Avoir un bon plan

Par Benoit Simard
Avoir un bon plan

Il est étonnant de constater la quantité «d’experts en toute» qui nous entourent. Franchement, je n’avais pas idée du nombre de spécialistes en immunologie, virologie et en santé publique œuvrant par-delà mes réseaux sociaux. J’ai d’ailleurs bien rigolé quand j’ai vu circuler – sur un site populaire – un diptyque illustrant bien la valeur de l’opinion de ces nouveaux experts. 

 

Premier tableau, un homme en sous-vêtements, confortablement installé dans son divan, télé-commande et bière en main, pestant contre le gardien Price : «un pourri payé trop cher, bon à échanger». Sur la deuxième image, les meilleurs marqueurs de la Ligue nationale de hockey semblent unanimes : Carey Price est le meilleur gardien de la ligue. Qui croire?

Il semble déjà loin le temps où l’on pouvait regarder le hockey en direct à la télé, mais ça porte à la réflexion quant au jugement du travail des autres.

Le mois de mai 2020 sera donc sans hockey. De toutes façons, pour moi, mai, c’est bien sûr un nouveau départ pour les aventures à vélo, mais aussi le temps des «ROGAINE». Vous connaissez les ROGAINE? Pour les anciens, ce n’est pas qu’une solution capillaire… Acronyme pour «Rugged Outdoor Group Activity Involving Navigation and Endurance», c’est une course d’orientation avec carte et boussole. Chaque printemps, j’ai l’habitude de prendre part à celle des Laurentides.

La première fois où j’ai participé à un tel événement, c’était avec mon pote Vincent dans la région de l’Outaouais. Nous avions beaucoup de motivation et de cardio, mais nos connaissances en lecture de carte topographique étaient au mieux, disons-le : déficientes.

Pour cette première expérience, nous nous attaquions à un parcours costaud d’une durée de 6 heures, rien de moins. Arrivés sur place, on nous remet la carte, identifiant les différents points de contrôle. Les stations sont numérotées, et on doit en relier le plus grand nombre possible dans le délai qui nous est permis. Après avoir étudié la carte, on élabore un parcours, déterminant l’ordre avec lequel nous atteindrons les cibles, on nous remet ensuite la carte témoin (que nous aurons à poinçonner), et le départ est lancé.

Un départ de ROGAINE, c’est grisant! Les participants s’élancent fébriles dans toutes les directions, carte à la main, boussole dans l’autre, avec le désir de relier les points le plus rapidement possible.

Pour le temps, nous n’étions pas inquiets, nous avions probablement le cumulatif de V02max le plus élevé du peloton! Cependant, pour aller vite, l’analyse de la carte et un bon plan de match sont cruciaux. Il faut être bien préparé pour improviser.

Si seulement nous avions su… En bons cabochons, partis comme des fusées, avec l’objectif de rallier tous les points de contrôles, nous avons un peu perdu le Nord et la notion d’échelle topographique. C’est pas toujours facile de rafler les honneurs, manger au buffet des champions et retourner à la maison la tête haute.

Le souvenir est encore vif : un père et sa fille de 10 ans nous dépassaient aux points de contrôles, souriants, gambadant dans la joie. Nos corps d’athlètes déjà brisés par les kilomètres parcourus en trop, cette petite fillette «trouvait les trésors» avec papa. Nous piochions dans les bosquets et marécages, et eux semblaient chaque fois sortir de nul part, les pieds secs.

Pendant que nous passions trop vite à côté de nos objectifs, ils se rendaient directement, évitant les détours superflus. On a terminé sur les rotules, loin du podium, ayant parcourus plus de 38km, alors que la gamine et son père en avait probablement moins de 25 au compteur.

Parfois les choses se passent différemment sur le terrain et sur le papier. Lire une carte en courant, c’est un art. Analyser les courbes de niveau et les distances en maintenant un rythme cardiaque à la limite de l’essoufflement, ce n’est pas donné à tous les néophytes. C’est aussi ça, zigzaguer en ligne droite.

Je termine ainsi cette fable bien réelle qui m’a ouvert les yeux à l’époque. C’est facile de critiquer le plan des autres, mais quand on a la carte dans les mains, on fait quoi avec? Retour au travail, retour à l’école, retour à la «vie» : y’a de la courbe de niveau à l’horizon, et assurément quelques barrages de castors à traverser. J’ai hâte de pouvoir filer sur le P’tit Train, traversant les MRC, après avoir planifié un parcours ludique, typiquement laurentien. Ça me permettra assurément de réfléchir aux journées passées, et celles à venir. Et vous? Vous voyez quoi sur la carte?

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