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UQO - Campus de Saint-Jérôme
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UQO : Le défi de vulgariser la recherche

Par Simon Cordeau

L’Université du Québec en Outaouais (UQO) tenait le 22 mars dernier sa compétition interne Ma Thèse en 180 secondes (MT180). Le jury (duquel je faisais partie) a décerné la première place à Isabelle Fortin-Delisle, étudiante au 3e cycle en psychoéducation et psychologie. La doctorante représentera l’université lors de la finale nationale à Montréal, le 10 mai prochain.

Isabelle Fortin-Delisle représentera l’UQO lors de la finale nationale de MT180, en mai.

Dans le concours MT180, les étudiants n’ont que trois minutes pour expliquer au public leur thèse ou mémoire de recherche. Tout le défi est d’être concis et clair, de vulgariser un sujet et des notions complexes, en plus de faire preuve d’un talent oratoire pour capter et garder l’attention du public. « Ce n’est vraiment pas simple de vulgariser la science. Moi-même, j’ai de la difficulté à m’en tenir à 20 minutes », a félicité le doyen de la recherche Jonathan Paquette, après la compétition.

Démocratiser les savoirs

Cette année, seulement deux candidates ont eu le courage de relever le défi. Marie-Ève Blackburn, étudiante au 3e cycle en Sciences infirmières, a présenté ses recherches sur l’amélioration des soins aux personnes autochtones dans les établissements de santé. Elle a remporté la deuxième position et une bourse de 300 $.

Première, Isabelle Fortin-Delisle a empoché une bourse de 750 $. « J’étais surprise. J’avoue que j’ai beaucoup apprécié la présentation de Marie-Ève », partage la gagnante en entrevue.

Mme Fortin-Delisle a fait son essai doctoral sur les gains spontanés en psychothérapie. « Être capable de résumer 3 ans d’études en 3 minutes, c’est surtout ça qui a été le premier défi. Ensuite, ç’a été d’apprendre tout par cœur et de tout faire entrer dans le temps », explique la doctorante.

Démocratiser les savoirs, en rendant accessibles la recherche et ses résultats, est essentiel à la mission universitaire, a rappelé le doyen lors du concours.

Tolérer l’incertitude

Parfois, en psychothérapie, certains patients font un gain spontané : une diminution drastique des symptômes entre deux séances. « On s’attend à ce que le changement se fasse graduellement. Mais dans mon étude, le tiers des patients ont expérimenté un gain spontané », explique Mme Fortin-Delisle.

Il s’agit d’un phénomène découvert assez récemment, étudié depuis les années 2000 seulement. Donc le fonctionnement des gains spontanés est encore mal compris. « On ne sait pas trop quels sont les déclencheurs. Pourquoi certains en font un plutôt que d’autres ? », se demande la doctorante.

Dans ses recherches, la chercheuse s’intéresse plus particulièrement aux gens qui font de l’anxiété généralisée, et qui ont une intolérance à l’incertitude. « De l’incertitude, tout le monde en vit. Mais quand on fait de l’anxiété généralisée, notre intolérance y est plus élevée que la moyenne des gens », explique-t-elle.

Pour expliquer le gain spontané, elle pose l’hypothèque que, entre les séances, il s’opère un changement cognitif, où le patient a une nouvelle perception moins catastrophique de l’incertitude.

Ses études visaient aussi à savoir si les gains spontanés durent dans le temps. C’est souvent le cas, a-t-elle constaté, mais il faut d’abord consolider ce progrès durant une psychothérapie.

« Il faut prendre le temps de s’asseoir et de se demander : OK, quelle signification je peux donner à ce progrès ? Qu’est-ce que je peux apprendre ? Comment je peux m’approprier ce gain, pour passer à travers les prochaines incertitudes ? Sinon, c’est possible que le gain ne se maintienne pas à long terme », explique la chercheuse.

La doctorante espère que ses recherches permettent d’utiliser les gains spontanés comme outil thérapeutique en soi.

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