça je ne suis pas au courant ? Mais en même temps, personne ne me l’a expliqué. Donc comment je suis sensée le savoir ? »

Le livre Elle investit : Bâtir sa richesse grâce à la bourse est un véritable ABC des finances personnelles. Du budget à la bourse, en passant par l’investissement, l’épargne et les dettes, Karman Kong rend accessibles des notions financières, dans un langage simple et coloré. L’autrice se base sur sa propre expérience et s’adresse au lecteur comme elle aurait souhaité qu’on s’adresse à elle, à 28 ans. « Je sais comment les gens veulent se le faire expliquer, parce que j’étais cette personne-là, il n’y a pas si longtemps », précise-t-elle.

Déconstruire les stéréotypes

En mai 2021, Karman démarre la page Instagram @Elleinvestit, qu’elle gère elle-même depuis. Trois ans plus tard, elle compte plus de 50 000 abonnés, dont 90 % sont des femmes. C’est qu’en s’intéressant au domaine des finances, Karman Kong met le doigt sur un problème : les femmes sont moins souvent interpellées par les discours financiers, ou le sont différemment.

« Ce sont souvent des hommes blancs en cravate qui parlent de finances. Bien que ça évolue, ça reste un domaine extrêmement masculin, avec des stéréotypes qui persistent », constate l’autrice. Ça transparait d’ailleurs dans les discours financiers s’adressant aux femmes. « Tu dépenses trop, tu achètes trop de lattes, tu achètes trop de vêtements », énumère l’avocate. L’emphase est souvent mise sur les dépenses. À l’inverse, les discours s’adressant à un auditoire masculin ont davantage tendance à parler d’investissement. « Comme si vouloir faire de l’argent était typiquement masculin », écrit Karman Kong en introduction de son livre.

Le but de son travail est donc de vulgariser les finances, mais aussi de contribuer à l’épanouissement financier des femmes. Au Canada, c’est seulement en 1964 que la femme a pu s’ouvrir un compte bancaire sans son mari, rappelle l’autrice. « Nous avons un bagage à défaire et c’est ce que j’essaie de faire à travers mon livre et ma page Instagram. »

Budgéter sans jugement

À chacune de ses payes, Karman Kong se « paye en premier », un concept abordé dans les livres sur les finances personnelles. C’est-à-dire qu’elle met automatiquement de l’argent de côté. Depuis 2018, un montant est prélevé automatiquement de son salaire net, puis investi. Cette stratégie lui enlève beaucoup de stress, mentionne l’avocate. Et elle ajuste le reste de son budget en conséquence.

Dès qu’elle a commencé à s’intéresser aux finances, Karman Kong a développé une méthode pour gérer son budget, qu’elle explique dans son livre. D’abord, elle détermine son revenu total pour le mois, duquel elle soustrait l’argent prélevé automatiquement et mis de côté, ainsi que ses dépenses fixes, comme l’hypothèque, le cellulaire, l’épicerie et le transport. Le montant restant est ensuite ramené à une échelle quotidienne. « Disons qu’il me reste 1 000 $ pour le mois, je le ramène à un montant par jour. C’est plus facile mentalement de m’en souvenir. » Ça lui fait donc 33 $ par jour pour des dépenses discrétionnaires, comme les vêtements, les restaurants, les cafés ou les loisirs. « Si aujourd’hui je ne dépense pas, demain j’ai donc 66 $ à dépenser », explique l’autrice.

Elle aime cette méthode, puisqu’elle n’est pas restrictive. « Ça me pue au nez les vulgarisateurs financiers qui jugent nos dépenses, qui te font sentir coupable », déplore Karman Kong. Dans son livre, elle cite Suze Orman, une vulgarisatrice financière américaine, qui affirme que celles et ceux qui « s’achètent un café urinent l’équivalent de 1 M$ dans les égouts ». « Si tu veux parfois te gâter avec un café, je ne crois pas qu’on doive monter aux rideaux », affirme l’autrice.


Par où commencer ?

La première étape pour s’intéresser aux finances personnelles, c’est de s’informer, souligne Karman Kong. « Tu peux aller voir un conseiller financier, mais la plupart d’entre nous, avant d’avoir les connaissances, on va juste dire oui sans comprendre, parce que c’est intimidant. Beaucoup de filles m’écrivent pour dire « j’ai lu ton livre et ensuite, je suis allée voir une conseillère et j’ai tout compris ». Pour avoir confiance, il faut d’abord savoir de quoi on parle », explique l’autrice.

En dehors de son livre, Karman Kong suggère aussi d’autres ouvrages pour s’outiller sur les questions financières : Les millionnaires ne sont pas ceux que vous croyez et De zéro à millionnaire : investir en bourse sans souffrir de Nicolas Bérubé. Elle aime également les blogues Retraite 101 et Jeune retraité. Enfin, elle ajoute que des cours gratuits sont offerts en ligne par l’Université McGill et l’Université du Québec à Trois-Rivières.


Quelques chiffres

  • 61 % des femmes préfèrent discuter de leur mort plutôt que de parler de finances.
  • 82 % des femmes s’en remettent à leur conjoint pour la gestion de leurs finances.
  • 10 % des femmes seulement se sentent bien informées sur l’investissement.

Sources : MarketWatch, 2018, United Bank of Switzerland, 2021, Sondage de la CIBC, 2020 (les chiffres sont tirées de l’introduction du livre de Karman Kong).

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