Aimez-vous encore l’été ?

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Par Mimi Legault
Aimez-vous encore l’été ?
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Je n’aime pas l’été. Non, pas vraiment. Vous allez croire que je vous fais marcher. Pas grave, c’est bon pour la santé. Est folle, direz-vous. Un peu tout d’même mais qui sait? C’est peut-être vous qui ne l’êtes pas assez. L’été, ce sont les vacances. Pour ça, y’a rien à redire. Disons que je m’ennuie des vrais étés. Au moment où j’écris ma chronique, c’est la  cinquième canicule depuis juin. Je ne la trouve pas drôle du tout. Tout colle : le chandail, le toupet sur le front, le couvre-visage, le mari… Un été qui trempe dans l’eau plus souvent qu’à son tour. On se fie à la météo qui annonce du soleil mur à mur. On sort les bâtons de golf, et voilà un nuage noir qui éternue, le ciel se met à dégoutter. On revient à la maison le cœur mouette et le bonheur tiède. Je n’aime plus l’été, devrais-je dire. Car j’ai des souvenirs d’enfance où le soleil régnait sur ses terres comme un souverain.

 

Si je n’apprécie pas le personnage, j’aime bien ce qu’il apporte : lorsque les terrasses font le plein, quand j’aperçois un p’tit gars de 5 ans plongé jusqu’aux oreilles dans une pastèque, quand la paresse devient respectable. Parce que l’été c’est le farniente, l’opulent jardin, les tites fleurs, le golf, la découverte du vélo électrique. L’été c’est aussi la crème solaire ça d’épais, le voisin dans votre piscine, les hamburgers brûlés de Jack la Pince alias papa, le mini-bikini maxi-prix de Georgette qui déborde de partout, la tique et sa maladie de Lyme, le coup de soleil qui vous fait sentir vivant, le mois d’août qui annonce déjà la rentrée scolaire et l’Halloween. Devinette pour vous : comment appelle-t-on deux jours de pluie? Samedi et dimanche…

Non, je n’aime pas l’été. Pas vraiment. L’hiver quand on a froid, on endosse un bon chandail à col roulé, on se colle contre son amour, on allume un bon feu de foyer. Moi, quand je crève de chaleur, je me languis. Je cherche l’air frais ou l’ombre ou un lac. Plus question de me faire bronzer, je risquerais un cancer de peau. C’est Marie qui me l’a dit l’autre jour : regarde mes taches brunes, maudit soleil, à cause de lui, je ressemble à une truite mouchetée. T’as raison, Marie.

Dans le temps, l’été était sec, ensoleillé. Pas trop juteux, juste ce qu’il fallait pour que la récolte soit abondante. Chaud le jour, frais la nuit. On jouait dehors jusqu’à la dernière goutte du jour. Me semble que je n’en demande pas tant. M’enfin. Depuis que la pandémie s’est installée effrontément dans notre vie en nous mordant le cœur, chaque petit rayon est le bienvenu, je peux au moins admettre ça. Cela nous a fait un bien immense de sortir enfin.

J’ai quand même un moment mémorable d’été bleuté. J’ai 7 ans. Je sors dehors. Maman vient tout juste de m’offrir un jean’s; sur les poches, un logo brodé d’un type qui fait du rodéo. Un soleil de plomb me prend dans ses bras. Il y a comme une musique de Il était une fois dans l’Ouest qui joue dans mes oreilles. Je m’avance vers l’ennemi que j’imagine : pow pow t’es mort. Ou une autre fois. Des années plus tard. Une randonnée ensoleillée de trois jours à cheval. La dernière journée un après-midi passé à galoper sur des terres qui ressemblaient au désert. La gourde sèche… À l’arrivée, j’avais enfilé dans le gosier en deux gorgées une bonne bière fraîche. En réfléchissant bien, et à force d’y penser, ce n’est pas si pire que ça. Et vous, aimez-vous encore l’été?

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